BIEF : Comment percevez-vous cette manifestation ?
Jana Navratil-Manent : C’est une foire extrêmement dynamique, dégageant une formidable énergie, incontestablement l’une des plus attractives en Europe de l’Est. Le public est nombreux, les éditeurs et directeurs des maisons d’édition sont très présents sur leur stand et reçoivent chaleureusement et sans rendez-vous. Ils se sont montrés curieux et très ouverts, en demande à l’égard de la production française, l’image de la France restant très forte malgré les aléas de l’Histoire récente.
BIEF : Comment situeriez-vous le marché serbe par rapport aux autres marchés d’Europe de l’Est que vous connaissez ?
J. N.-M. : C’est un marché très jeune, émergent, après une longue hibernation, d’une structure très étatisée qui contrôlait toute la chaine du livre et qui n’existe plus : tout est donc à créer, en commençant par la diffusion-distribution – inexistante – jusqu’au réseau de librairies qui a complètement disparu, sauf à Belgrade, bien achalandée, et dans quelques grandes villes.
De nombreux petits éditeurs très créatifs se sont lancés dans l’aventure, mais peinent à trouver des débouchés commerciaux en l’absence de structures adéquates – librairies ou bibliothèques (d’où les tout petits tirages pratiqués, écoulés souvent en vente directe ou en courtage pour les beaux livres). À côté d’eux, de gros acteurs adossés à des groupes puissants s’imposent d’emblée par les moyens déployés : nombre de titres publiés, tirages, méthodes de marketing et création de chaînes de librairies à travers le pays, qu’ils alimentent directement, ainsi que de clubs de livres. Il y aura nécessairement des ajustements, car le marché reste très petit en taille, les plus audacieux cherchant d’ores et déjà à l’élargir hors de leurs frontières, pour contrer le démembrement géographique imposé. Les prix publics sont encore très peu élevés, l’e-commerce n’existe quasiment pas. Mais il y a une farouche volonté de rattraper le décalage avec les autres pays.
BIEF : Quelles sont, selon vous, les potentialités du beau livre en général sur ce marché, et plus particulièrement du secteur art de vivre ?
J. N.-M. : Le livre illustré dans son ensemble est très présent et le beau livre occupe une place de choix, avec des prix publics élevés, compte tenu du pouvoir d’achat : on trouve beaucoup d’encyclopédies ou de grandes collections d’art, d’histoire ou de nature chez tous les éditeurs importants.
La catégorie « art de vivre » est souvent utilisée en connotation avec la presse magazine et considérée un peu avec méfiance, comme étant frivole. Cependant, tous les sujets « art de vivre », au sens où nous l’entendons, sont bien présents, particulièrement la cuisine et les vins, les voyages et la nature… Les éditeurs veulent du « contenu », et les ouvrages doivent donc répondre à cette exigence, d’où la présence des encyclopédies et autres grandes « bibles » ou compilations. On constate aussi la publication de la plupart des best-sellers occidentaux, particulièrement anglo-saxons. À côté de cela, il y a une place aussi pour des ouvrages pratiques à petits prix.
BIEF : Avez-vous pu entamer de nouveaux projets ?
J.-N.-M. : Les premiers contacts sont très prometteurs, en effet, et les intérêts nombreux. Il y a un réel appétit. Pour le moment, nous en sommes encore à la phase d’évaluation.
J’ai pu constater que la plupart des livres illustrés sont imprimés en Serbie. Les perspectives pour la coédition restent donc très difficiles pour le moment, sauf pour des ouvrages réellement exceptionnels de par leur concept ou leur fabrication.