Promouvoir l’édition française à l’étranger




        
Recherche avancée
 
Article
L'achat et la vente de droits entre les éditeurs français et indiens, des échanges à développer

Les données chiffrées 2001-2005
Les statistiques extérieures établies par la Centrale de l’Édition et le SNE indiquent, pour les échanges de droits avec l’Inde sur les 5 dernières années, au total 65 titres cédés par 14 éditeurs français et 39 titres achetés par 11 éditeurs français, répartis par année de la manière suivante : en 2001, 18 cessions, 2 achats ; en 2002, 2 cessions, 8 achats ; en 2003, 15 cessions, 13 achats ; en 2004, 11 cessions, 4 achats ; en 2005, 19 cessions, 12 achats.
 
Même en prenant en compte la part des éditeurs concernés par ces échanges qui n’ont pas répondu, on constate que ceux-ci sont peu développés et irréguliers. Sur les cinq dernières années, ils ont toutefois connu une augmentation en volume global de titres (cessions et achats).
« Reflet de la situation économique », selon Anne-Solange Noble, responsable des droits chez Gallimard, « difficulté de vendre les droits aux Indiens pour la langue anglaise », pour Maÿlis Vauterin, responsable des cessions pour l’Inde chez Grasset, commentaires de quelques éditeurs qui ont répondu à notre questionnaire sur les échanges de droits avec l’Inde.
 
Les cessions : pas de stratégie précise de part et d’autre
Les éditeurs français à avoir cédé des droits de traductions de leurs titres vers l’Inde sont : Gallimard, Stock, Minuit, Lattès, Grasset, Seuil, Plon-Perrin, Laffont/ Seghers/Julliard, Dargaud, La Martinière, OCDE/OECD, Lavoisier Tec et Doc, QUAE (ex-INRA), Belin.
 
Avec 22 titres cédés, la littérature est le premier domaine des cessions depuis les 5 dernières années, suivie de la BD (20 titres dont 19 proviennent de chez Dargaud), du STM (13 titres), du domaine Actualités, documents et biographies (6 titres). Seulement 2 titres dans le domaine du pratique, 1 en sciences humaines et sociales, 1 en art/photo.
Les éditeurs cessionnaires sont les éditeurs dont la notoriété est installée de longue date. De même, les Indiens s’intéressent, dans la littérature, aux « grands auteurs », comme le rappelle Maÿlis Vauterin (Maalouf et Fernandez pour Grasset), aux « classiques du fonds », comme le relève Anne-Solange Noble (Ionesco, Breton, Sartre, Giono, Malraux), Beckett, Duras, aux éditions de Minuit, entre autres.
 
Contrairement à une affirmation fréquente, la répartition par langue – 29 titres cédés vers l’anglais, 19 vers l’hindi, 11 vers le tamoul, 6 vers le bengali – montre que l’anglais n’est pas un passage obligé pour ces cessions, sauf pour le secteur STM, où la langue anglaise garde son statut de langue d’accès au savoir. « Dans des domaines de publication scientifique et technique souvent de haut niveau, les cessions se font en anglais », ainsi que le rappelle Christiane Colon des éditions Quae (ex-INRA).
Il faut savoir qu’en Inde, même si elle n’est parfaitement maîtrisée que par moins de 5% de la population, l’anglais demeure la principale langue d’édition : 40% des titres publiés, plus encore en littérature générale.
À cet égard, les aides apportées pour soutenir d’une façon générale les traductions, en anglais ou en langues indiennes, sont particulièrement appréciées, ainsi que des initiatives, comme par exemple celle de l’Allliance française de Madras pour favoriser la traduction vers le tamoul (lire ci-dessous).
Et si les échanges avec l’Inde restent perçus « à la marge » – « nous ne travaillons pas avec ce pays, mis à part quelques titres » –, constate-t-on chez Minuit, la curiosité est grande de connaître mieux ce marché du livre indien dans sa pluralité. « Un développement serait bienvenu, notamment pour les traductions en hindi », souhaite Fabienne Roussel, responsable des droits chez Stock, confirmant que le marché non anglophone en Inde offre un nouveau centre d’intérêt.
 
