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« La réussite de cette foire est à mettre au crédit de son Fellowship program, très prisé des éditeurs du monde entier.»
24e Foire internationale du livre de Jérusalem

Une foire pas comme les autres
À première vue, la Foire internationale du livre de Jérusalem ressemble à toutes les autres, des professionnels d’Israël et d’autres pays du monde y exposent leurs nouveautés sur des stands plus ou moins spacieux. La cérémonie d’ouverture, présidée par Zev Birger, directeur de la foire, en présence de Shimon Peres, président de l’État d’Israël, a été l’occasion de remettre à l’écrivain japonais Haruki Murakami le « Jerusalem Prize 2009 ». La ressemblance s’arrête là, car le public ne vient que peu sur cette manifestation et, lorsqu’il est présent, c’est pour assister aux nombreuses conférences animées par des écrivains venus du monde entier sans pour autant acheter le livre pour le faire dédicacer par l’auteur à la fin de son intervention.
Sur deux halls d’exposition, un hall complet est dédié aux exposants internationaux. La plupart des pays sont représentés par leur ambassade, avec une petite sélection d’ouvrages qui ne peut être vendue, ce qui peut faire penser à une succession de représentations diplomatiques « obligées ». La réussite de cette foire est à mettre au crédit de son Fellowship program, très prisé des éditeurs du monde entier. Cette année, la France était représentée par Jean-Baptiste Bourrat (Les Arènes), Emmanuelle Colas (Éditions Galaade) et Béatrice Duval (Stock).
L’autre particularité de cette manifestation est qu’une grande partie des stands représentant les maisons d’édition est tenue, en particulier, par une chaîne de librairie : Steimatsky.

Une grande implication de l’ambassade
Le Service culturel de l’ambassade de France à Tel-Aviv avait invité plusieurs auteurs français. Stéphane Heuet (auteur de l’adaptation de l’oeuvre de Marcel Proust en bande dessinée), Charles Berberian (Grand prix du Festival d’Angoulême 2008) et Dan Franck ont rencontré les dessinateurs israéliens Uri Fink, Shaï Sharka et Michel Kichka au cours d’un café littéraire de la foire consacré à la BD. Catherine Clément a présenté à Tel-Aviv quelques extraits de son film sur Lévi-Strauss, en l’honneur de son centième anniversaire et, à Jérusalem, son livre intitulé Mémoires. Alain Mabanckou, dont l’ouvrage Verre Cassé vient d’être traduit en hébreu aux éditions Matar, Atiq Rahimi (prix Goncourt 2008), Yann Apperry, Nicolas Fargues, Shmuel T. Meyer et Jean Mattern ont participé à des animations sur la foire. Le 17 février, une table ronde sur le prix unique du livre, en discussion en Israël, a réuni les institutionnels français et les professionnels israéliens.

Jérusalem : trop locale ?
Le Foyer, la librairie de Tel-Aviv, et Vice Versa, celle de Jérusalem, ont assuré la commercialisation des livres exposés sur le stand du BIEF. Peu de ventes pendant la foire, le public demandant plus particulièrement des traductions d’auteurs israéliens ou s’intéressant aux livres de jeunesse.
Quelques éditeurs français avaient fait le déplacement. Anne-Solange Noble et Jean Mattern (Gallimard) jugent la Foire de Jérusalem incontournable, respectivement pour la qualité du Fellowship program et pour l’occasion unique de rencontrer tous les auteurs israéliens. Déception, en revanche, pour Nathalie Papandrea (Ballon média), dont c’était la première participation, qui a trouvé peu d’ouverture pour « une production très ciblée en jeunesse dans une foire résolument axée sur la littérature » et a pâti de l’absence de certains éditeurs basés à Tel-Aviv. Le catalogue des éditions Larousse a permis à Jean-François Richez d’avoir des rendez-vous plus nombreux, même s’il confirme qu’il y a « une réelle difficulté de rencontrer les éditeurs de Tel-Aviv sur la Foire du livre de Jérusalem ».
 
 
La magie du Fellowship Program, par Jean-Baptiste Bourrat (éditions Les Arènes) « Depuis 1985, la Foire du livre de Jérusalem invite une quarantaine d’éditeurs du monde entier pour une semaine d’échanges et de découvertes. Ce programme, appelé Fellowship, est destiné à promouvoir la foire et le marché du livre israélien auprès des éditeurs étrangers. Cette année, j’ai eu la chance de faire partie des invités. Nous venions d’une dizaine de pays différents. Je connaissais déjà quelques confrères pour les avoir rencontrés aux foires de Francfort et de Londres, mais j’ai pu les connaître de manière plus approfondie et, surtout, faire la connaissance de nouveaux éditeurs.
Sur la foire, nous avons pu avoir une assez bonne vision du marché du livre en Israël et, en dehors des rendez-vous professionnels, nos organisateurs avaient tout mis en oeuvre pour nous donner un aperçu de leur pays, de sa culture et de son histoire. Ces visites et ces conférences étaient souvent suivies de discussions – parfois enflammées – où chacun faisait part de son point de vue sur les enjeux politiques, culturels et religieux de cette région du monde. On pourrait penser que ces conversations nous éloignaient de nos préoccupations professionnelles, en réalité – c’est là la magie du « Fellowship program » – elles nous ramenaient au coeur de notre métier d’éditeur, qui consiste à laisser la place à un espace d’échanges libres et ouverts entre les gens et les peuples. Le rôle de l’éditeur n’est-il pas de publier des ouvrages qui permettent de comprendre notre temps et d’imaginer ce que le monde va devenir ?
Depuis quelques années, l’Allemagne, l’Italie, l’Australie et les Émirats arabes unis ont repris pour eux cette formule du Fellowship program et plusieurs pays européens envisagent de créer le leur. Pourquoi ne pas imaginer qu’un jour la France aura aussi le sien ? »
Christine Karavias  -  août 2009
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