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« Le sujet des droits territoriaux est aussi passionnant qu’inépuisable », constatait-on à la fin de la réunion
20e réunion internationale des directeurs de droits à la Foire du livre de Francfort 2006

Pour la vingtième année consécutive, la Foire du livre de Francfort a invité quelque 300 professionnels de l’édition à une rencontre autour des questions se rapportant au marché des droits international. La veille de l’ouverture de l’édition 2006, six spécialistes des droits anglophones se sont rencontrés, pour discuter des droits territoriaux en langue anglaise.

Dans quels territoires un éditeur donné est-il en droit de diffuser sa production littéraire ? Voilà ce que les protagonistes de l’achat et de la cession de droits doivent prendre en considération en négociant leurs contrats.

De même que les éditeurs français, belges, suisses, québécois et africains ont leurs propres coutumes et conflits de diffusion pour les livres francophones, leurs collègues anglophones se trouvent dans une situation tout aussi complexe et sensible. Ainsi, tous les éditeurs de langue anglaise n’ont pas accès à tous les marchés du livre anglophone. Certaines législations (celle de l’UE, par exemple) et certaines coutumes commerciales (notamment celles des territoires du Commonwealth) interviennent pour réglementer le commerce. Ce qui s’avère une protection vitale pour les uns est une pénible entrave pour les autres. Nombreux sont les conflits autour de la répartition des territoires de diffusion, et l’accès aux marchés du livre anglophone dans le monde est un sujet qui envenime depuis un bon moment les relations entre les mammouths de l’édition des deux côtés de l’Atlantique.

Dans son introduction, Diane Spivey, de Little, Brown UK, a évoqué le différend qui a opposé les éditeurs américains et britanniques, lors de la dernière édition de Book Expo America, au sujet de l’exclusivité britannique de la vente de livres en langue anglaise en Europe. Rappelant la tradition britannique, qui consiste à définir ses territoires de distribution selon un droit préférentiel avec les anciennes colonies, elle est revenue sur les origines de la discorde entre les Britanniques et leurs cousins américains.

De plus, avec son « engagement européen » (signature du traité de Rome), la Grande-Bretagne a gagné certains territoires préalablement « accessibles » aux États-Unis. Un éditeur américain voulant vendre ses livres en Irlande a ainsi provoqué de graves protestations du côté britannique.

Du point de vue de Carolyne Savarese, du groupe indépendant Perseus Books aux États-Unis, les Britanniques essaient de dominer le marché du livre anglophone et ne laissent aucune chance aux petits éditeurs américains indépendants, qui sont pourtant des pépinières de nouvelles idées. « Le marché global ne souhaite pas être restreint à l’édition britannique », a-t-elle déclaré. Il est dans l’intérêt du lecteur d’« ouvrir » les marchés. « Car n’oublions pas ce qui arrive à un titre que les États-Unis n’ont pas le droit d’exporter et que “Mother England” refuse de publier, avertit-elle, il est perdu pour un énorme cercle de lecteurs. » Seule une concurrence sur un terrain sans restrictions pourrait permettre au lecteur de profiter pleinement de la très bonne qualité de la production indépendante.

L’agente Carole Blake, de Blake Friedmann au Royaume-Uni, a préconisé une réflexion pragmatique : dans l’intérêt de l’auteur ainsi que celui de l’agent, il faut optimiser les ventes. « Nous souhaitons tous gagner plus d’argent », et la meilleure stratégie est donc d’avoir différents éditeurs pour différents territoires. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, un grand groupe international est rarement le mieux placé pour générer une réussite globale. « Split it up ! » (« Séparez les droits ! ») est ainsi sa devise, même si elle admet que cela n’est pas possible pour tous les titres. Mais si la possibilité se présente d’avoir plusieurs maisons pour différents territoires, tout le monde profite de cette répartition en obtenant davantage de royalties à long terme – même si l’auteur ne touche pas un montant initial important.

Anne-Solange Noble, responsable des droits chez Gallimard, présente dans l’auditoire, a proposé que, parallèlement à la répartition des droits de publication, les frais de traduction soient partagés entre plusieurs éditeurs pour des territoires distincts. Cela pourrait vraiment encourager les éditeurs anglophones à acheter des titres étrangers.

L’agente espagnole Antonia Kerrigan a expliqué qu’elle ajoutait dans ses contrats une clause stipulant qu’elle cède les droits mondiaux – mais en précisant que les droits pour tous les territoires dans lesquels le titre ne sera plus disponible au bout d’un an retourneront à l’auteur.

Parmi les éditeurs représentant d’autres pays que la Grande-Bretagne ou les États-Unis, Patrick Gallagher (Allen & Unwin, Australie) et V.K. Karthika (Penguin Books, Inde) partagent cet avis. L’un comme l’autre se font les défenseurs de l’édition locale. Ils ont évoqué pour leurs pays respectifs les avantages de deux marchés, qui prospèrent malgré le fait dérangeant que de grands éditeurs cherchent souvent à importer des titres en langue anglaise, alors qu’un éditeur local en possède déjà les droits exclusifs. « Il est agaçant de voir que certains grands groupes considèrent l’Inde comme un marché ouvert, avoue Mme Karthika, ce qui n’est absolument pas le cas. »

« Le sujet des droits territoriaux est aussi passionnant qu’inépuisable », constatait-on à la fin de la réunion.                               

* Le compte rendu intégral de cette réunion est disponible au BIEF (c.fel@bief.org)

Andreas Jandl  -  déc. 2006
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