Si la plupart des écrivains invités au Salon du livre de Paris vivent en Inde, d’autres résident à l’étranger (Grande-Bretagne, États-Unis ou Canada). Si la majorité d’entre eux écrivent en anglais, près d’un tiers écrivent dans une langue indienne (kannada, malayalam, hindi et ourdou).
Avec l’ambassade de France de New Delhi, la Sahitya Akademi et l’Indian Council for Cultural Relations en Inde, le Centre national du livre, accompagné de Dominique Irène Vitalyos (conseiller littéraire pour les Lettres indiennes), coordonne et organise le programme des rencontres avec les écrivains indiens invités.
Ainsi, 31 « Une heure avec » permettront de découvrir plus intimement chacun des écrivains présents et son œuvre ; elles seront suivies de signatures-dédicaces dans la librairie du Pavillon d’honneur. D’autre part, une série de tables rondes seront autant d’occasions pour présenter la richesse et la diversité des littératures indiennes. Enfin, d’autres rencontres se dérouleront en dehors du Salon, notamment dans des bibliothèques de la Ville de Paris.
Le programme complet des rencontres, ainsi que les biobibliographies des auteurs invités, est disponible sur le Salon et sur le site du Centre national du livre :
www.centrenationaldulivre.fr.
« L’idée de l’Inde* »
Depuis la vision qu’en eut Jawaharlal Nehru dans La découverte de l’Inde, elle n’a cessé de s’imposer comme celle d’une démocratie viable et intelligente. Pourtant, considérer et gouverner l’Inde comme un tout, réseau irrigué d’innombrables capillaires véhiculant un fluide vital commun, est un défi constant à l’esprit de classification et de hiérarchie, que le colonialisme ne fit rien pour tempérer. Sudhir et Katharina Kakar ont beau tracer le portrait d’un peuple et définir les contours de l’ « indianité », donnée psychoculturelle fondée sur l’héritage de la civilisation hindoue de l’Inde ancienne, la question d’une identité commune établie sur ces bases rebondit au gré des insatisfactions profondes. Mais, forte de son histoire, la nation tient bon, même si, vue sous certains angles, elle semble se démultiplier en cellules apparemment autonomes. Même si le discours sur l’unité semble parfois se fonder sur des apparences ou des abstractions.
Entre ces deux berges, garant d’un flux qui s’oppose à toute rupture, coule le fleuve peu tranquille de la diversité et du métissage, transportant l’eau la plus riche qui soit en éléments nutritifs. S’il est un point de vue dynamique de la réalité indienne, c’est là qu’on peut le découvrir. Regarder écrire Amit Chaudhuri, par exemple, et contempler la diversité intégrée d’un auteur profondément bengali par l’esprit et l’héritage, vivant en Inde, qui a choisi la langue anglaise, mais dont l’écriture toute de délicatesse ne cède en rien à l’intensité qui caractérise la tendance contemporaine. Voir, à l’inverse, U. R. Ananthamurthy, qui étudia aux États-Unis et fut professeur d’anglais dans diverses universités indiennes, écrire délibérément et, depuis toujours, dans sa langue, le kannada, au plus près de l’héritage culturel dont il met pourtant en question, sans la moindre indulgence, les aspects traditionnels iniques. Voir de jeunes auteurs tel Maithyl Radhakrishnan, encore trop rares et peu connus, mais assurés de leur cap : écrire le monde entier, actuel, futur, dans leur langue maternelle (ici, le malayalam), afin que lui soit faite, ainsi qu’à ses locuteurs, une place qu’ils reconnaissent pour leur. Voir encore Arundathi Roy exprimer pour la première fois en Inde l’individu féminin autonome dans un anglais réinventé, sculpté, « humorisé » aux sonorités de sa langue maternelle, et nous inviter à revenir au dictionnaire pour vérifier qu’« individualisme » peut signifier autre chose que cet isolat d’égoïsme avec lequel on le confond souvent.
Dès lors, anglais ou langue indienne, faut-il vraiment tracer une frontière ? Et où ? Arundathi Roy, à la question : « Êtes-vous gênée d’écrire en anglais ? (la langue du colonisateur) », répondait : « La langue est en quelque sorte la peau de mon cœur et, en tant qu’écrivain, c’est moi qui la gouverne et non l’inverse. »
* Sinul Khilnani, L'idée de l'Inde, traduit par Odile Demange, Fayard, 2004
Les 31 auteurs indiens invités au Salon du livre de Paris
- M. U.R. Ananthamurthy
- Mme Rupa Bajwa
- M. Sarnath Banerjee
- Mme Urvashi Butalia
- M. Upamanyu Chatterjee
- M. Amit Chaudhuri
- Mme Abha Dawesar
- Mme Shashi Deshpande
- Mme Githa Hariharan
- M. Mushirul Hasan
- M. Ruchir Joshi
- M. Sudhir Kakar
- M. Sunil Khilnani
- M. Gopi Chand Narang
- Mme Anita Rau Badami
- Mme Lavanya Sankaran
- Mme Alka Saraogi
- M. K. Satchidanandan
- M. A.M.K. Shahryar
- M. Etteth Ravi Shankar
- M. I. Allan Sealy
- M. Vikram Seth
- M. Bhajju Shyam
- Mme Kalpana Swaminathan
- M. Tarun Tejpal
- M. Shashi Tharoor
- M. Altaf Tyrewala
- M. Krishna Baldev Vaid
- M. Udayan Vajpeyi
- M. Pavan K. Varma
- M. M.T. Vasudevan Nair