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Portrait et entretien de professionnels
Entretien avec Nilli Cohen, directrice de l’Institut pour la traduction de la littérature hébraïque (ITHL)

Des activités démultipliées
Nilli Cohen, qui œuvre depuis 1976 au soutien et à la promotion de la traduction de la littérature hébraïque moderne auprès des lecteurs étrangers, peut être satisfaite. Les auteurs israéliens sont reconnus dans le monde entier, aussi bien les auteurs classiques contemporains que les poètes et, phénomène plus récent, qu’une toute nouvelle génération d’auteurs.
 
Ainsi, parmi la quarantaine d’écrivains invités au Salon du livre de Paris, certains sont très connus des lecteurs français, comme les grandes figures incontournables Amos Oz, Avraham B. Yehoshua, Aharon Applefeld, Meir Shalev, tandis que d’autres sont présentés pour la première fois : Eshkol Nevo, Boris Zaidman, Savyon Liebrecht, Alon Hilu, Ron Leshem, Edna Mazya, Agi Mishol, pour ne citer que quelques-uns.
 
« Pour les faire mieux connaître, nous avons participé à des anthologies qui seront publiées à cette occasion, comme par exemple Tel-Aviv Avenir, une anthologie de textes en prose et de poésies classiques et modernes aux éditions Joëlle Losfeld, une Anthologie d’écrivaines israéliennes : 13 nouvelles, aux éditions Métropolis de Genève, Femmes poètes d’Israël aux éditions Caractères et aussi à un recueil de nouvelles de la collection « Miniatures » aux éditions Magellan. La revue Europe consacrera un numéro à la poésie hébraïque contemporaine, mal connue en France, et Mais c’est de l’hébreu !, une bibliographie de la littérature hébraïque moderne, avec textes introductifs et littéraires, établie par l’Institut, « recensera tous les livres traduits de l’hébreu en français » alors qu’une autre bibliographie en sens inverse (hébreu-francais) sera établie par l’Institut français de Tel-Aviv.
 
En dehors de ces publications liées à des événements ponctuels, l’Institut édite aussi des œuvres, des catalogues (nouveautés adultes et jeunesse) à destination des éditeurs étrangers, exerce une activité d’agent littéraire auprès de ces derniers, attribue des subventions de traduction pour des livres ou des revues – autant de moyens diversifiés pour renforcer sans cesse son activité, avec l’aide des ministères des Affaires étrangères et de la Culture israéliens.
 
Objectif principal : susciter l’intérêt du grand public pour les auteurs israéliens à travers le monde
Pour Nilli Cohen, « Il faut rappeler tout d’abord que la renaissance de l’hébreu date du début du siècle ». L’histoire de l’exportation de la littérature qui s’y rattache est, pour une part, assez courte, mais suit la même courbe ascendante dans de nombreux pays, comme le démontrent les données statistiques établies par l’Institut.
En ce qui concerne la France, cette réception a été mouvante. « Ainsi, dans les années 1990, les ventes de livres des auteurs israéliens traduits en français étaient parfois très basses. Il semblait y avoir des lecteurs pour des ouvrages au contenu politique, mais pas pour la “seule” littérature israélienne. Puis, la réception a changé avec l’arrivée sur la scène littéraire israélienne d’auteurs jugés attractifs par tel ou tel pays, et, par un effet boule de neige, dans le monde entier : c’est le cas de Zeruya Shalev, Etgar Keret, Alona Kimhi, Orly Castel-Bloom, pour ne citer qu’eux… »
 
L’originalité de certains auteurs, aujourd’hui, est liée aux immigrations différentes, au « melting-pot culturel constitué par la société israélienne, notamment avec l’arrivée d’un million de Russes ou encore auparavant des immigrants d’Afrique du Nord ». Ces auteurs, comme Boris Zaidman, Eli Amir, Sami Michaël et le poète Ronny Someck introduisent une sensibilité nouvelle. Et, depuis les années 2000, l’intérêt (et les ventes) montent pour des livres au style différent, se déroulant sur fond de vie quotidienne.
Enfin, il faut parler aussi de l’émergence d’une littérature féminine depuis 1980, qui se vend bien à l’étranger, notamment en Allemagne et en Italie, et maintenant en France.
 
Nilli Cohen ajoute que « promouvoir les auteurs, c’est aussi donner toute leur place aux traducteurs. Et j’espère que le Salon sera une occasion de le faire. Le groupe de traducteurs qui travaillent de l’hébreu vers le français est excellent – je pense à Rosie Pinhas-Delpuech, Emmanuel Moses, Sylvie Cohen, Arlette Pierrot ou Ziva Avran, Michel Eckhard et Esther Orner, entre autres –, mais ils sont, à mon sens, trop souvent dans l’ombre, en butte à des difficultés morales et techniques ».
 
La montée en puissance des livres pour enfants
L’action de l’Institut porte aussi, depuis les années 1990, sur les livres pour la jeunesse publiés en Israël, dont la production a joué un rôle non négligeable dans l’augmentation des traductions de l’hébreu dans toutes les langues. Israël est d’ailleurs présent à la foire de Bologne. La collection « Panorama sur la vie en Israël », écrite par des auteurs pour adultes, a été vendue en Allemagne. En France, dans ce domaine, l’Institut travaille avec un grand nombre d’éditeurs pour la jeunesse tels que Gallimard, Flammarion, Hachette ou Actes Sud. « Dans ce contexte, l’invitation d’Israël au prochain Salon du livre de Paris ne peut que nous réjouir. Ce sera une plate-forme, un « grand coup de projecteur » qui, je le répète, représente pour nous le point culminant d’un travail. Cela va aussi aider les libraires en France à vendre la littérature israélienne et nous aider à faire publier encore plus de titres intéressants ».
 
Quelques chiffres
Depuis sa création en 1962, plus de 150 auteurs ont étés publiés à l’étranger grâce au travail de l’ITHL, et la littérature hébraïque a paru dans 67 langues
différentes, dont 17 langues indiennes, 80 ouvrages ont été traduits en chinois. L’Institut a initié pendant les dix dernières années la publication d’environ 1 000 ouvrages, représente 250 auteurs en tant qu’agent littéraire, et a initié 250 anthologies dans une quarantaine de langues.
 
Catherine Fel  -  avr. 2008
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