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"Il faut plus que jamais être présent en Argentine, car la situation économique actuelle fait qu’il est plus intéressant pour les éditeurs argentins de traduire et de produire sur place que d’importer des ouvrages d’Espagne"
La Foire internationale du livre de Buenos Aires, à la fois professionnelle et internationale

L’évolution de cette manifestation, créée il y a 30 ans, montre son importance, pas seulement pour le grand public qui a l’opportunité d’y retrouver la production de la quasi-totalité des maisons d’édition argentines, mais aussi pour les professionnels.

La première édition avait réuni 116 exposants sur 7 500 m² et fut visitée par 140 000 personnes. Aujourd’hui, la Foire internationale du livre de Buenos Aires joue dans la cour des « grandes » avec 32 pays représentés, 1 424 exposants répartis sur 36 510 m² et plus de 1 000 activités culturelles proposées. En 2005, 1 180 000 visiteurs se sont rendus à ce grand évènement de l’industrie éditoriale d’Amérique latine.

Depuis plusieurs années, la foire de Buenos Aires organise, en amont de l’ouverture au public, des journées professionnelles. Au programme de cette nouvelle édition, une table ronde, à laquelle participaient, pour la France Anne-Solange Noble et François Gèze, a porté sur  « l’édition au XXIe siècle, perspectives en Europe et en Amérique latine ». Au programme également, un séminaire de deux jours, les 20 et 21 avril, réservé à des libraires et auquel a pris part pour la première fois le BIEF.

La librairie française, l’un des thèmes des journées professionnelles
Les organisateurs de ces journées ont en effet souhaité mettre en avant l’expérience française sur la question de l’identité de la librairie, aussi bien sur le plan de son aménagement que de son assortiment. Une manière de répondre aux inquiétudes des libraires argentins et sud-américains qui, depuis quelques années, traversent une phase de mutation de leur activité, face au développement des chaînes de librairies. Dans ces dernières, les règles du merchandising s’imposent et, si l’offre de livres peut sembler abondante, ce sont souvent les mêmes livres, et les mêmes best-sellers que l’on retrouve d’un point de vente à l’autre.

La présentation de l’expérience française mettait l’accent sur le développement d’un réseau de librairies, recouvrant de multiples identités, allant de la librairie de quartier à la grande surface culturelle telle que la FNAC. Aux côtés du BIEF, un libraire argentin, Edgardo Skidelski, animait les débats, faisant part aussi de son expérience de fondateur d’une importante chaîne de librairies indépendantes en Argentine (Yenny), qu’il a revendue depuis pour recréer ensuite une nouvelle librairie, baptisée « Capitulo dos » ou Chapitre deux.

Au total, ce sont 25 libraires, venus d’Argentine, mais également du Brésil, du Chili, de l’Équateur et de la Colombie, qui ont pu suivre ce séminaire. Une expérience que les organisateurs souhaitent poursuivre l’année prochaine, avec cette idée de renforcer la double identité de la foire, à la fois professionnelle et internationale, le tout avec ce zeste de charme culturel qui fait l’attrait de cet autre grand rendez-vous latino-américain.

Un stand collectif européen
À la suite de l’expérience concluante de l’année dernière, qui a pu notamment se tenir grâce à des subventions de l’Union européenne, un stand collectif européen de 140 m² a de nouveau regroupé l’Allemagne, la Grèce et la France, les trois pays mis à l’honneur la journée du 25 avril. Pour la France, le stand du BIEF, bénéficiant du soutien du Service culturel de l’ambassade, a exposé sur 60 m² plus de 1 800 titres de 88 éditeurs. Leur commercialisation, après les journées professionnelles, était assurée par la librairie Las Mil y Una Hojas, dirigée par Ezequiel Izkovich.

Les éditeurs français présents, Anne-Solange Noble (Gallimard), François Gèze (La Découverte) et Nathalie Papandrea (Hemma) ont confirmé le dynamisme de cette manifestation. « La foire de Buenos Aires se place désormais en seconde position, après la FIL de Guadalajara, en termes de professionnalisme et d’évènement culturel. Il faut plus que jamais être présent en Argentine, car la situation économique actuelle fait qu’il est plus intéressant pour les éditeurs argentins de traduire et de produire sur place que d’importer des ouvrages d’Espagne ». Il faut ajouter, comme le souligne Anne-Solange Noble que certaines traductions espagnoles ne sont pas adaptées pour l'Argentine.

De son côté, Salvador Garzon (Garzon Diffusion Internationale), l’un des principaux opérateurs sur ce marché à l’exportation pour les ouvrages français, déclarait : « Je suis très content des commandes que j’ai pu établir pendant mon séjour, notamment avec la grande chaîne de librairie Yenny ».


Las Mil y una Hojas, une librairie à Buenos Aires
par Ezequiel Izcovich

Fondée en 1985, la librairie possède actuellement deux succursales, l’une de 130m² et l’autre de 40m², situées dans le quartier de Belgrano, dans la zone nord résidentielle de Buenos Aires, qui compte plusieurs écoles et la Universidad de Belgrano. C’est dans ce même quartier que se trouve le lycée franco-argentin Jean Mermoz et l’une des Alliances françaises importantes de la ville.

Il s’agit de librairies internationales et générales, avec une spécialisation dans le livre français, qui représente 52% du chiffre d'affaire. La clientèle est composée d’étudiants, de professeurs, d’expatriés, de francophones et de voisins. Nous organisons régulièrement des expositions-ventes de livres français dans les Alliances françaises, des congrès de professeurs, et nous distribuons des livres français à plusieurs librairies des principales villes d'Argentine.

Il existe en Argentine une connaissance et une attirance particulière pour la culture française qui a eu beaucoup d’influence dans des domaines importants comme l’éducation, le droit, l’architecture, les sciences humaines, les arts, la gastronomie, etc.

Les meilleures ventes sont les méthodes de français langue étrangère, les textes complémentaires et les dictionnaires, mais nous constatons une importante hausse ces dernières années des ventes en sciences humaines et en fiction.

Pierre Myszkowski  -  août 2006
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