Promouvoir l’édition française à l’étranger




        
Recherche avancée
 
Article

Plus d'images...

Depuis 14 ans, chaque année, des experts français ont été invités à participer à des séminaires : promotion de la lecture, formation des libraires, organisation du Cnl, loi Lang, bibliothéconomie, etc. Ils l’ont fait avec un enthousiasme d’autant plus grand qu’ils constataient l’intérêt des Mexicains.
Pourquoi les éditeurs mexicains viennent-ils à Paris ?

En instituant, il y a quatorze ans, un poste d’attaché pour le livre à l’ambassade de France au Mexique, le ministère des Affaires étrangères reconnaissait l’importance de l’édition en langue espagnole en dehors de l’Espagne. Il voulait ainsi inciter les éditeurs français à prendre en compte ce marché et à séparer les droits entre l’Amérique latine et l’Espagne. Rappelons que le Mexique est le plus grand pays de langue espagnole, avec plus de 110 millions d’habitants.

Le traditionnel Programme d’aide à la publication (Alfonso Reyes pour le Mexique) a ainsi facilité la parution de plus de 300 ouvrages. Les derniers en date illustrent l’audace des éditeurs mexicains : Editorial Sexto Piso se lançant dans l’édition de l’adaptation en bande dessinée, par Stéphane Heuet, de À la recherche du temps perdu ; Siglo XXI, fidèle à son travail de traduction des sciences humaines françaises, entreprenant l’édition en espagnol du Vocabulaire européen de la Philosophie, coordonnée aux éditions du Seuil par Barbara Cassin.

Toutefois, l’action de l’ambassade de France à Mexico est allée bien au-delà de ce programme d’aide à la publication et d’invitations d’auteurs, et on peut véritablement parler d’échange d’expertises. Échanges qui ont abouti à l’adoption, en mai 2007, d’une loi sur le prix unique du livre inspirée de la loi Lang – qui a connu le veto du Président Vicente Fox en juillet 2007 – et à l’invitation de la littérature mexicaine au Salon du livre de Paris.

Un échange d'expertises
Le Mexique est un pays où l’édition est dynamique, mais qui souffre d’un déficit de librairies et de bibliothèques. Nous avons pu le mesurer en 2003, en pointant dans les librairies les livres qui avaient bénéficié d’une aide à la publication : moins de 30% d’entre eux y étaient disponibles. Pourquoi continuer à aider des publications si les livres demeurent dans les entrepôts des éditeurs et n’ont presque aucune chance d’être à la disposition du public ?
À la même époque, un groupe de militants du livre (éditeurs, libraires, fonctionnaires) cherchaient justement à développer au Mexique ce maillon faible qu’était la distribution. Marcelo Uribe, directeur éditorial de ERA, a su fédérer les énergies pour faire aboutir les projets qui lui semblaient nécessaires et, premier pas décisif, l’adoption d’un prix unique du livre au Mexique. Dans cette lutte quotidienne pour faire passer leurs idées auprès des pouvoirs publics, des députés, des sénateurs, l’expérience française était constamment sollicitée par l’intermédiaire de l’ambassade.

Sans relâche, nous avons expliqué aux Mexicains qu’en France nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un magnifique réseau de librairies. Des libraires qui conseillent leurs clients, des libraires qui entretiennent un véritable fonds, des libraires qui forment régulièrement leurs employés. Et que c’est le résultat des actions des pouvoirs publics (loi Lang, création du Centre national du livre, systèmes d’aides à l’ensemble de la chaîne du livre) et des actions de l’interprofession (Adelc, par exemple). Nos interlocuteurs mexicains ont voulu connaître ces actions pour s’en inspirer : c’est la grande partie du travail entrepris par l’ambassade depuis cinq ans, et il est très gratifiant de voir nos interlocuteurs voter une loi sur le prix unique du livre et être sur le point de créer une association équivalente à l’Adelc (Association pour le développement de la librairie de création).

Depuis quatorze ans, chaque année, des experts français ont été invités à participer à des séminaires : promotion de la lecture, formation des libraires, organisation du Cnl, loi Lang, bibliothéconomie, etc. Ils l’ont fait avec un enthousiasme d’autant plus grand qu’ils constataient l’intérêt des Mexicains. Je pense ainsi à Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF, aux éditeurs Éric Vigne (Gallimard) et Monique Labrune (Le Seuil), aux libraires Jean-Marie Ozanne et Denis Mollat, aux auteurs qui ne se contentent pas de parler de leurs livres mais aussi de librairies, de lectures, Anne-Marie Garat, Jeanne Benameur, pour les dernières venues. Et bien d’autres...

Un tournant décisif
La loi instituant un prix unique du livre au Mexique a finalement été votée en mai 2008 par les deux Chambres, et ce malgré l’opposition du ministère de l’Économie. Mais la loi est soumise à révision dans un an, et les opposants vont avoir à cœur de démontrer qu’elle ne sert à rien. Dans ce contexte, les éditeurs mexicains cherchent les moyens de défendre cette loi : études, enquêtes, mécanismes privés ou publics permettant une meilleure formation des libraires, la création de nouvelles librairies, l’agrandissement des librairies existantes. Ils sont sur le point de créer un centre de formation de libraires, de récolter les fonds pour créer une Adelc mexicaine (cette initiative française les a particulièrement impressionnés), ils voudraient créer un Centre national du livre… C’est dans cet esprit qu’ils viennent nombreux participer au séminaire organisé par le BIEF lors du Salon du livre de Paris, parce qu’ils sont soucieux de connaître les succès et les échecs de l’expérience française pendant ces années qui ont suivi l’adoption de la loi Lang.
Lorsque le ministère des Affaires étrangères décidait de créer, il y a quatorze ans, le Bureau du livre de Mexico, il initiait un processus d’échange d’expertises qui n’est pas encore terminé. La loi Lang a plus de 27 ans ; la loi mexicaine à peine six mois. Nos partenaires mexicains ont encore besoin de notre expérience...
Christian Moire, Responsable du Bureau du livre de l'ambassade de France à Mexico  -  mars 2009
Imprimer

Plus d'infos
Pays