Dans le département des droits de Larousse, Jean-François Richez est responsable de la langue anglaise, allemande et d’autres langues (arabe, néerlandais, finnois) pour l’ensemble des fonds de la maison : les dictionnaires bilingues, le secteur livres illustrés – pratique, jeunesse – et le secteur histoire et sciences humaines.
En dehors des traditionnels marchés anglophones, il s’intéresse à ceux en train de se développer, mais où les échanges avec la France sont encore limités, comme le marche sud-africain et indien. Et si on le croise sûrement à Book Expo America, on le voit aussi à la toute nouvelle foire du Cap ou à Calcutta, où, rappelons-le, la France était l’invité d’honneur en 2005.
Il rencontre aussi les éditeurs indiens à Bologne et à Francfort, et bientôt à Paris, lors notamment des journées professionnelles organisées par le BIEF, où il sera l’un des intervenants.
En avant-première pour notre dossier, il nous donne sa perception du marché indien, à partir de l’offre éditoriale de son catalogue, de ses contacts et de ses partenariats avec les éditeurs indiens.
Une perception précise et affinée du marché indien
Pour Jean-François Richez, « le catalogue Larousse est à même de répondre aux attentes de ce marché. En Inde, la demande est forte pour des ouvrages liés aux besoins de l’éducation, tant pour les parents que pour les jeunes ».
À l’intérieur de son vaste catalogue de titres, sont donc concernés par la cession des droits à des éditeurs en Inde les dictionnaires bilingues, les ouvrages d’apprentissage des langues, les livres documentaires pour la jeunesse et – dans une moindre mesure – les contes populaires. Et si cette demande s’accroît « avec le développement des classes moyennes et de l’enseignement privé, seuls 5% de la population indienne sont concernés, ceux qui maîtrisent l’anglais, la langue d’accès au savoir et à l’éducation ».
Les cessions se font donc presque exclusivement avec des éditeurs indiens publiant en anglais. Le marché constitué par la cession vers d’autres langues – comme l’hindi, le malayalam, l’ourdou, le marathi, le bengali, le tamoul – reste marginal, y compris pour les éditeurs anglo-saxons implantés dans le pays.
Les dictionnaires bilingues Larousse représentent une « carte d’entrée sur ce marché indien ». Au fil des années, un partenariat solide s’est tissé avec Goyal Publishing dans ce domaine (anglais-français, mais aussi anglais-espagnol) et les droits des séries « Dictionnaire illustré » ainsi que « Larousse Junior d’anglais » ont été vendus ; les ouvrages ont été adaptés aux besoins d’un public d’apprenants anglophones et commercialisés comme « outils d’apprentissage du français ou de l’espagnol ».
L’un des autres facteurs importants dans le partenariat avec les éditeurs indiens est celui de l’économie d’un livre. À ce jour, sont contractées plutôt des cessions de « licence avec impression locale » que de coédition ou de co-production. Ce à quoi il faut rajouter aussi « la distinction entre le nord et le sud de l’Inde, plus moderne, avec, dans le cas de l’état du Tamil Nadu (Madras/Chennai), la présence d’une population francophone à Pondichéry, à même d’assurer la traduction ».
Une coopération exemplaire dans le domaine de la jeunesse
La langue anglaise reste le « passage obligé » pour une traduction en Inde. Ce fut le cas pour l’ouvrage de jeunesse Les animaux du monde, cédé par deux contrats séparés à un éditeur en Grande-Bretagne, puis à un éditeur indien, qui a racheté au premier le droit d’usage de la traduction anglaise.
Selon Jean-François Richez, « un des partenariats les plus intéressants s’est concrétisé ainsi avec un éditeur scolaire du Tamil Nadu qui cherchait à construire un catalogue jeunesse, en se démarquant de l’existant chez les éditeurs anglo-saxons dominants ». À ce jour, 10 titres ont été achetés : parmi ceux-ci cinq titres de la collection « Mes Petites Encyclopédies Larousse ».
Une autre illustration d’un partenariat original est celle de la traduction par un chef français de La cuisine des copains chez un éditeur de Chennai (Madras), via l’Alliance française. En écho à un intérêt plus général pour des ouvrages de cuisine venant de France, y compris à destination de futurs professionnels du tourisme.
Il est donc, on le voit, intéressant d’élargir ses partenaires au-delà des filiales anglo-saxonnes, de rechercher « une logique de niche », qui ne met ni le tirage ni le prix de vente au premier plan, mais l’affinité des vocations.
Pour Jean-François Richez, si le marché indien doit être bien identifié et précisé, loin des chiffres hyperboliques parfois avancés, cela ne l’empêche pas d’ouvrir pour l’édition en langue anglaise de larges perspectives, notamment comme enjeu régional. Il est, et sera probablement de plus en plus, le point de départ pour une exportation : d’abord vers les pays du sous-continent (Sri-Lanka, Pakistan, Bangladesh, Népal) ; puis ceux de l’Asie du Pacifique (Thaïlande, Malaisie, Philippines, Indonésie, Chine) ; enfin ceux de l’Afrique anglophone et du Moyen-Orient, exportation relayée par les réseaux de la diaspora indienne.
Travailler avec l’Inde est, à son sens, une manière aussi de progresser sur ces marchés.