Un marché qui se rationalise et se modernise
Même les Japonais étaient présents cette année ! Invités d’honneur de la foire,
ils présentaient une sélection d’ouvrages qui démontrait que leur production ne se cantonnait pas aux mangas. L’ambassadeur du Japon – dans un serbe parfait – précisait combien les échanges culturels sont importants au cœur de cette Europe balkanique.
Le salon du livre belgradois en est l’un des points forts, avec ses 820 exposants, dont 24 pays étrangers aussi divers que la Chine, l’Italie, le Brésil, le Danemark, sans omettre bien sûr les voisins : Monténégro, Croatie, Bosnie, Macédoine et Slovénie. Recréation pendant quelques jours d’une Yougoslavie où les passerelles culturelles sont bien présentes. Près de 3 000 bibliothécaires de la région s’y déplacent et 135 000 personnes y affluent. C’est l’un des moments les plus importants pour les éditeurs présents qui, à coup de remises exceptionnelles, assurent la majeure partie de leurs ventes de l’année.
C’est aussi une opportunité pour communiquer sur les spécificités de leur maison d’édition et de leur catalogue. En tête de file, Laguna, IPS, Clio, Paideia, les incontournables, qui ne se limitent pas aux best-sellers mondiaux mais misent sur une forte politique d’auteurs. C’est ce qui fait toute la qualité du marché serbe, qui s’apparente alors à une locomotive pour tout le reste de la zone balkanique. Une maison comme Geopoetika a acheté les droits d’Orhan Pamuk, bien avant que ce dernier n’obtienne le prix Nobel, même chose pour Clio, qui a traduit Olivier Rolin, avant l’obtention de son prix littéraire.
Ce marché se modernise et se renouvelle aussi : émergence de nouveaux éditeurs – de bandes dessinées notamment – développement de
www.knjizara.com, librairie en ligne proposant à la vente plus de 30 000 titres.
Mais le livre reste un produit cher pour le grand public : entre 5 et 10 euros, quand le salaire moyen d’un instituteur est de 300 et celui d’un professeur d’université autour de 800 euros… Mais le livre est aussi un produit incontournable : outil de transmission du savoir, symbole culturel fort, c’est un cadeau qui est fait systématiquement aux jeunes générations. D’où le développement fulgurant du livre de jeunesse qui se diversifie enfin. Les pouvoirs publics s’impliquent de plus en plus dans la promotion du livre en Serbie : lancement d’enquêtes pour connaître le profil du lectorat et l’état des bibliothèques du pays, réflexion autour de l’éventualité d’une loi instaurant le prix unique du livre et promotion internationale.
Un stand serbe est présent à Francfort, à Thessalonique et à Paris, des outils sont créés : présentation en trois langues (anglais, allemand, serbe) des auteurs contemporains serbes et des principales maisons d’édition, aide à l’extraduction. Trois titres ont été traduits du serbe en français grâce à cette politique de soutien. Le contexte se rationalise donc peu à peu, même si le problème de la distribution est loin d’être réglé et s’il n’existe toujours pas une seule et unique association d’éditeurs serbes…
Le Centre culturel français demeure un maillon essentiel et dynamique pour les rapports professionnels entre les éditions serbe et française. Il est à souligner que dans le contexte de diminution budgétaire que vit le réseau français à l’étranger, l’équipe – composée aussi bien de personnel local que de représentants français – œuvre pour dynamiser les échanges éditoriaux. Le Programme d'aide à la publication Danilo Kis permet d’aider une trentaine de titres par an en littérature, sciences humaines et bandes dessinées (avec un tome de Persepolis notamment). Tous les ans, des professionnels du livre serbe sont sollicités pour se rendre au Salon du livre de Paris, sans omettre le partenariat avec le BIEF dans le cadre du Salon du livre de Belgrade : gestion conjointe du stand, communication et organisation d’invitations d’éditeurs et d’auteurs.
Cette année, sous l’impulsion de l’ambassadeur de France, c’est le secteur Art de vivre qui était mis à l’honneur. Avec une sélection de beaux livres et d’ouvrages pratiques, qui complétaient la « Sélection » de 1 000 titres exposés, le stand français, réuni avec celui des centres culturels anglais, espagnol et italien, proposait une large vitrine de la production française. Stéphan Lagorce, auteur des Arômes du Chocolat, a fait une conférence sur ce sujet au Centre culturel français. Il a réuni plus de soixante-dix personnes. Deux éditeurs représentatifs du secteur Art de vivre étaient présents : Jana Navratil Manent (Flammarion) et Johanna Rodrigues Faitot (Hachette Pratique). L’intérêt des éditeurs serbes porte sur les ouvrages de gastronomie, mais aussi sur tous les thèmes représentatifs de l’art de vivre à la française. Les livres restent chers mais l’envie est là. Ne nous laissons donc pas trop désirer…
Centre culturel de Belgrade.
Directrice : Pascale Delpech
pascale.delpech@diplomatie.gouv.fr