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« Étant donné le peu d’éditeurs occidentaux représentés sur cette foire et les très bons échanges entre éditeurs coréens et français, c’est un lieu privilégié pour continuer de les développer et l’occasion unique de voir les professionnels coréens chez eux. »
Foire internationale du livre de Séoul, les foires asiatiques ne sont pas moroses

Un lieu privilégié pour les professionnels français 
Beaucoup moins grande que celle de Taipei – 835 exposants, dont 154 étrangers – la Foire internationale du livre de Séoul n’en est pas moins attractive en proposant de nombreuses conférences s’adressant tant aux professionnels de l’édition qu’au grand public (110 000 visiteurs en 2009). Parmi les 19 pays ayant un stand à la foire, ce sont les pays d’Asie qui sont les mieux représentés (Inde, Malaisie, Chine, Taïwan, Thaïlande, Singapour, Vietnam…).
Peu de pays occidentaux y participent (Allemagne, France, Irlande, Italie, Pologne, Royaume-Uni, États-Unis) et, bien souvent, il s’agit de stands tenus par les ambassades des pays concernés. Le stand BIEF était à proximité du pays invité d’honneur (cette année, le Japon) et ne désemplissait pas, fréquenté par le public, ravi de trouver autant de livres français, aussi bien que par les agents ou éditeurs coréens, venus à la rencontre des éditeurs français.
Étant donné le peu d’éditeurs occidentaux représentés sur cette foire et les très bons échanges entre éditeurs coréens et français, c’est un lieu privilégié pour continuer de les développer et l’occasion unique de voir les professionnels coréens chez eux.
La Corée du Sud a été pendant plusieurs années – et reste – le paradis des cessions de droits pour les éditeurs français de livre de jeunesse. Cependant, les livres sur le développement personnel ont le vent en poupe, de même que l’art de vivre/vie pratique.
Les éditeurs coréens travaillent avec leurs homologues français via des agents, mais certains d’entre eux ne seraient pas opposés à travailler en direct, comme Ikkibooks par exemple.
 
Kyobo Books assurait la commercialisation du stand. En Corée, cette chaîne de librairies qui pourrait être comparée à la FNAC, propose des rayons de livres français difficiles à identifier dans l’immensité des superficies dont elle dispose. Le responsable du département français, M. Park, est motivé – son équipe aussi – mais conscient du défi qui l’attend pour développer la vente du livre français. Pour cela, avec l’aide de Marc Lamy, conseiller adjoint de coopération et d’action culturelle, un questionnaire a été remis sur le stand et complété par chaque acheteur de livres français, afin de mieux cibler leurs demandes et de constituer un
fichier d’adresses électroniques de leur clientèle.
 
L'art et le design mis à l'honneur
Une partie du hall d’exposition était occupée par la 6e Foire internationale du livre d’art. Des livres d’art, mais surtout des livres d’artistes où le design, les illustrations, les pliages et les qualités de papier étaient exposés sur une vingtaine de stand. Après avoir passé des gants blancs, le public consultait ces « petits bijoux ». À cette occasion, Christine Morault a été invitée par les organisateurs et a animé une conférence sur les livres d’artistes publiés aux éditions Memo. L’année prochaine, Séoul sera Capitale mondiale du design. Le service culturel de l’ambassade de France en Corée se dit prêt à mettre l’accent sur cette thématique et à soutenir les éditeurs français pour qu’ils puissent venir à la prochaine foire du livre. Les organisateurs, de leur côté, aimeraient bien avoir pour invitée d’honneur la France. 
 
 
La foire de Séoul vue par des responsables de droits
Trois représentantes de maisons d’édition françaises s’étaient déplacées à la Foire, dont deux avec le soutien du service culturel de l’ambassade de France en Corée du Sud.
 
