Cette année à Turin, tout comme au Salon du livre de Paris, Israël était le pays mis à l’honneur. Une invitation faite au moment du 60e anniversaire de la fondation de l’État d’Israël qui a créé beaucoup de remous : Tariq Ramadan ainsi que Gianni Vattimo, célèbre philosophe italien de l’université de Turin, ont même appelé au boycott de la manifestation.
Le déroulement de la foire en a été tout autrement. Même si un dispositif de sécurité exceptionnel avait été mis en place et que le stand israélien ne représentait qu’un petit espace confiné en fond de hall, Amos Oz, David Grossman et Avraham Yehoshua, auteurs invités, ont reçu un accueil très favorable, démontrant par là même que « culture et boycottage sont incompatibles », pour reprendre une expression du dernier de ces auteurs. La plupart de leurs ouvrages sont traduits en italien, confirmant l’attrait soutenu du lectorat de la péninsule pour les littératures étrangères.
Des écrivains français ont eux aussi été au centre de rencontres organisées par la foire : Marie Billetdoux, Agnès Michaux et le lauréat du dernier Goncourt, Gilles Leroy, qui ont ensuite, sur une initiative du BIEF et de la Librairie Voyelles, participé à des séances de dédicaces.
Devant un public très attentif et qui rassemblait toutes les générations, Marie Billetdoux a évoqué de façon très émouvante les mystères de la relation amoureuse et a mis en lumière les difficultés de la solitude d’une femme après la disparition de son compagnon. Un thème qui est au cœur de son livre Un peu de désir sinon je meurs et qui remet en question jusqu’à son identité, puisque désormais Raphaëlle Billetdoux signe ses ouvrages d’un nouveau prénom : Marie.
Agnès Michaux, auteur de Zelda, et Gilles Leroy, pour son livre Alabama Song, ont débattu avec passion, dans des échanges parfois vifs, des difficultés pour le romancier à transformer le réel en fiction. Ils ont évoqué le destin de « Zelda, l’autre Fitzgerald », pour qui la vie, commencée comme une légende dorée, devint en quelques années une véritable descente aux enfers.
Pour revenir sur l’aspect international, cette manifestation ne se limite pas au pays qui est à l’honneur ni au petit nombre de stands étrangers présents au Lingotto. Plus d’une centaine d’éditeurs étrangers sont invités dans le cadre du « fellowship », créé il y a une dizaine d’années, dont une quinzaine de Français. Les témoignages sont unanimes : « on peut approcher des interlocuteurs étrangers inaccessibles à Francfort » , « on peut approfondir véritablement les échanges éclair que nous avons à Francfort » , « on a le temps de prospecter », « ce fellowship a une dimension très humaine ; remarquablement organisé, il permet de mieux se connaître ».
Bref, les organisateurs de la Foire du livre de Turin ont gagné leur pari. Ils ont risqué une mise en place coûteuse et une organisation lourde à gérer : plus de 100 invitations, un programme professionnel et festif sur quatre jours. S’ajoute à ces échanges, tournés vers les droits de traduction, un espace dédié aux liens de plus en plus ténus que développent le monde du livre et celui de l’image. Nouveau défi donc pour cette manifestation : celui de créer à moyen terme un « petit Monte-Carlo », lieu où se tient chaque année un célèbre festival de télévision.