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C’est parfois dans les recoins des blogs qu’il faut aller chercher une critique sur un titre mexicain, comme si, dans les attentes éditoriales et critiques françaises, se mêlaient un double rapport d’attirance et de résistance.
Entretien avec Gustavo Guerrero, responsable du domaine hispanophone chez Gallimard

Quel immense plaisir pour Gustavo Guerrero que ce projecteur sur les auteurs mexicains apporté par le Salon du livre de Paris ! Depuis 1996, il est leur ardent soutien dans la partie domaine hispanophone du catalogue Gallimard dont il a la responsabilité, et « qui représente aujourd’hui 15 à 20% des titres de littérature étrangère ».

France Mexique : les affinités électives
Gustavo Guerrero a en cela suivi les traces de ses prédécesseurs, puisque « La présence de la littérature mexicaine fait partie de la tradition éditoriale de Gallimard ». Ce fut la première maison à introduire la littérature latino-américaine de langue espagnole, grâce notamment à Valéry Larbaud, la figure dominante dans les années 20 de ce nouvel apport culturel. Si sa rencontre avec le diplomate et écrivain mexicain Alfonso Reyes fut déterminante*, Gustavo Guerrero souligne que, « dans l’histoire des relations littéraires entre les deux pays, on rencontre à toutes les époques une histoire d’amitié qui rapproche des écrivains : Péret, Breton et Octavio Paz dans les années 40, puis récemment Le Clézio et Homero Aridjis. Et ces affinités ont servi de ressort à la littérature mexicaine en France ».
Le Clezio et Homero Aridjis se trouvent d’ailleurs réunis dans la préface qu’ils ont rédigée pour l’album de photographies de Daniel Mordzinski sur les auteurs mexicains, que Gallimard publie pour le Salon. Et d’autres événements éditoriaux ont été prévus pour saluer cette présence mexicaine qui constitue un moment d’exception : l’édition de l’œuvre d’Octavio Paz dans la « Bibliothèque de la Pléiade », trois nouvelles inédites en édition folio bilingue de Carlos Fuentes, Sergio Pitol et Alejandro Rossi, et tout un programme de traductions.

Une aventure au long terme
Depuis le début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui, l’éditeur de la rue Sébastien-Bottin a accueilli les grandes figures de la littérature mexicaine dans des collections comme « Croix du sud », « Nouvelle croix du sud » et maintenant « Du monde entier ».
Dans un fonds de littérature étrangère, les livres se doivent de dialoguer entre eux, « c’est pourquoi nous cherchons à combler des lacunes, notamment en ce qui concerne la génération des années 30, avec Sergio Pitol ou Alejandro Rossi, aussi bien qu’à suivre la nouvelle vague d’écrivains qui font partie de ce que l’on appelle "le groupe Crack", constitué en réaction au "boom latino-américain", comme Ignacio Padilla. Il y a au Mexique une école dynamique d’écrivains, dont le directeur est Mario Bellatin, auteur culte dans son pays – de lui vient de paraître chez Gallimard Jeu de dames. Il faut mentionner aussi Alvaro Enrique, qui publie son premier livre en France sous le titre Vies perpendiculaires, tous deux des talents dont on n’a pas fini de parler ».

Depuis quinze ans, pour suivre ces nouveaux chemins, Gustavo Guerrero entretient « une relation très suivie avec les éditeurs mexicains, espagnols, les agents, et encore plus avec les auteurs eux-mêmes. J’en ai rencontré certains lors de la foire de Guadalajara, à laquelle je dois beaucoup. J’ai eu la chance de faire partie du jury du prix littéraire de la Foire ».

Un espace transnational
« Quand on parle du Mexique, on ne peut pas penser seulement en termes nationaux. Il s’agit plus d’un espace littéraire commun au Mexique et à l’Espagne, qui se constitue actuellement fortement à travers par exemple des revues coéditées à Madrid et à Mexico, comme Letras Libres. Il faut faire coïncider la dynamique locale et la dynamique globale. Nous ne sommes plus à l’époque du boom latino-américain, où toute la littérature du continent était à découvrir. Sa place est maintenant plus limitée ». Gustavo Guerrero regrette l’absence de relais en France pour la littérature mexicaine, qui semble toujours un peu affaire de spécialistes. Et c’est parfois dans les recoins des blogs qu’il faut aller chercher une critique sur un titre mexicain, comme si, dans les attentes éditoriales et critiques françaises, se mêlaient un double rapport d’attirance et de résistance. Si les aides à la traduction des deux côtés sont satisfaisantes, il manque une aide à la promotion des livres traduits.

Une toute petite faille du modèle français, si souvent évoqué par les professionnels du livre mexicains, et qui continue de l’emporter sur le modèle américain, pourtant juste de l’autre côté de la frontière…

* La correspondance Larbaud-Reyès a été éditée au Mexique et en France (Honoré Champion)

Catherine Fel  -  mars 2009

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