Les Journées franco-allemandes en sciences humaines et sociales, coorganisées par le Bureau du livre de l'ambassade de France, le BIEF et la Foire du livre de Francfort, qui se sont tenues à Berlin les 3 et 4 juillet 2008 avaient pour objectif principal de faire dialoguer les acteurs de l’édition dans les deux pays, à un moment où les échanges de droits dans ce domaine semblent marquer le pas.
Avaient été sollicités des éditeurs de tailles différentes, implantés de longue date ou de création récente, basés à Paris ou en province, spécialisés en sciences humaines ou généralistes. Cette diversité était particulièrement importante dans un secteur « sensible » aux contraintes économiques et commerciales, tout en étant considéré comme vecteur indispensable des idées et, par-là même, des échanges culturels et scientifiques entre les pays.
Du coté allemand, comme du côté français, ce sont une vingtaine de responsables de droits ou d’éditeurs qui ont participé à la rencontre. Un compte rendu détaillé des journées a été publié dans le précédent numéro de La Lettre. Le bilan qui suit a été effectué à partir des réponses à un questionnaire que nous avons envoyé aux participants six mois après qu’elles se sont tenues.
Pari réussi d’une rencontre incertaine
À la question : « L’ensemble de cette manifestation vous a-t-il convaincu ? », la réponse est positive pour la grande majorité des participants. Pour Marion Colas (PUF), cette opération apparaissait « difficile et périlleuse ». Dans la mesure où les contacts sont rares entre les deux pays, il y avait une sorte de pari à pouvoir réunir des éditeurs de sciences humaines et sociales des deux pays, souligne Sandrine Boisard (Presses de Sciences-Po), « on partait pratiquement de zéro », constate de son côté Marie-Martine Serrano (Payot Rivages), qui est repartie avec un regain d’espoir de collaboration future.
L’unité de lieu (l’Institut français) a également aidé aux échanges, à « des rencontres spontanées avec des éditeurs auxquels on n’aurait pas pensé d’emblée », un des points positifs soulignés par Marie-Martine Serrano. Christine Legrand (groupe Libella) souligne aussi cette « ambiance plus chaleureuse que lors des foires d’échanges de droits ».
Partage entre le séminaire collectif et les rendez-vous individuels de travail : un format efficace
À la question : « Le séminaire professionnel a-t-il répondu à vos attentes ? », les participants semblent satisfaits. L’ensemble est apparu à Jean-François Richez (Larousse) « bien équilibré entre le temps consacré aux interventions, aux rendez-vous individuels et aux rencontres informelles ». Le deux-temps a été bien apprécié : la première journée – exposé des sciences humaines et sociales dans les deux pays –, sous le signe de la réflexion et du débat, a bien préparé la deuxième, celle des rendez-vous de travail. Ceux qui ne se connaissaient pas, avaient ainsi l’occasion de se présenter.
En revanche, le décalage entre les interventions des Français et des Allemands est souligné : « Les Français sont arrivés avec des interventions très "académiques", alors que les Allemands étaient plus dans la discussion », commente Sandrine Boisard. Décalage significatif pour Marion Colas des différences entre nos deux pays et nos façons de penser. Barbara Porpaczy (Stock) regrette qu’il ait « parfois manqué un lien direct entre la situation de la recherche dans les domaines et ses répercussions sur le monde de l’édition », tandis qu’Antoine Bonfait dit avoir « apprécié que les auteurs aient été privilégiés par rapport aux éditeurs, ou trop "généralistes", de par leur fonction, ou trop centrés sur leur dominante disciplinaire ». Pour Delphine Ribouchon, c’est « le regard croisé qui était indispensable, tant les uns et les autres ne sont pas soumis aux mêmes motivations, ni aux mêmes contraintes ».
Les échanges sont un objectif en soi
À la question : « Le bilan des rendez-vous du vendredi a-t-il été positif pour vous ? », les réponses se recoupent pour exprimer que cette opération a largement renforcé les relations entre les éditeurs des deux pays. Les objectifs des professionnels présents étaient différents, allant de faire connaître leur maison d’édition à renforcer des échanges déjà solides et ouvrir de nouvelles voies. Ils ont surtout « noué des contacts », « élargi leur réseau », « identifié d’éventuels partenaires ». « Pour un éditeur généraliste, ces rencontres centrées sur un domaine donnent une meilleure perception du marché et de ses acteurs », déclare ainsi Jean-François Richez, relayé par Paul Garapon (PUF), pour qui « on a pu mieux comprendre le marché des études historiques, par exemple, et cibler les propositions ».
Si quelques projets de coopération se sont concrétisés sur le moment – un contrat avec les éditions Beck, pour Marion Colas, la concrétisation d’un beau projet pour Marie-José d’Hoop, un projet en cours, plusieurs autres à l’étude, mentionnés par Claire Mouls (Adverbum) –, ce qui est souligné de façon unanime, c’est que les rencontres ont été confirmées à Francfort. « Je n’ai jamais eu un tel suivi à la suite d’autres rencontres à l’étranger ! », s’étonne Marie-Martine Serrano.
Le couple franco-allemand dans l’édition de sciences humaines serait-il un couple en crise ? « Il a toujours été très difficile de travailler avec l’Allemagne, et cela le restera, quoi qu’on fasse », déclare sans ambage Marion Colas. « Les Allemands semblent plus proches des Anglo-Saxons que des Français dans leur manière de penser et de travailler ».
Ces journées ont de façon certaine contribué à réduire le déficit des échanges, ou peut-être plus exactement à les reconsidérer. C’est ce que veut faire entendre Marie-José d’Hoop, quand elle déclare : « On a l’impression que les échanges franco-allemands sont maigres, mais comme ils existent depuis longtemps, qu’ils sont institutionnalisés, qu’ils fonctionnent bien, on a tendance à les oublier… Il faudrait inviter nos partenaires allemands en retour pour poursuivre la conversation ».
Interrogés de leur côté par le département international de la Foire de Francfort, les éditeurs allemands disent souhaiter une inscription de ces rencontres dans la continuité. Qui dit mieux ?