La France invitée d’honneur
Un stand de 300 m² était offert à la France, contigu de celui du ministère de la Culture marocain qui avait choisi de mettre en avant la coopération franco-marocaine dans le domaine de la lecture publique.
Sur le stand français, l’ambassade de France disposait d’un espace de rencontres où la Joie par les livres - Centre national de la littérature jeunesse et la Bibliothèque nationale de France ont présenté leurs actions, et où plusieurs auteurs ont animé des rencontres avec le public.
L’espace le plus important du stand France était occupé par l’espace BIEF / Librairie qui présentait la « Sélection 2008 » (environ 1 600 titres), ainsi que les ouvrages des auteurs invités commandés par la librairie. L’association Éditeurs sans frontières (Région PACA) était également présente avec une belle sélection d’ouvrages (Le Bec en L’air, Agone, Le Sablier, Edisud…) ainsi qu’Unipresse venu présenter la presse française au public marocain. Ces quelque 1 800 titres étaient commercialisés par la librairie DSM, partenaire du BIEF à cette occasion. Le stand n’a pas désempli, notamment lors des week-ends et des rencontres avec les auteurs. Les ventes vont aussi dans ce sens, avec plus de la moitié de la Sélection vendue, soit environ 1 100 titres.
Une trentaine d’auteurs invités…
Plus de trente auteurs étaient invités, en grande majorité par le ministère de la Culture marocain, d’autres par le Service culturel de l’ambassade de France ou par l’Institut français de Casablanca. Pascal Bruckner, Gilles Leroy, Nicolas Fargues, Irène Frain, Eric Reinhardt, Daniel Herrero, Titouan Lamazou, Eric Laurrent, Jean-Claude Mourlevat, Samira El Ayachi, Christophe Ono-Dit-Biot et bien d’autres se sont succédé les neufs jours du salon, pour des conférences, débats et signatures sur le stand…
… et un programme professionnel dense
Lors de la journée professionnelle le lundi 11 février, deux rencontres proposées par le BIEF ont eu lieu : « Échanges et partenariats entre professionnels francophones » organisée par le BIEF et le Comité de pilotage international où une petite dizaine d’intervenants a dressé le panorama de la coopération franco-marocaine dans le secteur de l’édition et de la librairie : création d’un fichier numérisé des ouvrages francophones, projet développé en coopération avec la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM) ; aide à la création de médiathèques au Maroc ; programmes de formations à destination des professionnels du livre ; actions en faveur de l’édition ; aides à la traduction / ex-traduction ; politiques d’aide aux libraires, aux éditeurs et aux auteurs, etc.
Les participants marocains ont de leur côté présenté les différentes expériences de coopération menées ces dernières années. Malika Slaoui, directrice des éditions Malika a évoqué son expérience de la coédition avec des éditeurs français, qui a pu se faire grâce aux rencontres de Manosque organisées en 2007 par l’Alliance des éditeurs indépendants. De leur côté, les éditions Tarik ont pu lancer un intéressant projet de coédition avec douze pays, permettant ainsi de produire des livres à 5 euros pour l’Afrique, 7 euros pour le Maroc et 10 à 13 euros pour la France.
Les intervenants ont ensuite pointé du doigt une contradiction dans le secteur du livre : avec un analphabétisme de moins en moins élevé et un lectorat en constante progression, les ventes en littérature restent cependant faibles au Maroc où 80% des importations concernent le livre scolaire. Les professionnels du livre doivent avoir, selon Bichr Benani, éditeur chez Tarik, une vraie réflexion sur ce rapport « inversé ». Il pose également le problème de la distribution en direct dans les écoles, légale au Maroc mais qui, selon lui, est responsable de l’effondrement du réseau des librairies dans son pays. Ce problème a été posé aux ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, mais il n’existe aujourd’hui aucune législation au Maroc visant à protéger l’ensemble des acteurs de la profession. Ce qui fait dire, non sans humour, à Kacem Basfao, responsable de la Licence professionnelle « Métiers du livre » à l’Université Hassan II-Ain Chock de Casablanca, que dans cette filière, on « forme ceux que l’on envoie au casse-pipe » !
La rencontre « L’édition jeunesse : un enjeu pour les publics de demain » a également permis de poser les différents problèmes rencontrés par les éditeurs marocains : absence de politique du livre et de la lecture publique ; peu d’intérêt porté à l’enfant, qui selon Nadia Essalmi (Yomad) « ne devient intéressant qu’à l’âge adulte » ; livre toujours trop cher et quand l’éditeur tire ses prix au maximum, le livre devient « inintéressant » pour le distributeur et pour le libraire (marge trop petite et livre pas assez épais pour être visible dans les rayons) ; problème de la diffusion ; absence ou manque criant d’auteurs et d’illustrateurs qui, selon un illustrateur présent dans la salle « sont formés dans des bonnes écoles, dont celle de Tétouan, mais en sortant ne publient rien et ne rêvent que de quitter le Maroc »…
Les intervenants présents ajoutent également que le discours sur « l’absence de lecteurs » est un faux problème au Maroc. Les lecteurs existent et quand on va vers eux, « ça marche » précisent Nadia Essalmi (Ymoad), Amina Hachimi (La Croisée des Chemins) ou Dominique Nouiga (Éditions Nouiga). Après la création de la Croisée des Chemins, maison d’édition jeunesse, Amina Hachimi a crée des ateliers pour enfants à la Librairie Carrefour des arts. Après un certain « rejet », ces ateliers connaissent aujourd’hui un réel succès. Dominique Nouiga va également au devant des lecteurs là où le livre est pratiquement absent et les lecteurs sont alors bien au rendez-vous. De son côté, Nadia Essalmi évoque les nombreuses associations qui militent pour le livre à l’école, le livre dans les bibliothèques mais aussi… tout simplement pour le livre-plaisir…
Karim Ben Smaïl, directeur des Éditions Cérès à Tunis, est revenu sur le long parcours du département jeunesse né dans les années 90 au sein de cette maison jusqu’alors généraliste. Après plusieurs années de balbutiements, essais divers, réussis et moins réussis, la maison d’édition connaît aujourd’hui de bons succès en jeunesse. Avec notamment une collection de 76 titres en arabe, accompagnés d’outils pédagogiques, qui ont été adoptés par l’Éducation nationale et connaissent une large diffusion dans les écoles. Auparavant, une expérience de collection autour du patrimoine avait été menée : son édition en quatre langues avait pour objectif de traverser les frontières mais elle n’avait cependant pas connu le succès escompté. Ensuite, des essais de coéditions avec l’Afrique du nord Sahara / sud Sahara avait été tentées. Même si le succès n’était pas au rendez-vous non plus, « ces coéditions avaient néanmoins permis de constituer des réseaux ». Enfin, pour remédier de la contradiction évoquée par les intervenants du « poids » du livre par rapport à son prix, Cérès a choisi de réunir deux textes dans un même ouvrage…
Enfin, une rencontre sur « Le métier d’éditeur » a réuni des éditeurs du Maghreb (Bichr Benani, Éditions Tarik ; Karim Ben Smaïl, Éditions Cérès) et des éditeurs français (Bernard Barrault, Julliard ; Isabelle Seguin, Hachette Littératures et Jean-Charles Gérard, Max Milo). Au cours de cette rencontre, un historique de l’édition au Maroc a été dressé, où l’on a pu voir que cette industrie est encore récente et par conséquent encore en développement...