Le toujours coté Fellowship Program
Jérusalem propose depuis 44 ans une biennale internationale du livre. Sous la houlette du charismatique Zev Birger, cette manifestation se construit autour d’un programme très recherché par l’ensemble des professionnels de l’édition : le Fellowship*. Réunissant une cinquantaine d’éditeurs et quelques agents (avec une majorité d’Américains, d’Anglais et d’Allemands, quelques Français, des Italiens et des représentants d’autres pays, comme l’Inde ou la Pologne), cette initiative tend à créer une véritable communauté internationale de professionnels qui prennent le temps de mieux se connaître et de mieux déceler les points essentiels à une future et pérenne collaboration. Le lieu – Jérusalem et, plus largement, Israël – par son intensité politique, historique et culturelle, est un contexte qui tend à renforcer les liens entre les personnes présentes, comme en témoigne Heidi Warnecke, responsable des droits étrangers aux éditions Grasset : « J’ai eu cette chance inouïe d’avoir été fellow lors de la Foire de Jérusalem […] Globalement, c’est une expérience formidable. Aller à la Foire de Jérusalem dans le cadre du Fellowship est un “investissement” à moyen et long terme. À quel autre moment a-t-on l’occasion de passer du temps avec nos confrères étrangers, sans courir d’un rendez-vous à un autre et sans être obsédé par le business ? Je ne peux que recommander cette expérience. »
Une foire dont les auteurs sont le centre
Dans le cadre de cette programmation, un moment très attendu par tous fut le séminaire de rencontres israélo-palestiniennes Voices from the Hilltop of Tantur. Il s’agissait de réunir, en présence d’éditeurs et d’agents internationaux, des écrivains arabes et juifs qui présentaient leur dernier roman par des lectures, suivies d’échanges avec l’auditoire. Cette année, Zeruya Shalev, Alon Hilu, Taha Muhammed Ali, Taufik Abu Wael, entre autres, y ont participé. C’est, pour les responsables des départements étrangers, une occasion privilégiée de rencontrer et de discuter avec les auteurs qu’ils traduisent ou bien qu’ils souhaiteraient publier.
Mais c’est sans oublier la manifestation en tant que telle, qui présentait une cinquantaine de maisons d’édition israéliennes. Ainsi, Am Oved, Kinneret, Even Hoshen, Keren y tenaient un stand ; et le hall international offrait un panorama culturel de la diaspora juive européenne avec des stands russe, polonais et allemand importants.
L’espace du BIEF, géré par deux librairies françaises – Vice-Versa, de Jérusalem, et Le Foyer, de Tel-Aviv – proposait des animations, orchestrées par les services culturels de l’ambassade de France à Tel-Aviv : Jean Rouaud, Jean-Jacques Fdida, Michel Le Bris conduisaient cet « étonnant voyage en littérature », titre de la programmation. Plus de 1 500 titres français étaient présentés, dont les œuvres traduites d’écrivains israéliens, comme Amos Oz. En effet, nombre d’Israéliens ne maîtrisent pas l’hébreu et préfèrent lire les écrivains dans la langue du pays qu’ils ont quitté pour s’installer en Israël.
La Foire du livre de Jérusalem draine peu de grand public, même si les chiffres officiels affichent une fréquentation de 80 000 visiteurs. Mais la réussite n’est pas à chercher de ce côté. En effet, le défi qui a été remporté est d’avoir su intéresser les éditeurs américains. On dénombrait en effet une dizaine d’agents américains et une vingtaine de représentants de maisons d’édition des États-Unis. De même pour les professionnels anglo-saxons. Cette présence massive traduit une réalité du marché : la prédominance des échanges de droits entre éditeurs israéliens et éditeurs de langue anglaise.
L’invitation faite à Israël pour le prochain Salon du livre de Paris, en 2008, s’avère une excellente occasion de promouvoir les échanges éditoriaux franco-israéliens.
*Les fellows français de cette année étaient : Marion Rérolle (L’Olivier), Olivia de Dieuleveult (Flammarion), Anne Michel (Presses de la Cité), Heidi Warnecke (Grasset).