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« Il nous faut parfois ces regards amis qui viennent bousculer, encourager, aider à la remise en question », Michèle Capdequi, libraire à Colomiers
Cycle de séminaires des libraires algériens

Le libraire entre passion et réalité
Interrogez des libraires en Algérie. La plupart vous diront qu’ils mettent au cœur de leur métier la passion des livres. Transmise de père en fils pour les uns ou venue au hasard d’un changement de carrière pour les autres, cette passion est aussi là pour justifier bien des sacrifices consentis. Sentiment partagé par de nombreux libraires, il est de plus en plus difficile de faire vivre cette passion et plus encore d’en vivre. C’est toute la question de l’image de la librairie et de sa reconnaissance auprès du public algérien ; et, en corollaire, la question des équilibres économiques avec, au centre, l’enjeu de la rentabilité d’une entreprise culturelle, qui est aussi un commerce.
 
Ces problématiques sont, depuis 2005, au centre d’une réflexion engagée par une vingtaine de ces libraires algériens, dans le cadre d’un cycle de séminaires dont la sixième et dernière étape s’est déroulée du 2 au 4 juillet 2007.
À l’origine de ce projet, la volonté de plusieurs acteurs, directement impliqués dans la professionnalisation de la chaîne du livre en Algérie. L’ASLIA (l’Association des libraires algériens), qui mène de multiples actions pour défendre la place et le rôle de la librairie a, dès sa création, en 2001, donné une importance particulière à l’enjeu de la formation. Pour ce faire, elle a noué avec deux partenaires français – le Bureau international de l’édition française (BIEF) et l’Association internationale des libraires francophones (AILF) – une relation privilégiée qui a, entre autres, permis ce cycle de séminaires, portant sur les différents aspects du métier de libraire. L’ambassade de France et son Bureau du livre ont de leur côté accompagné techniquement et financièrement ce projet.
 
« Un regard extérieur la librairie algérienne »
Ce dernier séminaire était donc l’occasion de revenir sur l’ensemble du parcours réalisé depuis deux ans par les participants.
Dès la première étape, en février 2005, Michèle Capdequi – qui dirige la librairie La Préface à Colomiers, dans la proximité de Toulouse, et intervenait également en tant que représentante de l’AILF – avait offert son « regard extérieur » en allant à la rencontre d’une quinzaine de libraires installés sur tout le territoire algérien. Son témoignage devait ainsi servir de base pour engager la réflexion autour de la notion de « projet de librairie ».
« Qu’en est-il de l’adéquation entre ce que dit (ou souhaite) le libraire et la réalité de sa librairie ? Un environnement extérieur, une porte d’entrée accueillante ou non, une vitrine animée ou délaissée, un aménagement plus ou moins adapté, des sourires, un assortiment correspondant au projet de la librairie ». Autant d’éléments qui ont constitué les thèmes de chacun des séminaires, qui se sont tous déroulés à Alger, sauf un à Annaba.
L’aménagement de la librairie (juin 2005) ; l’accueil et l’animation (novembre 2005) ; les clientèles de la librairie (juin 2006, à Annaba) ; l’assortiment et la gestion des stocks (février 2007) ; et, enfin, le rôle du libraire en tant que chef d’entreprise (juillet 2007), clé de voute de ce parcours de formation, puisque, en définitive, c’est au dirigeant que revient la responsabilité de « faire bouger les choses ».
 
Tout au long de ce cycle, un message a été répété avec insistance : quel que soit le modèle ou le projet de librairie, il faut une exigence de rigueur. « Il y a une image fantasmée de la librairie auprès du public, ce qui est vrai en France comme en Algérie. Mais cette image et ce rêve ont un coût ». Faisant écho à ce commentaire de Michèle Capdequi, la présidente de l’ASLIA, Fatiha Soal, affirmait de son côté « qu’en tant qu’acteur culturel, nous avions presque honte d’être rigoureux. Nous avons pris conscience que nous ne sommes pas seulement une entreprise culturelle mais aussi une entreprise commerciale ». Pour sa part, Abdellah Benadouda, de la librairie Chihab, a pu souligner, qu’aujourd’hui encore, « les libraires ne sont pas reconnus comme des acteurs économiques par les éditeurs ».
 
Au terme de ce cycle de séminaires, les choses pourraient changer. Dès à présent, de nouveaux aménagements témoignent de cette volonté de changement du côté des libraires. Après l’ouverture de la nouvelle Librairie du tiers-monde en 2006, c’est la librairie Les mots, dirigée par Fatiha Soal, qui a été récemment ouverte avenue Victor Hugo, au cœur d’Alger. Une véritable « librairie école », dont la visite est venue clôturer le dernier séminaire, comme pour illustrer la parfaite synthèse des thèmes abordés tout au long du cycle.
Ont été évoqués aussi le réaménagement de la librairie Flites à Médea, dont le directeur, Boubakeur Flites, affirme avoir augmenté son chiffre d’affaires de 30%, simplement en passant de la vente au comptoir à une surface de vente en libre accès. Progression des ventes aussi pour Smaïl Mhand, qui a procédé à l’extension et au réaménagement de son magasin.
Tout au long de cette dernière séance, des témoignages de libraires sont venus démontrer le bénéfice du cycle de séminaires, mais également les attentes qu’il avait suscitées. En particulier, la nécessité de poursuivre ce type d’échanges mais sous d’autres formes, comme l’organisation d’une journée portes ouvertes sur le métier de libraire ou encore la mise en place de courtes sessions de formation, destinées aux libraires qui n’auraient pas pu participer à ce premier cycle.
Fatiha Soal, en tant que présidente de l’ASLIA, a souligné en guise de conclusion l’importance du regard extérieur sur la librairie algérienne. « Il nous faut parfois ces regards amis qui viennent bousculer, encourager, aider à la remise en question », avait pu écrire Michèle Capdequi à l’occasion de la première session, deux ans plus tôt.
 
Pierre Myszkowski  -  janv. 2008
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