Héloïse d’Ormesson, directrice de la maison d’édition éponyme, s’est rendue plus d’une dizaine de fois à la Biennale du livre de Jérusalem, en tant que "fellow" la première année, puis à titre individuel les fois suivantes.
« Je suis allée à la Foire de Jérusalem à la fin des années 1980. Par la suite, à l’exception de l’année où j’ai créé ma maison d’édition, je n’ai manqué aucune des biennales. Même si les éditeurs sont basés à Tel-Aviv, la ville du business, la foire ne pouvait être qu’à Jérusalem : c’est le centre d’attraction culturelle et symbolique. Le lieu est magique tout simplement. Il n’est pas anodin d’aller à la Foire de Jérusalem ; cela implique une dimension personnelle et spirituelle. D’où la nature particulière des relations avec les éditeurs présents – étrangers et israéliens – qui sont empreintes de complicité et de fidélité. Ce rendez-vous ne se solde pas forcément par la signature de contrats, mais tisse des liens et créée un réseau qui porte ses fruits tôt ou tard ».
« A la foire, il est possible d’approcher de manière décontractée les pontes de l’édition américaine et allemande. Cela a été très important au début de ma carrière : des grands patrons, inaccessibles à Francfort ou à Londres pour la débutante que j’étais alors, devenaient dans le contexte de la Foire de Jérusalem abordables.
Le fait que ce soit une biennale a évidemment son importance. Cela laisse le temps de renouveler le catalogue et de venir avec des propositions nouvelles. La foire est petite, l’ambiance y est détendue et tout y est fait pour faciliter les échanges entre professionnels : le fellowship bien sûr, mais d’autres programmations comme la soirée des auteurs organisée par Nilli Cohen, une des figures incontournables qui promeut les auteurs du pays.
Ce rôle de vecteur de la production littéraire israélienne est important. Les caractéristiques de ce marché est un mélange des pratiques américaines (où le recours à un agent d’auteur est indispensable) avec le modèle européen (où le recours aux intermédiaires est moins systématique). Il existe des agents, dont la renommée agence Deborah Harris, mais aussi des structures mixtes comme l’Institut, qui tout à la fois promeut culturellement des auteurs et qui détient les droits de cessions de certains titres. C’est donc un marché qui a ses propres méthodes pour aborder les échanges à l’international ».
« La dimension cosmopolite de la Foire de Jérusalem est marquée par la présence importante de l’édition américaine et surtout allemande. Le poids de l’Histoire explique la présence de cette dernière : la culpabilité du peuple allemand a entraîné un rapprochement fort entre éditeurs d’Israël et d’Allemagne. Ce sont d’ailleurs les éditeurs allemands qui ont longtemps joué le rôle de passeur de la littérature israélienne en Europe. Jusque dans les années 2000, la majorité des auteurs traduits en France l’avaient été précédemment par les Allemands ».
« Aujourd’hui l’engouement pour la littérature israélienne, que le Salon du livre de Paris va amplifier, n’est pas dû seulement à la portée politique qu’elle peut véhiculer. La littérature israélienne plaît et émeut car elle aborde de plain-pied des questions modernes comme celle du couple, traitée, par exemple, avec lucidité par Zeruya Shalev. L'intérêt porté à la littérature israélienne, découle aussi de la découverte d’une écriture féminine riche (Kimhi, Castel Bloom, Katzir). Je pense que la dimension politique – cet état de paix toujours précaire – ne compose qu’une partie de l’intérêt des lecteurs pour les écrivains d’Israël ; ce qui crée l’engouement c’est de découvrir qu’Israël compte autant de facettes que de citoyens ».