May Yang (responsable des droits étrangers du groupe Eyrolles) : « Pour certains titres, la seule cession de droits est en coréen et les ventes sont parfois excellentes ! »
En termes de cessions de droits, la Corée est pour nous le deuxième marché asiatique, après la Chine. L’objectif initial de ce déplacement était d’aller à la rencontre des éditeurs sur un marché où les relations passent quasi systématiquement par le biais d’agents. Ceux-ci fournissent un excellent travail et
m’ont aidée à préparer la plupart des rendez-vous durant la foire.
J’avais deux impératifs : mieux cerner les attentes des éditeurs et leur donner l’occasion d’avoir accès à l’ensemble de notre catalogue, qui s’est beaucoup diversifié ces dernières années.
En STM et dans les thèmes qui concernent les éditions Eyrolles, comme l’informatique et le business, les Coréens ont tendance à privilégier la production anglo-saxonne. Durant la foire, j’ai pu mettre en avant des titres originaux dans ces domaines largement couverts par les Anglo-Saxons et, vu l’enthousiasme de certains éditeurs, je pense que mes propositions devraient aboutir assez rapidement.
Dans d’autres secteurs, j’ai parfois été étonnée des choix des éditeurs coréens. Par exemple, dans les domaines du développement personnel, ils ont acheté les droits de titres sur des thèmes comme l’amour au travail ou la philosophie, traitée sous l’angle du développement personnel. Pour certains titres, la seule cession de droits est en coréen et les ventes sont parfois excellentes !
J’ai vraiment pris conscience au fil des rendezvous que les sujets de société étaient recherchés par les éditeurs coréens, avec toujours en ligne de mire un traitement original des thèmes abordés.
J’ai, de mon côté, eu la confirmation d’un marché très dynamique, avec une production pléthorique, soignée et forte en jeunesse, sciences et techniques, art et design.
 
Anne Risaliti (responsable des droits étrangers chez Hatier & Didier Jeunesse) :
« Nombreuses sont les similitudes entre la Corée et la France, notamment en termes de graphisme pour la jeunesse. »
La Corée est pour Hatier et Didier Jeunesse le premier client d’achat de droits. Cette foire, à laquelle je participais pour la première fois, m’apparaissait comme l’opportunité de rencontrer les éditeurs chez eux, avec la possibilité de récolter ce que j’avais semé les années précédentes. Je n’imaginais pas me livrer à de véritables rendezvous de vente, comme à Bologne ou à Francfort.
Outre les rendez-vous organisés sur le stand par les différents agents, j’ai pu rendre visite aux éditeurs, dans leurs locaux. Ainsi, une visite chez un petit éditeur de Séoul m’a permis de profiter pleinement d’une collaboration démarrée en 2005 avec un titre de la collection « Citoyens en herbe », et qui concerne aujourd’hui quatorze titres, qui lui ont fait acquérir une véritable notoriété auprès des professionnels de l’édition, des bibliothèques et de la presse, et dont certains se sont vendus à 7 000 exemplaires. Ce même éditeur vient de démarrer une collaboration pour une collection d’ouvrages documentaires.
Nombreuses sont les similitudes entre la Corée et la France, et notamment en termes de graphisme des ouvrages de jeunesse. Ces goûts que nous partageons transforment peu à peu nos relations de vendeur à acquéreur en relations d’échange. Le catalogue Didier Jeunesse compte à présent plusieurs titres achetés en Corée, dont certains atteignent de très bons scores de ventes.
 
Louise Barber (responsable des droits étrangers chez Play Bac) : « Le marché de l’édition en Corée est très mûr et très sophistiqué »
C’était la première fois que je me rendais à la Foire du livre de Séoul. Mes rendez vous avec les éditeurs coréens ont été d’une très bonne qualité. J’ai au moins quatre ou cinq contrats pour des collections en cours (chacune d’entre elles a une trentaine de titres).
Le marché de l’édition, en général, est très mûr et très sophistiqué. La seule différence avec la production française réside dans les prix des livres, nettement inférieurs à ceux pratiqués en France. Ce voyage m’a permis d’avoir une meilleure compréhension du marché coréen et de la culture coréenne – simplement en voyant les stands, en visitant les éditeurs et les libraires. Il y a un grand intérêt pour la culture française, et surtout la littérature, les arts décoratifs français et les livres de jeunesse « picture books ». Dans un marché dominé par les Anglais et les
Américains, il est important de trouver tous les moyens possibles de promouvoir la culture et la langue françaises.
2010 étant l’Année du design à Seoul, il serait opportun de créer une manifestation autour du design français (très connu en Corée grâce au Designer Week, à Seoul). Concernant l’édition jeunesse, il serait enrichissant de visiter les écoles bilingues français-coréen. Notre agent, Lea Oh de Shinwon, nous a d’ailleurs informés sur les aides financières que le gouvernement coréen offrait aux éditeurs souhaitant acheter des titres coréens. Dans le contexte d’une évolution de l’échange culturel franco-coréen, il pourrait être intéressant de monter une opération dans le but de promouvoir les livres dans les deux sens.
Même si la foire est avant tout une foire nationale, comme le Salon du Livre de Paris, je pense qu’il est indispensable d’y assister.
Christine Karavias  -  août 2009
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