« The Middle East’s fastest growing book fair welcomes you ! » : comme annoncé dans le slogan de la prochaine édition, le développement de la Foire du livre d’Abu Dhabi a été manifeste cette année, tout en accordant une part moindre aux livres religieux.
Mieux organisé – dans un hall d’exposition neuf, moderne, recouvert d’un marbre immaculé –, le salon de l’émirat, en partenariat avec la Foire du livre de Francfort, présentait quelque 480 maisons d’édition provenant de 42 pays. Une majorité de stands représentant le monde arabe (Émirats arabes unis, Liban, Maroc, Égypte, Arabie saoudite, entre autres) côtoyaient quelques stands asiatiques (Inde, Pakistan, Chine, Hong-Kong) et européens (Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne, France).
Cette dernière était présente à travers le stand du BIEF et quatre autres stands : ceux de l’Alliance française, d’Hachette Livre International, des Presses Universitaires de Paris-Sorbonne et de la librairie L ’Appel du Livre.
Un salon qui veut compter dans les échanges professionnels
La Foire du livre d’Abu Dhabi est un événement grand public qui cherche à devenir également une plate-forme de qualité pour les professionnels et à se positionner comme le salon du monde arabe le plus performant. Sa tenue a donc été précédée d’une journée de conférences, qui cherchait à dresser un état des lieux de la traduction dans les pays arabes. Des intervenants d’Allemagne, de France, du Royaume-Uni étaient invités à en discuter avec des éditeurs et professionnels du livre du monde arabe (Égypte, Liban, émirats).
Également réservé aux professionnels, le premier jour du salon était consacré aux rencontres entre éditeurs et, de nouveau, à une conférence sur les traductions et aux problèmes qui s’y rattachent : leur qualité, le respect des contrats, comment accroître leur nombre, etc. Le programme des jours suivants comportait des discussions sur les thèmes des échanges de droits, de la façon d’approcher le marché américain, de la promotion du livre pour enfant, du « copyright contre piratage », de la promotion de la lecture dans le monde arabe.
De confortables infrastructures mises à disposition sur le salon même (Business Center, Espace Lounge, Press Center, plusieurs aménagements pour les conférences et un espace pour les enfants) proposaient des conditions favorables au travail et aux discussions professionnelles.
Renforcer la promotion du livre arabe
Un autre pan de ce programme – destiné au grand public, pour qui l’entrée était gratuite – abordait des sujets littéraires (rencontres avec des auteurs) ou scientifiques (la prise de conscience écologique dans les Émirats arabes unis et au Moyen-Orient).
Sans pouvoir se référer à des statistiques précises, le public semblait composé dans son immense majorité de locaux, ce qui ne reflète pas du tout la part dans la population de 85% d’étrangers. Trois millions de dirhams (un peu plus de 500 000 euros) avaient étés distribués aux élèves scolarisés dans des écoles arabophones, afin qu’ils aillent acheter des livres au salon. Et ce sont dix millions de dirhams qui avaient été répartis entre les bibliothèques, toutes dotations confondues, afin qu’elles profitent du salon pour enrichir leurs fonds.
Pour développer le monde de l’édition, les autorités émiriennes stimulent également l’interprofession, notamment avec la remise de plusieurs prix littéraires en marge du salon. L’International Prize for Arabic fiction (en association avec le Booker Prize) a ainsi couronné son premier lauréat, l’Égyptien Baha Taher, pour son roman Sunset Oasis (éditions Al Shorooq, 2007), qui sera traduit en Grande-Bretagne, ainsi qu’en France par les éditions Actes Sud ; et le Sheikh Zayed Book Award a récompensé neuf catégories de personnalités du monde arabe qui se distinguent par leur activité autour du livre.
Les autorités marquent aussi une volonté forte de développer les traductions, à travers des subventions accordées par des institutions ou la participation de fondations privées (voir encadré ci-contre).
Les livres français : le choix du public
Franc succès pour les ouvrages exposés, notamment la sélection de 600 titres proposée par le BIEF, principalement dans le domaine de l’art et des sciences sociales, mais aussi pour les ouvrages de jeunesse, qui ont assuré de belles ventes à la libraire Culture & Co de Dubaï, partenaire commercial du stand. Il serait intéressant d’accroître leur présence lors de la prochaine édition, ainsi que celle d’ouvrages de littérature générale, trop peu représentés.
En termes de ventes, sur les autres stands français, on s’accordait à reconnaître l’intérêt marqué pour les ouvrages universitaires (Presses de l’Université Paris-Sorbonne, L’Appel du Livre)et les ouvrages éducatifs (Hachette Livre International). Déception, en revanche, pour les ouvrages en sciences humaines et sociales, qui ont peut-être pâti, de l’avis de la libraire, d’un classement trop générique.
Les éditeurs français présents ont été satisfaits de leur participation à la foire et de leurs contacts. La recherche de distributeurs, notamment, s’est avérée fructueuse.
Les autorités émiriennes semblent être conscientes des difficultés que les éditeurs occidentaux ont parfois à travailler avec ceux du monde arabe et des réticences de collaboration que cela peut entraîner. Ils veulent œuvrer à l’assainissement de ces échanges en condamnant officiellement des pratiques comme le piratage et en faisant respecter les contrats établis dans le cadre de leurs propres programmes de soutien à la traduction.
Le défi du salon du livre d’Abu Dhabi est donc de s’affirmer comme le rendez-vous professionnel incontournable de l’édition du monde arabe. Les fondations ont été posées cette année de façon plutôt prometteuse, espérons qu’elles vont aboutir au développement d’un salon substantiel.
→ Prochaine édition : du 17 au 22 mars 2009
La ville accueillera en 2010 le 7e Congrès international du copyright.
À signaler aussi que se tiendra à Dubaï, du 25 février au 1er mars 2009, la première édition d’un grand festival international qui rassemblera auteurs, poètes et traducteurs du monde arabe.
Deux programmes à suivre
Diverses fondations privées complètent l’action des institutions qui, au moyen de sponsoring, cherchent activement à développer le marché du livre et les échanges avec les éditeurs occidentaux. Deux programmes d’importance ont ainsi vu le jour dans le domaine des traductions : le programme Kalima*, financé par l’Abu Dhabi Authority for Culture and Heritage, qui est aussi l’organisateur de la foire ; et le programme Tarjem, développé par la Fondation Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, pour soutenir la publication et la traduction de livres en arabe (
www.mbrfoundation.ae). Le directeur de la culture de cette fondation, Jamal Ibrahim Al Shehhi, semble très ouvert aux propositions que les éditeurs français pourraient lui faire autour des thématiques suivantes : littérature, poésie, livres de jeunesse ; ouvrages de management, ouvrages scientifiques.
Pour obtenir des informations plus détaillées :
Jamal Al Shehhi
Director of culture (Culture division)
Tél. : +971 4 329 9999
Fax : +971 4 329 3333