Les achats : la passion pour l’Inde des lecteurs français
Les éditeurs à avoir acquis les droits de traductions de livres publiés en Inde sont Gallimard, Gallimard Jeunesse, Actes Sud, Stock, Fayard, Seuil, Mercure de France, Nathan, La Découverte, Les Belles-Lettres, Citadelles et Mazenod.
D’autres éditeurs, dont l’activité de découverte et de traduction d’auteurs indiens est importante, n’apparaissent pas dans ces statistiques pour la raison évoquée plus haut (on pense par exemple à Picquier, au Cherche Midi, à l’Asiathèque, à Philippe Rey, à Parenthèse…) ; ils sont mentionnés dans le panorama sur la littérature indienne dans l’édition française.
 
De 2001 à 2005, sur les 39 titres dont les droits ont été achetés à des éditeurs indiens pour une traduction en français, 24 l’ont été en littérature, 6 en jeunesse, 3 en actualités, documents, biographies, 3 en sciences humaines, 2 en religion/spiritualisme, 1 en art/photo.
 
La grande majorité a été traduite de l’anglais (29 titres), quand seulement 9 l’ont été de l’hindi et 1 du tamoul.
Les éditeurs indiens restent bien persuadés eux-mêmes que ce qui est possible pour les éditeurs indiens anglophones est plus difficile pour les autres : « Les éditeurs étrangers ont du mal à trouver des traducteurs de l'hindi », regrette Ashok Maheshwari, de Rajkamal Prakashan (cité dans Livres Hebdo, n° 660, octobre 2006).
 
Les auteurs indiens sont bien accueillis en France, remarque Rajesh Sharma, directeur de la collection « Lettres indiennes » chez Actes Sud, notamment en termes commerciaux : beau succès pour le roman de Nirmal Verma, Le bonheur en lambeaux, La Mère du 1084 de Mahasweta Devi (récit traduit du bengali), ou pour l’essai, très remarqué, de Pavan Varma, Le Défi indien ou pourquoi le XXIe siècle sera le siècle de l’Inde. Ce qu’avait souligné aussi Marc Parent (Buchet-Chastel) dans son entretien pour La Lettre du BIEF, à propos de Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal.
 
Avant donc l’invitation au Salon du livre de Paris, la littérature indienne occupe déjà une bonne place auprès des lecteurs français, à laquelle a dû contribuer l’édition 2002 des Belles Étrangères qui lui était consacrée. « Les Français sont passionnés par l’Inde, c’est ce qui rend intéressant de travailler avec eux », note Bipin Shah, directeur de Mapin Publishing. Les Indiens sont-il passionnés par la France ? Éléments de réponse au Salon du livre de Paris…

* Remerciements à Jean-François Albat, Romuald Boucher (SNE), Josiane Castelbou (Centrale de l’Édition). 

La Cellule de traduction de l’Alliance française de Madras
Créée en 1991, la cellule de traduction de l’Alliance française de Madras est composée de vingt professeurs de l’Alliance française, titulaires de diplômes universitaires français en Français Langue Étrangère, et qui ont tous suivi une formation de traducteur. Pour la plupart, l’anglais est leur langue maternelle.
La cellule de traduction s’est spécialisée dans la traduction technique et scientifique et compte parmi ses clients de grandes entreprises françaises et indiennes.
En outre, la cellule de traduction collabore régulièrement depuis 2003 avec l’IRASEC (Institut de Recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine), implanté à Bangkok en Thaïlande : plusieurs ouvrages de recherche et divers articles de leur site web ont été traduits du français vers l’anglais.
En marge de cette activité, la cellule de traduction a développé un secteur de traduction littéraire du français vers le tamoul. Parmi les derniers travaux, les traductions en tamoul des Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar ou encore de Sur la télévision de Pierre Bourdieu, parues chez Cre-A, et qui participent à la promotion et la diffusion de la littérature et de la pensée françaises.
Catherine Fel  -  avr. 2007
Imprimer


Précédent    Suivant
Plus d'infos
Pays