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"Je lis les livres que ma fille me recommande, sans que la difficulté de la langue ne me gâche le plaisir", explique un professeur à la retraite
Lire en français en Israël

Soixante mille Français sont inscrits dans les consulats français de Jérusalem, Haïfa et Tel-Aviv.
 
Les Français habitant en Israël se fondent dans le paysage, mais c’est « une des francophonies les plus actives dans un pays non francophone », estime Tobie Nathan, Conseiller de coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France à Tel-Aviv et directeur de l’Institut français.
Les Français d’Israël entretiennent des rapports ambigus avec la France, qui varient au gré des relations politiques entre les deux pays. Pour autant, même quand ils ont réussi l’apprentissage de l’hébreu, c’est vers leur langue d’origine que les Israéliens francophones se tournent pour lire les romanciers français qui viennent d’être publiés ou découvrir les écrivains israéliens, quand ils sont traduits. « Je lis les livres que ma fille me recommande, sans que la difficulté de la langue ne me gâche le plaisir », explique ce professeur à la retraite qui a émigré en famille dans les années 1980, avec des enfants adolescents qui, aujourd’hui, préfèrent lire en hébreu.
 
Pour savourer les romans de Zeruya Shalev ou les nouvelles d’Etgar Keret, ces immigrants doivent attendre que la traduction soit disponible dans une des deux librairies francophones israéliennes : la Librairie du Foyer à Tel-Aviv et Vice Versa à Jérusalem.
 
Les titres français à avoir rencontré le succès en Israël ces dernières années ont été Suite française d’Irène Némirovsky (Denoël) et, à Tel-Aviv, Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Gallimard) – alors qu’à Jérusalem, où il y a un important lectorat religieux, l’ouvrage a rencontré un succès mitigé. Marc Lévy est une valeur sûre. Si l’ironie amère de Michel Houellebecq plaît aux Israéliens, Amélie Nothomb aussi (Ni d’Adam ni d’Ève, Albin Michel). En automne, les prix littéraires attirent les lecteurs. Ainsi, Les âmes grises de Philippe Claudel (Stock) s’est bien vendu, succès confirmé cette année à Tel-Aviv avec Le Rapport de Brodeck, du même auteur. En outre, l’automne dernier, les autobiographies de Simone Veil et de Michel Drucker ont été très demandées à Tel-Aviv.
 
Pour les essais, les libraires de Vice Versa à Jérusalem soulignent que la présence française se maintient grâce à ses écrivains juifs, tels Emmanuel Levinas, André Chouraqui ou Jacques Derrida, sans oublier des francophiles comme l’historien (et ancien ambassadeur) Elie Barnavi.
 
Bien que les Israéliens soient de gros lecteurs, le livre français en Israël se heurte à plusieurs difficultés.
Son prix de vente, tout d’abord : élevé au départ, s’accorde-t-on à dire ici, auquel s’ajoutent les taxes et le transport, ce qui augmente le prix de vente de 20 à 30%. « Un grand format français peut coûter 200 shekels, alors que l’Israélien moyen gagne environ 4 500 shekels par mois ». On comprendra que les nouveautés en poche représentent ici le gros des ventes.
Un autre obstacle est le délai de livraison des commandes groupées que font les libraires : entre deux à trois semaines. Les lecteurs préfèrent alors profiter parfois de la venue de parents ou d’amis pour s’approvisionner ou d’un déplacement à Paris. D’autres, plus audacieux, commandent en ligne à la FNAC ou sur Amazon, ce qui peut se révéler néanmoins plus cher et plus long.
 
Quels sont les autres moyens de diffusion des livres en français, en dehors de ces librairies majeures, qui conseillent, transmettent et soutiennent avec enthousiasme ? Les bibliothèques, qui possèdent leurs fonds en français, des rayons francophones dans quelques librairies ou points de presse (comme à Natanya, où habitent des dizaines de milliers de francophones), des livres d’occasion et l’Institut français de Tel-Aviv, qui peut se vanter d’avoir le premier fonds de livres français traduits vers l’hébreu, mais aussi un fonds important d’ouvrages ayant trait au Proche-Orient. « Il tend à illustrer sur tous les supports (DVD, radio, papier, musique) les principales composantes de la région, explique Roselyne Déry, responsable de la médiathèque, pour montrer que l’une des qualités de la France est de savoir générer le débat d’idées, la réflexion et le dialogue entre les cultures ».
 
Pendant longtemps, les Français immigrés ont coupé les liens avec le pays d’origine. Un comportement qui ne favorisait pas une transmission de la langue aux générations suivantes. Dès la première génération ayant grandi sur la terre d’Israël, l’adhésion au français faiblit. Les jeunes arrivés à l’âge de l’adolescence sont plus à l’aise pour lire en hébreu ou en anglais.
 
Parmi ces Français, il faut compter les descendants des immigrants venus de pays francophones – Maroc, Tunisie et, dans une moindre mesure, Algérie. Mais s’ajoutent également à ces lecteurs formés par l’école de la République ceux venus de pays d’Europe centrale ou orientale, immigrants tchèques, roumains ou turcs, qui ont fréquenté les écoles de l’AIU (Alliance israélite universelle) ou celles des Frères et qui parlent un excellent français.
 
Aujourd’hui, les immigrants français considèrent qu’à l’heure de la mondialisation une langue supplémentaire est une chance pour leurs enfants. Outre une vague d’immigration qui s’est amplifiée depuis deux ans, beaucoup conservent désormais la nationalité française, comme ceux dont la famille part s’installe en Israël mais qui gardent leur emploi en France – ce que l’on a surnommé « l’alyah boeing ».
 
Autres clients des librairies françaises, les « expatriés », qui travaillent dans les services de l’ambassade, par exemple, les élèves qui fréquentent les écoles des Frères. Au lycée, le français, troisième langue étrangère enseignée, après l’arabe et l’anglais, est en régression. On remarque néanmoins une volonté de relance. Quatre universités israéliennes ont un département de français : Haïfa, Jérusalem, Tel-Aviv et Bar Ilan (Ramat Gan). Événement majeur, l’université de Tel-Aviv vient d’intégrer l’Agence universitaire de la francophonie. S’ajoutent à cela la création d’un Haut Conseil franco-israélien pour la recherche scientifique, projet à l’étude depuis 2005, et le Collège académique de Natanya qui vient de créer une section francophone (business et administration). Au lycée agricole de Holon, un lieu historique fondé par l’Alliance israélite universelle en 1870, une filière bilingue hébreu-français vient de voir le jour, qui prépare au bac.
 
Enfin, l’Institut français de Tel-Aviv propose des cours de français à thème qui connaissent un certain succès.
 
Édith Ochs  -  avr. 2008
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