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"S’il est arrivé souvent que les 60 minutes au Café français se transforment spontanément en 120 minutes au Café français, personne ne s’en est plaint", Alain Massuard.
Les rencontres littéraires du Café de l'Institut français de Prague

Une table, trois micros, deux lampes, le décor d’une soirée littéraire au Café de l’Institut français de Prague est campé. Arrivent un écrivain ou un traducteur, un lecteur tchèque, un lecteur français, un musicien, les conversations s’interrompent... Nous sommes partis pour une heure de découverte d’un auteur grâce à la lecture parallèle en tchèque et en français d’une œuvre récemment traduite. Et il en est ainsi deux fois par mois, huit mois par an depuis trois ans.

Ces cafés littéraires sont nés d’un constat simple. Le Bureau du livre de l’ambassade de France en République tchèque dispose d’un outil d’aide à la diffusion du livre français dans ce pays avec le Programme d’aide aux publications Frantisek Xaver Salda, dont bénéficient par an 25 à 30 ouvrages. Si leur délai de parution en librairie est assez raisonnable, ils ne bénéficient d’aucune autre visibilité vers le public, ni de soutien particulier au moment de leur publication.

L’idée nous est donc venue d’utiliser l’Institut français comme caisse de résonance des voix qui s’y expriment.

Nous ne voulions pas de formule savante, pas de conférence universitaire sur l’auteur – il y a d’autres lieux et d’autres moments pour cela – mais jouer sur le plaisir du texte, sur la surprise et sur la confrontation des deux langues. Parfois, l’auteur est là, il lit lui-même ou présente rapidement son livre. C’était le cas, il y a peu, de Sylvie Germain. Parfois, le traducteur présente le texte et son auteur et le lit en tchèque comme Jirí Pelán, grand traducteur de poésie française (Bonnefoy, Michaux, Queneau…) a pu le faire pour Les stances de la mort de Jean de Sponde. Souvent, le (ou la) lecteur(trice) tchèque est un étudiant de l’École d’art dramatique, parfois un acteur.

Les musiciens sont souvent d’excellents solistes qui prennent plaisir à se livrer au jeu de l’improvisation, mais le choix de la musique n’est pas laissé au hasard : la viole de gambe accompagnait Sponde, un groupe de musique arabo-andalouse rythmait La mort heureuse de Camus. Différente, la soirée consacrée au dernier album d’Astérix, où des acteurs improvisaient sur la projection des planches de la BD aux bulles vierges.

Il nous arrive d’inviter un auteur dont nous aimerions qu’il soit publié en République tchèque. Les pages qu’il choisit de lire sont alors spécialement traduites en tchèque par un traducteur participant au Programme Salda. Cela a été le cas pour Tanguy Viel, Eric Pessan, Laurent Mauvignier, Patrice Salsa par exemple.

La littérature tchèque n’est pas absente de ces cafés littéraires. Nous y avons présenté la remarquable anthologie de poésie tchèque traduite en français par Petr Král. Václav Jamek, qui écrit aussi bien en français que dans sa langue maternelle, y a tenu tous les rôles : lecteur de ses propres textes, dans les deux langues, présentateur d’une jeune revue culturelle, A2, commentateur et lecteur des ouvrages de son amie Sylvie Germain venue retrouver sa Prague aimée.

Nous présenterons bientôt, en tchèque et en français, les poèmes de Petr Kabe, récemment disparu.

S’il est arrivé souvent que les 60 minutes au Café français se transforment spontanément en 120 minutes au Café français, personne ne s’en est plaint.

Alain Massuard  -  sept. 2006
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