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"L’édition argentine de sciences humaines et sociales témoigne assurément du dynamisme actuel du pays. La dizaine d’éditeurs rencontrés, indépendants des grands groupes espagnols, sont parfaitement au courant des travaux et de la recherche française dans leur domaine de publications", Antoine Bonfait
La Foire internationale du livre de Buenos Aires

La 33e Foire internationale du livre de Buenos Aires a bien mis en évidence le redémarrage de l’édition argentine, après la grande crise de 2001. Les 1 520 exposants de 58 pays se sont répartis sur une superficie record de 45 000 m². Autre signe de la reprise de l’industrie éditoriale argentine : elle sera l’invitée d’honneur de la Foire de Francfort en 2010.
En collaboration avec les Services culturels de l’ambassade de France et les représentations de l’Allemagne, de la Pologne et de la Grèce, le BIEF a présenté la Sélection 2007, renforcée par des compléments en sciences humaines et sociales, pour accompagner les rencontres professionnelles qu’il a organisées autour de ce domaine.
 
« La crise de 2001 est derrière nous, maintenant nous faisons le pari de la croissance »
Les éditeurs argentins n’ont pas laissé passer l’opportunité de faire savoir que l’édition argentine avait retrouvé sa bonne santé. Ils développent leur production et se positionnent comme concurrents directs des éditeurs espagnols en matière de traductions. « Les éditeurs espagnols ont tendance à négliger le marché latino-américain, mais nous avons beaucoup plus de lecteurs en Amérique latine qu’en Espagne. Le livre espagnol est excessivement cher pour le lecteur latino-américain et nous souhaitons combler cette lacune », déclara, lors de la foire, Carlos de Santos, représentant de la Chambre argentine du livre et directeur de la maison d’édition Manantial, dont 70% du catalogue est constitué de traductions du français.
 
Le nombre de titres publiés par an ne cesse d’augmenter depuis 2002. En 2006, 19 426 nouveautés ont été publiées, ce qui représente une hausse de 12% par rapport à l’année précédente. En matière de traductions, l’anglais arrive en tête avec 58% des titres traduits en 2006. Néanmoins, le français occupe toujours la deuxième position avec 12% des traductions. Plus de la moitié des traductions du français concernent des ouvrages littéraires ou de sciences humaines. En outre, les titres jeunesse progressent en raison du développement de ce secteur en Argentine.
 
Les chiffres montrent que la production éditoriale argentine est revenue aux niveaux des années 1990, et que la croissance ne devrait pas s’arrêter à court terme. Ceci explique en partie la multiplication, depuis 2003, de petites maisons très spécialisées, principalement en sciences humaines et sociales, littérature et livres de jeunesse. La nouvelle conjoncture profite également aux grands groupes comme Planeta, le Colombien Norma ou Bertlesmann, qui éditent en Argentine pour le reste du marché hispanophone.
 
Pourtant, en dehors de cette reprise spectaculaire, l’augmentation du prix du papier en Argentine menace le secteur. Les éditeurs rassemblés dans la Chambre argentine du livre l’ont fait savoir pendant le Salon : depuis 2002, le prix du papier a augmenté de 224%. Le papier représente 60% du coût des livres argentins aujourd’hui contre 30% en 2002. Le paradoxe – et la contrainte – est là : le prix du livre argentin est beaucoup moins élevé que celui du livre espagnol, bien que le prix du papier soit moins cher en Espagne, de l’ordre du 10 à 12%.
 
Les sciences humaines et sociales en Argentine et en France : regards croisés
Huit représentants de maisons d’éditions françaises spécialisées se sont déplacés à Buenos Aires, dans le cadre des rencontres professionnelles organisées par le BIEF : Adverbum, Armand Colin, Les Belles Lettres, Dunod, Gallimard, Payot, Presses de Sciences Po et PUF. Des rencontres avec des éditeurs argentins indépendants ont été organisées le dimanche 15 avril. Le lundi 16 avril, un séminaire professionnel s’est déroulé sur le site de la foire. Un échange qui a été nourri par les interventions de Paul Garapon, directeur éditorial aux PUF, et de Leandro de Sagastizabal, directeur de la filiale argentine du Fondo de Cultura Económica, échange modéré par Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF.
La délégation française a été également reçue à la Bibliothèque Nationale, où son directeur, accompagné d’un enseignant, chercheur de l’Université de Buenos Aires, ont proposé aux professionnels français présents un regard sur l’actualité des sciences humaines et sociales en Argentine et sur l’influence de la tradition française, depuis le retour de la démocratie. Concernant l’export, des rencontres avec des bibliothécaires et des visites des libraires ont été organisées. Par ailleurs, un petit déjeuner de travail avec une dizaine de libraires a été proposé par le gouvernement de la ville de Buenos Aires. Jean-Charles Grunstein, directeur export chez Gallimard, enregistrait dès son retour les premières retombées de son déplacement.
 

