Promouvoir l’édition française à l’étranger




        
Recherche avancée
 
Article

Plus d'images...

Conscients que le développement de l’économie mexicaine demandera de plus en plus des personnels qualifiés, l’élévation du niveau scolaire est devenue indispensable. La promotion de la lecture et la création d’un réseau dense et professionnel de bibliothèques et de librairies devient donc une nécessité...
Les auteurs français au Mexique : cartographie

L’attribution du prix Nobel de littérature à J.-M. G. Le Clézio a reçu dans la presse mexicaine un très large écho. Tous les journalistes ont souligné son séjour au Mexique au début de sa carrière et l’influence considérable de ces premières années sur son œuvre. Pour alimenter la bibliographie du récent prix Nobel, nous avons recensé les traductions disponibles dans les librairies mexicaines. Le résultat est surprenant : à peine trois livres, pas de roman mais ses essais consacrés au Mexique.
Un exemple illustrant le paysage des auteurs français au Mexique...

Les sciences humaines en vedette
Le Mexique est le pays qui compte le plus d’ouvrages de Foucault traduits en langue étrangère. Le catalogue de la plus grande maison d’édition mexicaine, le Fondo de Cultura Económica, affiche à chaque page des traductions d’auteurs français en sociologie, philosophie, psychanalyse, histoire. De même chez Siglo XXI. Les maisons d’édition universitaires, particulièrement actives au Mexique (celles de l’UNAM, de l’université de Veracruz ou du Colegio de Mexico), ne sont pas en reste. Les sciences humaines se vendent bien au Mexique : Martine Heissat, responsable de la vente de droits aux éditions du Seuil vient régulièrement à la Foire du livre de Guadalajara, et elle y fait des affaires !

Les écrivains français sont peu traduits
Le marché mexicain de la fiction est largement dominé par les filiales des maisons d’édition espagnoles, grandes et petites. Alfaguara, Planeta, mais aussi Tusquets, Anagrama achètent les droits des écrivains les plus emblématiques. Les livres d’Olivier Rolin, Anna Gavalda, Pierre Michon, Jean Echenoz, par exemple arrivent au Mexique quand les éditeurs espagnols décident d’importer les livres, ce qui n’est pas toujours le cas. Dans ce contexte, les demandes des maisons d’édition mexicaines sont particulières. ERA (remarquable éditeur de littérature, dirigée par Marcelo Uribe), par exemple, ne s’intéresse à la littérature française qu’au travers de ses propres auteurs qui lui proposent des traductions : c’est ainsi qu’ils ont choisi de publier des œuvres de Saint-John Perse et de Gérard de Nerval sur proposition de Jose Emilio Pacheco, auteur phare de la maison.
 
D’autres s’intéressent à des romans récemment parus en France, mais pour des tirages rarement supérieurs à 1 000 exemplaires : Aldus, Almadia, Sexto Piso.
La littérature française souffre au Mexique d’une surexposition médiatique de certains auteurs au détriment des autres. Interrogés, les universitaires eux-mêmes citent toujours Houellebecq, Nothomb, Pennac, etc. Les éditeurs y sont sensibles. Pour pallier ce manque d’informations, nous avons invité à Mexico des universitaires. Dominique Viart a ainsi réalisé deux tournées à une année d’intervalle dans une dizaine d’universités mexicaines : son discours sur la littérature française, très stimulant, a suscité une véritable demande dans ce domaine. Aux éditeurs de prendre le relais en se rendant, par exemple, à la Foire du livre de Guadalajara, où, dans ce domaine, ils sont peu présents.

Une situation particulière : la littérature de jeunesse
En créant, il y a six ans, un programme de dotation de livres dans les écoles primaires mexicaines, le ministère de l’Éducation nationale ouvrait une voie royale pour la vente de droits français. Avec un tirage en moyenne de plus de 80 000 exemplaires, ce programme a incité tous les éditeurs mexicains à publier des livres de jeunesse. Pour limiter les risques liés à la nature de l’appel d’offres (présentation de maquettes abouties), les éditeurs ont largement acheté des droits à l’étranger, et en particulier en France. Ediciones Tecolote, toute petite mais remarquable maison dirigée par Cristina Urrutia, se félicite ainsi d’avoir diffusé plus de quatre millions d’exemplaires de livres d’origine française.
La diminution importante des moyens alloués à ce programme risque toutefois de tarir la source et, par la même occasion, de mettre en difficulté les maisons mexicaines.
Une niche : les livrs sur la lecture
Une particularité mexicaine, enfin : la place des livres sur la lecture. Roger Chartier, Marie Bonnafé, Michèle Petit sont de véritables stars au Mexique, invités régulièrement. Ce phénomène va bien au-delà des simples connivences dont disposent parfois un auteur dans un pays, il traduit une préoccupation essentielle au Mexique : la promotion de la lecture.
C’est, en effet, pour les autorités mexicaines un enjeu social prioritaire. Conscients que le développement de l’économie mexicaine demandera de plus en plus des personnels qualifiés, l’élévation du niveau scolaire est devenue indispensable. La promotion de la lecture et la création d’un réseau dense et professionnel de bibliothèques et de librairies devient donc une nécessité et demeure la condition nécessaire pour une véritable présence des auteurs français dans les catalogues des éditeurs mexicains.
Christian Moire, Responsable du Bureau du livre de l'ambassade de France à Mexico  -  mars 2009
Imprimer


Précédent    Suivant
Plus d'infos
Pays