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« Plusieurs programmes on été créés pour favoriser les échanges avec les professionnels étrangers »
La Foire internationale d'Abu Dhabi, un développement rapide

Pour la deuxième fois consécutive, le BIEF participait au Salon du livre d’Abu Dhabi dans sa nouvelle forme. En effet, ce salon s’est, depuis son association avec les organisateurs de la Foire du livre de Francfort, il y a trois ans, professionnalisé et internationalisé : les 550 exposants étrangers, sur un total de 637 exposants, provenant cette année de 54 pays représentés, contre 10 en 2008, l’attestaient.
Au contraire de bien des salons du livre du Proche et du Moyen-Orient, les livres religieux n’étaient à Abu Dhabi que très peu représentés, nouvelle preuve de la
volonté des Émiriens de s’ouvrir vers l’international. En revanche, l’accent était mis sur les ouvrages d’enseignement, grâce à un programme réservé aux éditeurs spécialisés dans ce domaine, qui leur permettait de rencontrer sur deux jours les directeurs d’école et les proviseurs. Du côté français, Stéphane Husar, l’éditeur d’ABCMelody, s’est dit très satisfait d’y avoir rencontré beaucoup d’interlocuteurs privilégiés pour sa production.
Les ouvrages de jeunesse ainsi que ceux de loisirs et de vie pratique ont eux aussi suscité un vif intérêt auprès du public et des professionnels. La zone dédiée aux éditeurs jeunesse, encore plus étendue que l’année dernière, était fortement fréquentée, de même que le stand du Gourmand Cook Book Corner, qui présentait des chefs cuisiniers et exposait des livres de gastronomie de différents pays.

Coup de projecteur sur les droits
Malgré la forte représentation des productions anglosaxonnes dans cette foire, par l’intermédiaire des libraires et distributeurs locaux, les professionnels n’avaient pas
fait le déplacement. Il est vrai que le marché des Émirats leur est tout acquis, compte tenu de la proportion d’Indiens (environ 40 %) et d’étrangers (environ 85 %), d’une manière générale. En revanche, les professionnels libanais, égyptiens, jordaniens et saoudiens étaient très présents. L’invitation d’honneur des pays du Maghreb a bénéficié aux Français, qui ont pu finaliser et signer des contrats – entre autres grâce au programme d’incitation « spotlight on rights » que les Émiriens avaient mis en place. Il s’agissait d’octroyer la somme de 1 000 dollars à tout éditeur, acheteur ou vendeur de droits signataire d’un contrat pendant le salon avec un homologue arabe. Ce qui aurait pu sembler artificiel s’est révélé être un déclencheur, que les Français (Gallimard Loisirs, Eyrolles, Ballon books et ABC Melody, particulièrement) et une grande partie des professionnels présents au salon ont su exploiter.

Dans le cadre du programme professionnel de la foire, le BIEF, la Foire du livre de Francfort et l’entité organisatrice le KITAB, avaient organisé conjointement une conférence franco-germano-arabe sur le développement du numérique. Jérôme Denoix (directeur du développement d’Hachette Illustré) y présentait les déclinaisons numériques des produits papier, le potentiel d’innovation en la matière et les problèmes de législation relatifs à ces nouveaux supports. À ses côtés, Ronald Schild, directeur général de la MVB (Marketings und Verlagsservice des Buchhandels) – structure appartenant à l’association des éditeurs et libraires allemands, dédiée à l’aide aux professionnels pour la promotion des livres –, avait
axé sa présentation autour de Libreka !, plate-forme développée par le MVB de numérisation des titres. Les intervenants arabes étaient tous deux égyptiens : Dalia Ibrahim, des éditions Nahdet Misr, incarnait l’édition traditionnelle et ses difficultés dans le contexte égyptien ; tandis que Ramy Habbeb, fondateur de kotobarabia.com et précurseur en Égypte en matière de numérique, souhaitait montrer le potentiel des pays arabes dans l’utilisation des nouveaux supports. Une
discussion riche en expériences variées s’est donc installée, invitant le public à réagir et à participer.

D’un point de vue local, les fondations émiriennes poursuivent leur développement et restent les principales locomotives pour les échanges, dont deux sont particulièrement actives. L’ADACH (Abu Dhabi Culture and Heritage) poursuit le programme Kalima d’aide à la publication et à la traduction, en mettant l’accent sur les sciences humaines, notamment la philosophie ou la psychologie. Le rythme annoncé de cent ouvrages traduits par an n’est pas tenu, mais le programme suit son cours et le catalogue se développe. De son côté, la Fondation Mohammed bin Rashid al Maktoum, liée à l’émir de Dubaï, qui oriente principalement ses activités vers l’éducation et le management, prépare actuellement la première édition du Salon du livre international de jeunesse de Dubaï (3-10 février 2010). Elle poursuit parallèlement les programmes Tarjem d’aide à la traduction, Oktub d’aide aux écrivains et Turjuman d’aide aux traducteurs, qu’elle avait entamés l’an dernier.
 
Un poit d'ancrage pour approcher le marché en langue arabe
Soutenu par une volonté et des investissements importants, ce salon se développe donc rapidement, à l’image du pays. Par la taille réduite de son marché et ses ambitions affichées dès le début (devenir le salon du livre professionnel pour la langue arabe), il est organisé et à dimension internationale, ce qui en fait une plate-forme évidente pour les échanges. Plus qu’un salon, il devient un moment privilégié de rencontres pour les professionnels (rendez-vous dans les hôtels, remises de prix). Si la rapidité de ce développement, ne se fait pas au détriment du souci de qualité et de professionnalisme, il est recommandé de prendre le risque d’y aller. Á noter qu’en 2010, Abu Dhabi recevra le colloque de l’IPA sur le droit d’auteur. Une forme supplémentaire de reconnaissance internationale.
Laurence Risson  -  août 2009
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