Le Bureau du livre de l’ambassade de France, en partenariat avec le CEFRES, l’EHESS et le BIEF, a organisé, la veille du salon, un colloque franco-tchèque autour de la problématique « Éditer et traduire les sciences humaines et sociales aujourd’hui en France et en République tchèque ». Les éditeurs français participants – Albin Michel, Armand Colin, Éditions de l’EHESS, La Découverte, les Belles Lettres, PUF bénéficiaient d’une mise en avant de leur catalogue via une publication diffusée auprès de leurs homologues tchèques.
Une cinquantaine de directeurs de maison d’édition, d’éditeurs, d’universitaires comme de traducteurs avaient répondu présent à l’invitation du Bureau du livre de l’ambassade de France pour participer à ce séminaire, permettant des échanges sur les situations actuelles de l’édition dans le domaine des sciences humaines et sociales en Tchéquie et en France.
En ouverture du séminaire, Marie-Claude Maurel, directrice du CEFRES (Centre français de recherche en sciences sociales), a souligné le risque de décalage qui peut exister entre la parution d’une œuvre à traduire et le contexte culturel du ou des pays de réception.
Ina Pouant, directrice du Bureau du livre et organisatrice de ce séminaire – en introduction au premier thème retenu, « Éditer et traduire les sciences humaines et sociales : regards croisés » –, a brossé un tableau de l’état actuel des échanges de droits. En ce qui concerne les cessions d’ouvrages français vers la langue tchèque – après avoir indiqué qu’avec 250 titres, dont 50 pour les sciences humaines et sociales (sur une année), la langue française se situe en 3e position loin derrière l’anglais (3 000 titres) et l’allemand (1 200 titres) –, Ina Pouant a insisté sur l’intérêt des éditeurs tchèques pour la traduction d’ouvrages de sciences humaines dans la production d’un pays où il existe une vraie tradition de publication dans ces disciplines.
Interrogé sur l’avenir du livre dans ces disciplimes, Christophe Prochasson, directeur d’études à l’EHESS, s’est montré résolument optimiste en soulignant, toutefois, un certain nombre de défis à la bonne circulation des savoirs dont les éditeurs doivent tenir compte ; et, entre autres, une massification des connaissances, trop de financements de travaux sans grand intérêt, un nécessaire retour à la qualité et l’importance de l’œuvre collective…
Petr Horak, invité comme traducteur, a montré avec force exemples que, si les disciplines de la philosophie et de l’histoire sont les plus traduites du français vers le tchèque, nombre d’œuvres maîtresses ne connaissent pas encore de traduction (Simone de Beauvoir, par exemple), même si un réel effort a été entrepris par les éditeurs depuis la « Révolution de velours ».
Faut-il rattraper le temps perdu ou se concentrer sur les penseurs actuels est l’un de leurs questionnements.
Magdalena Moravova, directrice de collection aux édition Argo, a souhaité, prenant appui sur son expérience d’éditrice, présenter les principales difficultés qui caractérisent aujourd’hui l’édition des sciences humaines et sociales en République tchèque : la nécessité d’aide(s) financière(s), un marché (sur)saturé, un premier tirage en baisse régulière, des investissements éditoriaux en diminution qui s’accompagnent d’un travail éditorial de moindre qualité (correction, relecture…). Un environnement qui pourrait être modifié par une coopération entre éditeurs et l’apparition du livre électronique… De mon côté, représentant Armand Colin, après avoir esquissé une définition de l’éditeur universitaire et du « manuel », j’ai essayé de montrer que ce genre d’ouvrage, destiné à transmettre un savoir principalement aux étudiants, demeure une autre voie pour la circulation des connaissances en sciences humaines, en complément des essais.
La seconde partie des travaux a concerné la « révolution numérique ».
François Gèze (P.-D. G de La Découverte), après avoir indiqué que l’ouvrage de recherche, comme les revues scientifiques sont « en péril », a présenté les spécificités du programme Cairn, les résultats positifs déjà obtenus sur le marché français et la réflexion menée actuellement pour accélérer l’audience internationale de ce portail vis-à-vis des chercheurs étrangers. Blanka Richova, directrice à l’Institut d’études politiques de l’université Charles et rédactrice en chef de la revue Acta politologica, a présenté les grandes lignes du fonctionnement de cette revue électronique et les bons résultats obtenus à ce jour (abonnement et lecture). Martin Lhotak, directeur de la bibliothèque de l’Académie des sciences, a quant à lui informé l’assistance sur l’état d’avancement du projet de bibliothèque numérique, les problèmes rencontrés à ce jour comme les solutions retenues pour une prochaine entrée en service.
Les nombreuses questions posées suite à ces différents exposés, comme les discussions qui ont eu lieu lors du déjeuner qui a suivi ce séminaire, montrent que ces deux thématiques étaient bien en phase avec les préoccupations actuelles des éditeurs tchèques.