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"Il est rare qu’une réunion de cette nature entre professionnels attire autant de monde", Eric Vigne
Quelle place occupe l’édition française aux États-Unis ?

Le 4 décembre, la French Publishers’ Agency a fêté sa vingt-cinquième année lors d’une soirée dans les services culturels de l’ambassade de France aux États-Unis. Elle avait été précédée, l’après-midi, par une table ronde à la New York University, consacrée à la place de l’édition française aux États-Unis, à laquelle participaient, en présence d’éditeurs américains, Olivier Nora, président-directeur général des Éditions Grasset, Éric Vigne, directeur éditorial du secteur sciences humaines et sociales aux Éditions Gallimard, Jennifer Crewe, directrice éditoriale à la Columbia University Press et Lucinda Karter, directrice de la French Publishers’ Agency.
 
Éric Vigne : « Il est rare qu’une réunion de cette nature entre professionnels attire autant de monde »
C’est en effet une centaine d’auditeurs, parmi lesquels des éditeurs, des traducteurs et des universitaires, qui ont assisté à cette table ronde sur le thème des rapports éditoriaux parfois tendus entre la France et les États-Unis. Une partie des partenaires habituels de l’édition française, les francophones, comme André Schiffrin (The New Press) ou Richard et Jeannette Seaver (Arcade Publishing) entre autres, étaient présents, mais aussi des petits éditeurs indépendants moins connus, dont les questions tant au cours de la rencontre qu’à sa suite montraient bien la motivation. Questions pratiques sur les à valoir, les contrats, les subventions, révélant la volonté de travailler ensemble, d’ouvrir de nouvelles collections, plutôt que l’antienne au cœur habituellement de ce genre de débats : « Qu’y a-t-il en France après Foucault, Deleuze et Derrida ? » 
 
De petits éditeurs américains indépendants prêts à suivre l’évolution de la production française
D’après Éric Vigne, dans le domaine des sciences humaines, les éditeurs américains, universitaires comme indépendants, affichent une volonté de privilégier l’originalité du propos sur la nationalité de l’auteur. Ainsi, des auteurs publiés par Gallimard (qui cède six à sept titres annuellement aux États-Unis) tels Pierre Hadot, Vincent Descombes, Jean-Marie Schaeffer sont traduits, comme, suite à l’intervention en Irak, l’ont été certains ouvrages majeurs des études françaises sur le monde musulman.
En cela, ces éditeurs, s’ils persistent dans cette direction, se mettront au tempo des sciences humaines et sociales en France, où les grandes questions l’emportent sur les grands auteurs : le plus souvent, une problématique est travaillée par plusieurs auteurs, donc à travers plusieurs approches. Et il n’y a plus, comme dans les années soixante à quatre-vingt, une question qui soit la propriété d’un auteur qui fasse fructifier ainsi son œuvre.
La réciproque est vraie pour la France : les éditeurs français acquièrent les droits d’ouvrages américains selon l’émergence de questions nouvelles dans des domaines longtemps jugés mineurs en France - philosophie politique ou philosophie morale - voire inexistants - sciences cognitives ou philosophie de l’esprit.
Mais la discussion avec les éditeurs américains à propos de la nécessité pour le Centre national du Livre de continuer à subventionner les traductions a montré une inquiétante limite : le point mort des premières éditions d’un ouvrage traduit aux États-Unis est semblable à celui du même ouvrage en France (environ 2000 exemplaires). Il faut y voir le reflet du refus des grandes chaînes de distribution à s’engager sur des titres de savoir, et qui plus est étrangers, c’est-à-dire sans passage possible de l’auteur à la télévision.
 
L’avenir dira si les conditions matérielles de la distribution auront raison de la volonté intellectuelle de s’ouvrir à nouveau mais un tout petit peu.
Propos recueillis par Catherine Fel  -  janv. 2008
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