Témoignages


=> Laurence Leclercq, Dunod
« Tout d’abord, et comme beaucoup de mes homologues, j’ai été frappée par l’accueil de nos interlocuteurs et par leur curiosité et leur connaissance à l’égard des sciences humaines françaises. Les rencontres orchestrées par le BIEF ont complété très positivement mes rendez-vous en « solo ». Ils m’ont assuré une meilleure compréhension du monde du livre en Argentine et en Amérique du Sud, mais ont également favorisé des échanges originaux et un contact amical. Elles m’ont permis de préciser et confirmer mon approche de ce secteur et les attentes des éditeurs, et ainsi envisager au mieux les différentes possibilités d’élargir notre marché.
À ce jour, concrètement, sur les vingt-cinq interlocuteurs rencontrés, sept étaient déjà des interlocuteurs des éditions Dunod et dix me semblent être des interlocuteurs réellement intéressés par notre catalogue. Cependant, ils ne réagissent pas rapidement à mon suivi de la foire... À suivre. »         

=> Antoine Bonfait, Armand Colin
 
« L’édition argentine de sciences humaines et sociales témoigne assurément du dynamisme actuel du pays. La dizaine d’éditeurs rencontrés, indépendants des grands groupes espagnols, sont parfaitement au courant des travaux et de la recherche française dans leur domaine de publications. Nous avons été impressionnés par la richesse et la variété des traductions d’auteurs et d’ouvrages français à leur catalogue, même si c’est une édition « sous perfusion », dépendante du Programme d’aide à la publication Victoria Ocampo du ministère des Affaires étrangères.
L’Histoire contemporaine argentine explique pour une très grande part cette richesse culturelle et fait de ce pays une exception en Amérique latine. À suivre, surtout que l’Argentine sera « l’invité d’honneur » à Francfort en 2010 ! »
 
=> Marie-José d’Hoop, Les Belles Lettres
« Les relations se sont renouvelées, approfondies, ou bien nouvellement nouées, mais de toute façon elles se sont renforcées. Je pense que ce genre d’approche est indispensable pour un pays que l’on connaît peu. Arriver dans une foire généraliste sans aucun élément et aucune introduction demande du temps et fait commettre parfois des erreurs. »

=> Marion Colas, PUF
 
« Ce déplacement m’a permis de découvrir un paysage éditorial mal connu, du fait de l’éloignement et de la faible participation des éditeurs argentins aux grandes foires européennes. J’ai été impressionnée par la place des sciences humaines, même chez des éditeurs dont ce n’est pas la principale ligne éditoriale.
Les librairies offrent aussi à leurs lecteurs un fonds éditorial très riche dans ce domaine. La qualité de la production, tant intellectuelle que matérielle, fait de ce pays un partenaire privilégié qu’il n’est plus question de délaisser au profit de nos voisins ibériques. Il y a encore en Argentine de nombreux petits éditeurs de qualité, qui sont des contacts précieux pour des maisons comme les nôtres.
Le fait d’organiser des rencontres professionnelles entre éditeurs de sciences humaines permet d’appréhender un marché de manière très poussée, ce qui n’est tout simplement pas possible lorsqu’on participe à une foire du livre quelconque.
En fait, je suis profondément convaincue du bien-fondé de ces opérations, qui nous obligent à préparer ces déplacements et à travailler de manière beaucoup plus approfondie un marché linguistique : les retombées pour les éditeurs participants sont de ce fait très positives. »


La semaine des éditeurs étrangers en Argentine s'est tenue pour la première fois à la foire
Depuis 2003, l’éditrice argentine Gabriela Adamo organise tous les ans à Buenos Aires « La semana de editores ». Une dizaine d’éditeurs étrangers sont invités à Buenos Aires avec un double objectif : faire découvrir la qualité des auteurs argentins, principalement dans le domaine de la fiction, et constituer un réseau de contacts à l’étranger, afin de renforcer les liens entre les éditeurs argentins et leurs homologues étrangers.
 
Pour la première fois en 2007, la semaine des éditeurs a été organisée dans le cadre de la Foire du livre de Buenos Aires. Ce sont déjà plus de 40 éditeurs qui font partie du réseau, et cette année des éditeurs d’Allemagne, du Brésil, des États–Unis, de la Finlande, du Royaume-Uni, ainsi que l’éditrice française Ariane Fasquelle, ont accepté de partager l’expérience. Le programme est destiné à des éditeurs confirmés, qui s’intéressent à la littérature latino-américaine, travaillant plutôt dans des maisons indépendantes, plus à même de publier des auteurs méconnus. L’objectif de cette semaine est de faire lire les auteurs argentins aux éditeurs étrangers en direct et parfois même de leur faire rencontrer les auteurs dans le cadre de leur visite.
 
D’après Gabriela Adamo, la plupart des éditeurs étrangers sélectionnés connaissent parfaitement la littérature argentine jusqu’à Borges ; des séminaires sur les générations postérieures sont donc organisés au début du programme.
La liste d’auteurs qui ont été traduits à l’étranger grâce au programme est très large, parmi lesquels des auteurs traduits récemment en France comme Alain Pauls, Edgardo Cozarinsky, Eduardo Belgrano Rawson, Marcelo Birmajer ou Rodolfo Fogwill.
Le programme existe depuis cinq ans et Gabriela Adamo souhaite le prolonger, même si la fragilité de son financement est toujours une menace.

Les éditeurs français qui souhaitent avoir plus de renseignements sur le programme peuvent consulter le site Internet de la Fondation TyPA : http://www.typa.org.ar
Heber Ostroviesky  -  juin 2007
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