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Portrait et entretien de professionnels

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Comprendre les choix des lecteurs turcs est complexe, ceux-ci ne répondant pas toujours à une logique visible. Actuellement, ils recherchent des titres commerciaux et de plus en plus de livres pour la jeunesse. Les ouvrages de sciences politiques gardent leur importance.
Questions à Mehmet Demirtas, coresponsable de l’agence Kalem

L’agence Kalem a été fondée en 2005. Elle a participé à la négociation de 150 contrats signés en 2008 avec la Grèce, la Bulgarie, l’Iran, l’Albanie, l’Allemagne, la Chine, la Hollande , la Syrie, l’Italie, la Corée , la Slovénie et la France.
Elle fait aussi la promotion de la littérature turque à l’étranger (lors de salons, auprès d’un réseau d’éditeurs) et d’auteurs francophones auprès des éditeurs turcs.
BIEF : Pouvez-vous définir le rôle joué par l’agence Kalem, d’une façon générale, et particulièrement dans les échanges avec la France ? ­
Mehmet Demirtas : Le marché de l’édition en Turquie, comparé à ceux des pays de l’Europe, est comme un « nouveau-né ». Les lois sur le droit d’auteur, les aides publiques, les organismes professionnels sont établis et fonctionnent depuis peu. Pour accompagner cette dynamique, pour aider ce nouveau-né à grandir, l’agence Kalem, parallèlement à son rôle d’agence dans les échanges de droits, a entrepris d’autres actions. Comme de développer les relations éditoriales entre la Turquie et un pays étranger : c’est ce que nous avons fait, par exemple, en participant à l’organisation des rencontres professionnelles franco-turques organisées par le BIEF avant le Salon du livre de Paris. On pourrait dire que nous sommes devenus une sorte de consulat de la littérature turque, qui gère les relations avec divers pays, particulièrement avec la France.

BIEF : Quelle place la France occupe-t-elle dans le marché général des traductions en Turquie ?
M. D. : En 2009, 1 022 ouvrages ont été traduits de l’anglais contre 182 du français et, en 2008, le déséquilibre était encore plus grand : 1 631 titres traduits de l’anglais contre 192 titres du français. L’invasion du marché par les titres anglo-saxons est un problème commun à plusieurs pays non anglo-saxons, comme la Turquie, la Russie, la Corée, le Japon et même la France, et est à prendre au sérieux. Par le passé, la relation entre la France et la Turquie était liée à une présence plus grande de la francophonie dans le pays. Il faut raviver ce lien.
Entre la France et l’Empire ottoman (puis la Turquie), c’est l’une des plus longues relations diplomatiques de notre histoire, interrompue seulement par une brève rupture de trois années (1798-1801), lors de l’expédition d’Égypte.

BIEF : À quel type de production s’intéressent les éditeurs turcs dans les catalogues français ? Le rôle joué par les aides ?
M. D. : Comprendre les choix des lecteurs turcs est complexe, ceux-ci ne répondant pas toujours à une logique visible. Actuellement, ils recherchent des titres commerciaux et de plus en plus de livres pour la jeunesse. Les ouvrages de sciences politiques gardent leur importance. Dans les acquisitions, les aides ne jouent pas un grand rôle car les éditeurs turcs, par manque de temps, y ont peu recours, d’autant que les frais de traduction et de production sont bien inférieurs à ceux pratiqués en France.

BIEF : Peu d’auteurs turcs dans les catalogues français, comment développer les cessions dans ce sens ?
M. D. : Il existe des aides, on vient de l’évoquer, les éditeurs se connaissent, les échanges se poursuivent, mais le résultat reste faible. Du côté français, à vrai dire, en tant qu’agence littéraire, nous avons eu des problèmes liés à la non-connaissance des nouveaux auteurs : les éditeurs français avaient besoin de temps pour faire confiance à une agence, qui propose des choix originaux. Mais je crois en un élan qui pourrait se manifester bientôt. Côté Turquie, on ne peut espérer être publié dans un autre pays sans y consacrer un intérêt réciproque. Les éditeurs turcs doivent donc aussi faire l’effort de choisir plus de titres français.

BIEF : Qu’attendez-vous et qu’attendent les éditeurs de ces rencontres professionnelles avant le Salon du livre ? 
M. D. : De ces rencontres, personnellement, je rêve qu’elles se déroulent dans une ambiance loin de la politique, dans une atmosphère de partage, de discussion sur les problèmes communs, d’échange sur les tendances littéraires mondiales, en vue d’améliorer les partenariats, qui doivent aboutir à des résultats concrets.
Travailler dans le domaine des échanges éditoriaux à l’international est difficile à cause de tous les problèmes de langue que cela implique : la langue de départ est différente – alors, bien sûr, on parle tous l’anglais – et, par ailleurs, le contenu de ce travail porte sur des œuvres de telle ou telle langue, donc il faut d’abord la comprendre. Tous les échanges professionnels sont donc primordiaux pour commencer un dialogue, s’entendre avec l’autre. Cet échange est nécessaire pour savoir comment un éditeur voit les choses, ce qu’il veut de nous, les principes du marché dans son pays, etc. Je pense que c’est dans cet esprit que les éditeurs turcs participent à ces rencontres.
Propos recueillis par Catherine Fel  -  mars 2010
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