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Portrait et entretien de professionnels
« Pour près de 95 livres sur cent, c’est l’éditeur, cessionnaire des droits d’exploitation, qui est l’interlocuteur naturel des producteurs. C’est là une exception française, une de plus, qui s’inscrit dans une longue tradition d’étroits partenariats entre auteurs et éditeurs. »
Questions à Roland Neidhart, directeur de la Société Civile des Editeurs de Langue Française (SCELF)

• BIEF : Où en sont, en matière audiovisuelle, les relations des éditeurs membres de la SCELF avec les producteurs internationaux ?
• Roland Neidhart :
Les États-Unis demeurent le territoire le plus intéressant. Toutefois, s’il y a de nombreuses marques d’intérêt, les options signées sont beaucoup moins nombreuses et aboutissent finalement à un très petit nombre de contrats. Les principaux obstacles viennent de l’attitude des producteurs américains, qui veulent tous les droits (merchandising, remake, sequel, prequel, etc…) et exigent des cessions pour la durée de la propriété littéraire et ses prolongations, soit 92 ans. L’auteur du livre est ainsi totalement dépouillé. Si l’on ajoute que les projets de contrats transmis recopient le plus souvent les dispositions propres aux 50 États fédérés, on imagine la complexité des négociations. L’attitude des producteurs américains relève d’une surprudentialité, aggravée par un refus de toute forme de protection du droit moral. Ces très grandes difficultés n’interdisent cependant pas à Gallimard ou Albin Michel de signer des contrats. On a parfois la chance d’avoir pour interlocuteur un producteur indépendant. Cela a été le cas pour une option en vue de l’adaptation de L’automne à Pékin (Boris Vian, Éditions de Minuit) en film d’animation, pour laquelle on a obtenu qu’elle soit soumise au droit français et que la signature de chacun
des deux auteurs graphistes figure à côté de celle du producteur. Outre-Atlantique, la production connaît de graves difficultés financières qui expliquent que l’option n’ait pas été levée,mais les deux graphistes souhaitent reprendre le projet…en faisant appel cette fois à un producteur français.

•Quels sont les rendez-vous importants pour la rencontre entre les cessionnaires des droits audiovisuels français et les producteurs étrangers ?
• R. N. :
Les « Berlinales », qui se tiennent chaque année en février, sont très prometteuses.Mais l’éditeur ne dispose que d’une vingtaine de minutes pour présenter UN ouvrage, en anglais, à un aréopage d’une quarantaine de producteurs. En soi, la performance est « sportive ». La SCELF a également soutenu le Festival de Monaco trois années de suite, mais n’est jamais parvenue à obtenir un véritable partenariat avec les organisateurs. La Foire de Francfort, quant à elle, organise une section dédiée aux droits audiovisuels mais les éditeurs français, très centrés sur les cessions de droits d’édition, ne sont pas entrés totalement dans le jeu. En 2009, la SCELF a été représentée à Cannes et à Los Angeles à l’occasion de la foire « Locations Films Market », où elle était parrainée par la région Île-de-France venue présenter ses lieux de tournage et ses dispositions relatives au crédit d’impôt. Dans les deux cas, une centaine de catalogues, spécialement édités en anglais, ont été remis aux participants. Les contacts pris à Cannes semblent excellents, mais on sait que les producteurs américains ne s’intéressent réellement à un texte que s’il a été traduit en anglais.

• La cession des droits audiovisuels par l’éditeur est-elle de pratique fréquente ?
• R. N. :
Pour près de 95 livres sur cent, c’est l’éditeur, cessionnaire des droits d’exploitation, qui est l’interlocuteur naturel des producteurs. C’est là une exception française, une de plus, qui s’inscrit dans une longue tradition d’étroits partenariats entre auteurs et éditeurs. Certains agents, bien entendu, cherchent à troubler le jeu. Maintenant que dans la plupart des maisons d’édition des spécialistes sont aguerris au contact avec le monde du cinéma et de la télévision, que la SCELF dispose d’un contrat type, très protecteur du droit des auteurs, et, depuis cette année, d’un véritable marché organisé au Salon du livre, l’offre des éditeurs, à titre individuel ou collectif, ne manque pas d’atouts. Le Centre national du cinéma l’a bien compris qui, désormais, associe la SCELF aux réflexions professionnelles sur la définition du coût du film, la notion d’amortissement, la définition de l’assiette de rémunération des auteurs, etc.
Propos recueillis par Jean-Guy Boin  -  août 2009