Lors de sa vingtième édition, la foire a accueilli près de 65 000 visiteurs qui ont parcouru les allées des deux pavillons du parc des expositions et assisté aux nombreuses manifestations organisées. Le thème retenu cette année, l’histoire, était illustré par une exposition et un programme de conférences spécifiques, dont
une intervention très remarquée du célèbre historien américain Howard Zinn. En tant qu’invitée d’honneur, l’Allemagne occupait un grand stand central et une dizaine d’auteurs allemands étaient présents.
Le stand du BIEF qui, après l’invitation d’honneur de la France en 2008, avait retrouvé sa place aux côtés des autres stands d’éditeurs étrangers, accueillait la « Sélection » sur un espace de 60 m². Les ventes ont fait la part belle à la jeunesse et à la littérature ; les lecteurs grecs francophiles n’hésitent pas à faire l’acquisition d’ouvrages dits « difficiles » ou « très pointus ». Les manuels d’apprentissage du français et les dictionnaires ont également reçu un franc succès.
Marleen Seegers, chargée des droits aux éditions Stock, avait, grâce au soutien de l’Institut français de Thessalonique, fait le déplacement, et rencontrait pour la première fois uncertain nombre de ses interlocuteurs grecs : « Même si nos échanges avec la Grèce passent par notre agent, Niki Dougé, il était important pour moi de rencontrer les éditeurs grecs chez eux. Faire un tour parmi les différents stands, regarder les livres m’ont appris beaucoup de choses. Et, surtout, ce séjour à Thessalonique m’a permis d’échanger en direc avec nos interlocuteurs,
ce qui porte toujours ses fruits, à plus ou moins long terme. » Avec une plus longue expérience de la manifestation, Martine Heissat (éditions du Seuil) regrette quant à elle une certaine baisse de la fréquentation professionnelle, même si l’effet « lendemain de l’invitation d’honneur » peut être trompeur. Invités par l’Institut français de Thessalonique, Viviane Hamy (directrice des éditions éponymes) ainsi que les auteurs Florian Zeller et David Foenkinos ont participé ensemble à une table ronde.
En outre, la Foire du livre de Thessalonique fut l’occasion, comme déjà en 2006, de réunir dans un atelier de travail certains éditeurs turcs, français, anglais ou encore catalans, pour une présentation des dernières évolutions du programme européen Ramses II par Catherine Vélissaris (directrice éditoriale du programme) et Thierry
Fabre (directeur scientifique). Ce réseau international de recherche en sciences humaines et sociales – qui entame sa dernière année (fin programmée pour mi-2010) – favorise la production, l’édition et la traduction de textes de recherche centrés sur l’espace méditerranéen (
http://www.ekebi.gr/ramses/). Malgré la volonté affichée d’encourager le multilinguisme, Ramses II, au grand regret des coordinateurs, s’est vu dans l’obligation de cantonner ses aides à deux seules langues (langue de publication et première langue de traduction), suite a une baisse des subventions. Le choix de ces deux langues étant laissé aux chercheurs-auteurs, l’anglais se retrouve l’objectif prioritaire et les « petites langues méditerranéennes » sont délaissées, même si les textes concernés conservent l’avantage d’être libres de droits pour toutes les éditions ! Dans le cas des coéditions Actes-Sud – Barzakh, l’aide du programme a permis de fixer un prix de vente algérien adapté au pouvoir d’achat du pays. L’atelier a également tourné autour du projet de création d’un « dictionnaire de la Méditerranée », ouvrage de référence presque fondateur du domaine des études méditerranéennes, en cours
d’écriture et en recherche d’éditeurs pour une publication en coédition.
Une première pour Viviane Hamy, directrice de la maison d’édition éponyme
BIEF : Qu’avez-vous pensé de cette foire ?
V. H. : « C’est la première fois que je viens à la Foire du livre de Thessalonique et je trouve ce salon vraiment très agréable, à taille humaine. Je ne participe généralement pas, personnellement, aux grands rendez-vous comme Francfort ou Londres. C’est Julie Galante, responsable des droits pour la maison, qui s’en charge. Je préfère quant à moi les ambiances plus intimes, qui permettent des rencontres privilégiées, plus informelles avec les éditeurs étrangers, mais également avec certains auteurs étrangers qui nous font partager leurs textes : c’est une chance de découvrir un auteur à travers ses propres mots, en face à face, c’est très rare ! Au salon de Thessalonique, j’ai ainsi rencontré un auteur grec dont je vais sûrement traduire un des romans qui se déroule à Alexandrie, ma ville
natale. Ces petits salons laissent la place et le temps aux hasards et aux coïncidences qui peuvent être à l’origine de synergies intéressantes. J’ai également été très surprise et fière de trouver, mises en avant sur le stand des éditeurs hongrois du salon, les versions françaises des ouvrages de Magda Szabó ou de Kosztolányi que j’ai éditées. Je souhaite multiplier à l’avenir ce type de déplacements à l’étranger et pense même à les rendre presque systématiques : une fois par mois, par exemple. »
Un lieu privilégié pour Marie Desmeures, éditrice aux éditions Actes Sud (collection Babel)
BIEF : Dans quelle optique participez-vous au Salon du livre de Thessalonique ?
M. D. : Depuis 2005, je viens tous les ans en tant que responsable de la série « Lettres grecques » et, au fil du temps, certains des éditeurs grecs sont devenus
de véritables amis. Je connais bien la ville, j’y ai passé une année dans le cadre du programme Erasmus. Initialement, je venais à Thessalonique uniquement pour acheter des titres de romans à traduire en français. Depuis 2008, je profite également de mes séjours pour parler aux éditeurs grecs de certains de nos ouvrages en vue de cessions de droits, même si nous passons également par un
agent (Niki Dougé). Cette année, je suis de plus ici à l’occasion d’un atelier consacré au programme Ramses II, car Actes Sud a publié quatre titres dans ce cadre, dont trois en coédition avec les éditions Barzakh (Algérie).
BIEF : Quelle est la nature et le contenu de vos échanges avec l’édition grecque ?
M. D. : Actes Sud édite un à deux romans grecs par an. La littérature grecque est assez dynamique, il y a une production importante. Aujourd’hui, les meilleures ventes concernent souvent des romans historiques, assez volumineux, consacrés à l’histoire grecque contemporaine, mais qui ne sont pas adaptés au lectorat français. Il y a, en revanche, une vague d’auteurs de 30-40 ans, ayant souvent vécu à l’étranger, qui amènent beaucoup d’audace dans la forme et portent des thèmes plus universels. C’est parmi eux que je cherche des titres à éditer pour Actes Sud. Mon prochain rendez-vous avec la Grèce sera au Salon des Littératures Européennes de Cognac, qui met cette année ce pays à l’honneur du 19 au 22 novembre 2009 (
www.litteratureseuropeennes.com/fr/) et invi te à cette occasion deux auteurs publiés par Actes Sud (Christos Chryssopoulos et Maria Efstathiadi).