Promouvoir l’édition française à l’étranger




        
Recherche avancée
 
Portrait et entretien de professionnels

Plus d'images...

"Au plan national, le point urgent est de réformer sérieusement le système éducatif, pour qu’il donne déjà aux enfants l’amour de la lecture comme faisant partie de la qualité de vie, mais aussi comme un pont, plus tard, vers la littérature en général", Mine Soysal
L’évolution de l’édition pour la jeunesse en Turquie

Le sujet a été abordé lors des rencontres professionnelles franco-turques organisées par le BIEF en mars 2010. Dans un marché, où les livres traduits représentent les meilleures ventes, les professionnels turcs s’interrogent sur l’avenir de ce secteur et la plus grande place que devrait occuper la production locale, tout en maintenant une forte dynamique des échanges.
 
 
Questions à deux éditrices du domaine sur les évolutions possibles

Nefise Atçakarlar, responsable éditoriale des collections pour enfants et pour la jeunesse des éditions Timas : « Il faut continuer à évoluer en qualité plutôt qu’en quantité »
Mehmet Demirtas : Quels sont les changements dans l’édition pour la jeunesse en Turquie ces 10 dernières années ? ­
Nefise Atçakarlar : Il y a eu une évolution importante qui correspond au changement de statut de l’enfant lecteur. Il y a dix ans, l’enfant était perçu comme passif dans la plupart des livres de jeunesse, alors que maintenant il commence à être perçu comme sujet. Les éditeurs professionnels qui ont acquis des connaissances en matière de psychologie de l’enfant ont beaucoup contribué à ce changement. Maintenant, on s’intéresse d’abord à son appréciation du livre, son plaisir de lecture, plutôt qu’aux choix des parents.
Ainsi, les éditeurs proposent aux enfants des ouvrages plus adaptés à leurs goûts. Et ce ne sont pas forcément des livres ayant un enfant pour héros, écrits avec des phrases courtes et simples. Une qualité littéraire, un aspect visuel fort que l’on peut voir dans certains ouvrages correspondent pour nous à des critères pédagogiques, et c’est vers ceux-là que nous avons envie de nous tourner dans l’avenir.
Parmi les livres les plus lus dans le secteur jeunesse, le nombre des titres traduits d’une autre langue est bien supérieur aux autres. Une autre évolution importante est que les maisons d’édition qui ont conscience de cette situation cherchent à produire des livres originaux.

M. D. : D’après vous, comment pourrait se développer ce marché du livre de jeunesse en Turquie ? ­
N. A. : Développer en nombre est facile. L’important est de continuer à évoluer en qualité. Pour y arriver, il faut augmenter le nombre de critiques dans ce domaine, ouvrir des départements consacrés à la littérature enfantine dans les universités, accroître les études académiques sur la littérature de jeunesse, fonder des associations travaillant sur ce sujet. Il faut que l’auteur, l’éditeur, l’illustrateur, le graveur se professionnalisent chacun dans leur domaine et forment d’autres professionnels pour exercer ces différents métiers.

Mine Soysal, auteur, responsable éditoriale des éditions Günisigi : « Les livres pour enfants et pour la jeunesse sont devenus les vedettes de l’édition turque en 10 ans »
Mehmet Demirtas : Quel progrès peut-on constater dans le secteur du livre de jeunesse en Turquie ? ­
Mine Soysal : On peut dire que le progrès est la présence de plus en plus importante des livres pour enfants et pour la jeunesse dans les catalogues et les collections des maisons d’édition. Dans le même temps, on a constaté l’urgence que ressent un éditeur à apprendre les spécificités liées à cette spécialité.
Il y a là une responsabilité assez lourde, celle de former les lecteurs de demain. On a conçu des produits de valeur, fruits d’une collaboration entre pensée et créativité, littérature et arts visuels, professionnalisme et production de qualité.
Et, aussi, les éditeurs de ce domaine ont pris conscience des droits d’auteur. Aux écrivains arrivant à gagner leur vie avec leurs œuvres, se sont ajoutés des illustrateurs ou/et des traducteurs. En abordant des thèmes plus universels, on a pu exprimer une vision de l’enfance plus moderne. La littérature de jeunesse a pris son essor avec des livres reconnus comme importants. On a utilisé plus qu’avant des ouvrages pour enfants et pour la jeunesse dans l’éducation scolaire primaire et secondaire ; on a discuté de leurs applications. On a imprimé des livres bilingues en partenariat avec l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Iran et la Corée.
En résumé, les livres pour enfants et pour la jeunesse sont devenus les vedettes de l’édition turque en 10 ans.

M. D. : Quelle est la situation des livres de jeunesse traduits d’une langue étrangère ? ­
M. S. : Les maisons d’édition, spécialisées dans la jeunesse assez récemment, n’ont pas encore de tradition dans le choix de leurs publications et certaines ont recherché tout d’abord les meilleures ventes.
Quand on parle de ce domaine éditorial, il me semble que c’est important que l’équilibre entre l’universel et le local soit respecté. Les ouvrages provenant des États-Unis et d’Europe bénéficient d’une expérience qui peut nous aider. Mais, de mauvaises traductions effectuées par des traducteurs non compétents – pour des raisons de coûts de production, parfois aussi par manque de pratique éditoriale des titres traduits – ont des conséquences négatives sur les lecteurs, qui finissent avec le temps par se méfier de ces livres traduits.
Ainsi, aujourd’hui en Turquie, la part des livres pour enfants et pour la jeunesse traduits ne dépasse pas 25%.
Les éditions Günisigi, avec 45% de traductions et 55% de titres originaux, se situent au-dessus de la moyenne. Mais les rencontres avec nos partenaires sont rares.

M. D. : Comment, d’après vous, améliorer l’offre et la diffusion du livres de jeunesse en Turquie ?
M. S. : Premièrement, former des spécialistes comme éditeurs, illustrateurs, traducteurs, graphistes.
Les maisons d’édition doivent se professionnaliser et avoir un niveau d’exigence important par rapport à cette catégorie d’ouvrages et à leur contenu pédagogique. En outre, les maisons d’édition, les universités, les groupements professionnels et les instituts d’État doivent s’unir autour de projets d’évaluation.
La deuxième nécessité est le bon fonctionnement de la promotion, comme du suivi de la vente et de la distribution.
Au plan national, le point urgent est de réformer sérieusement le système éducatif, pour qu’il donne déjà aux enfants l’amour de la lecture comme faisant partie de la qualité de vie, mais aussi comme un pont, plus tard, vers la littérature en général.
Ce qui peut aider à réaliser ces objectifs est l’utilisation de procédés créatifs qui encourageront la lecture dans l’éducation ; la formation des enseignants pour travailler sur des programmes particuliers concernant les livres pour enfants et pour la jeunesse. Ce dont il est question ici, c’est de la relation entre le livre, l’homme et la lecture.
Propos recueillis par Mehmet Demirtas  -  mars 2010
Imprimer


Précédent    Suivant
Plus d'infos
Pays