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« Les maisons d’édition tchèques sont très nombreuses à publier des traductions du français mais à petite échelle », Ina Pouant
Questions à Ina Pouant, responsable du Bureau du livre à l'ambassade de France à Prague

BIEF : Qu’en est-il de la traduction en République tchèque ?
Ina Pouant : La traduction a très tôt été partie intégrante d’une culture nationale qu’elle a continuellement nourrie. Depuis dix ans, la part des traductions reste stable et représente environ 30% (33% en 2008) de la production de livres en République tchèque (17 019 livres).
Sur un total de 5 546 traductions publiées en 2008, 46 langues étaient représentées. Le trio de tête (anglais, allemand, français) reste inchangé depuis 1990. Les traductions de l’anglais dominent et occupent plus de la moitié du marché (53,5%), continuant à progresser, devant l’allemand et le français qui se maintiennent.
Concernant la traduction de l’allemand, on remarquera que la République tchèque représente pour l’Allemagne le plus important partenaire commercial. Cependant, ce que les statistiques n’indiquent pas, c’est que la majeure partie de ces cessions de droits est constituée de romans sentimentaux et de livres pratiques (ce qui rend le livre allemand à la fois omniprésent en librairie et peu visible culturellement, exactement à l’opposé de la situation du livre français).

BIEF : Avez-vous remarqué une évolution des échanges franco-tchèques depuis votre arrivée à Prague ?
I. P. : Les traductions du français ont augmenté sensiblement ces deux dernières années (+14% en 2007). Cette augmentation est d’autant plus sensible au niveau des demandes de soutien enregistrées par le Bureau du livre, qui permettent d’avoir une idée sur les projets de traduction envisagés par les éditeurs : après sept années de baisse continue, 2009 a vu le nombre de demandes passer de 50 à 92.
À noter également, des demandes de plus en nombreuses de la part des revues tchèques désireuses de traduire des articles de philosophes, sociologues, essayistes français (Boltanski, Rancière…) afin de les faire connaître et d’initier éventuellement des traductions auprès des éditeurs.
 
Il serait erroné de prétendre, au vu des chiffres, que le marché tchèque représente un enjeu de taille pour les cessions de droits d’ouvrages français (126 titres cédés en 2007 et 74 en 2008, selon les statistiques françaises). Cependant, des ouvertures possibles se font jour actuellement, avec clairement, de part et d’autre, une volonté de rapprochement.

BIEF : Pourriez-vous nous faire une typologie des éditeurs tchèques qui traduisent du livre français ?
I. P. : Si, à première vue, le marché peut sembler restreint, il faut noter que les maisons d’édition tchèques sont très nombreuses à publier des traductions de titres français, mais elles ne le font qu’à petite échelle (un ou deux titres par an). Le Bureau du livre recense une soixantaine d’éditeurs actifs publiant régulièrement un titre français.
On peut aujourd’hui identifier chez les éditeurs trois grandes tendances. Le premier groupe est constitué par les éditeurs qui ont une tradition de traduction ­­­du français qu’ils poursuivent, voire renforcent. C’est le cas d’Euromedia-Odeon, d’Albatros ou d’Argo, maisons d’édition dont l’assise économique est solide. Argo, spécialisée pour le domaine français dans l’édition des livres d’histoire ou d’anthropologie, s’est depuis deux ans ouverte à la fiction contemporaine (Marie Ndiaye, David Foenkinos) ; et Albatros (littérature jeunesse) est actuellement à la recherche de titres dan­­s le secteur du roman jeunesse, encore peu représenté.
 
La deuxième tendance repérable touche des éditeurs de taille moyenne qui se sont dès le début de leur activité orientés vers la littérature française : Garamond, Paseka, Volvox Globator. Il s’agit d’éditeurs qui, sans véritables moyens pour assumer une diffusion et une distribution correcte, ont été déçus des ventes de certains titres d'Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Philippe Delerm ou ont commis de véritables erreurs de stratégie : parce que Zazie dans le Métro de Queneau a été un succès en son temps, Garamond a souhaité acquérir les droits de nombreux autres titres du même auteur, qu’il a fini par abandonner suite au premier échec d’un titre plus difficile.

Néanmoins, en dépit de ces effets d’annonce, ces maisons ne se détournent pas entièrement du marché français. Si elles renoncent à la fiction contemporaine, elles se tournent en revanche vers d’autres secteurs : la bande dessinée, les sciences humaines, les biographies. À cet égard, la nouvelle collection lancée par Garamond sur les grands couturiers est un succès.

Enfin, la troisième tendance, qui permet de croire avec optimisme à un regain d’intérêt pour la traduction du français, provient d’éditeurs importants qui se tournent activement vers les titres français. Le cas le plus notoire est celui de la maison d’édition Host qui achète et publie désormais depuis un an de nombreux titres de fiction : Christophe Donner, Adrian Goetz, Muriel Barbery et, dernièrement, Jean-Marie Blas de Roblès.
À cet égard, le succès de L’Élégance du Hérisson, qui s’est maintenu en tête des ventes pendant trois mois, a permis de donner une nouvelle image à la fiction française contemporaine. Plus surprenant, les éditions commerciales Computer Press, spécialisées dans le livre pratique ou les essais de psychologie, ont décidé de lancer une collection de fiction avec un titre français – Où on va papa ?, de Jean-Louis Fournier. Si le tirage moyen pour le livre français est en général assez faible (entre 700 et 1 500 exemplaires), ces maisons permettent en revanche d’offrir une plus grande visibilité en proposant des tirages qui oscillent entre deux et trois mille exemplaires.
Propos recueillis par Laurence Risson  -  juil. 2010
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