Fidèle à sa réputation, le Salon international du livre d’Alger a, cette année encore, attiré les foules. Véritable événement dans le domaine du livre en Algérie, le SILA constitue plus que jamais un moment attendu par le public algérien.
Pour s’en convaincre, il suffisait de voir les embouteillages et les files d’attente à l’entrée du Salon, et se laisser porter par le flot des visiteurs, parmi lesquels de très nombreux enfants venus découvrir la littérature jeunesse à l’honneur de cette treizième édition, avec le slogan « Raconte-moi une histoire ». Assurément, le SILA offre la photographie la plus complète des clientèles du livre en Algérie et représente de surcroît pour les éditeurs et leurs distributeurs un enjeu commercial de premier ordre, certains d’entre eux avouant réaliser une large part de leur chiffre d’affaires annuel en l’espace de 10 jours.
Pourtant ce SILA 2008 n’a pas été sans problème. Cette année en particulier, on a pu découvrir des stands qui manquaient cruellement de livres, notamment ceux des éditeurs étrangers, parmi lesquels quelques Français. La faute aux organisateurs, diront certains, dont les importateurs de livres français qui se sont vu imposer de nouvelles règles de participation, quasiment au dernier moment.
Début septembre, en effet, alors qu’un certain nombre d’opérateurs locaux avaient déjà reçu leur commande en prévision du Salon, on apprenait que toute marchandise, en provenance de l’étranger, devait impérativement être transportée directement de la douane vers l’espace de stockage des transitaires officiels du Salon. De plus, un contingent était dorénavant fixé pour chaque livre, selon son année de parution, ce qui interdisait de fait la commercialisation de titres à fort potentiel de ventes sur place. Au final donc, des stands vides pour certains, des stocks bien maigres pour d’autres (Chihab pour Geodif et Actes Sud, mais aussi Edif 2000 et Omega pour Larousse).
A cela s’est ajoutée la censure, qui s’est exercée de façon encore plus marquée cette année. Comme par exemple pour des ouvrages d’Actes Sud, des éditeurs d'ESF (Editeurs sans frontières), l’Atelier, sans compter certains titres (une vingtaine) inscrits sur la sélection présentée par le BIEF. Si cette contrainte n’est pas nouvelle s’agissant du SILA, devant son accroissement quelques éditeurs envisageraient de marquer le coup pour la prochaine édition. De façon générale, l’heure serait ainsi, du côté des éditeurs français, à une sérieuse interrogation sur le sens et les modalités de leur participation au salon d’Alger. Le BIEF réfléchit pour sa part à un réaménagement de sa présence pour les prochaines éditions.
L’ensemble des mesures relatives aux conditions d’importation, prises, de l’avis même de certains professionnels algériens, « un peu à tort et à travers », avaient pour objectif de donner davantage de visibilité aux éditeurs face aux importateurs de livres religieux, notamment venus du Moyen-Orient et de préserver ainsi l’identité de ce Salon.
Et, de ce point de vue, les commentaires des professionnels du livre algériens, et parfois même du public, étaient plutôt encourageants. Au final, les éditeurs algériens ont plutôt bien vendu, et même mieux que les années passées. De quoi conforter ce constat entendu auprès d’une éditrice algérienne « tout au long de l’année, on fait un métier difficile mais pendant 10 jours que dure le SILA, on respire un peu ».