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"Grâce au cadre privilégié et détendu de ces rencontres, nous avons pu resserrer les liens de confiance avec des partenaires que nous ne rencontrons habituellement que sur les foires" Sophie Prieto, RMN
Les rencontres franco-allemandes du livre d'art

Munich avant Francfort… C’est ainsi que l’on pourrait présenter ces premières rencontres franco-allemandes autour du livre d’art. Le palais Seyssel d’Aix, prestigieuse villa du XIXe siècle qui abrite aujourd’hui l’Institut français de Munich, a accueilli durant deux journées, vendredi 20 et samedi 21 mai, dix-huit éditeurs français et treize représentants de huit maisons d’édition allemandes autour d’un échange sur la situation du livre d’art dans leur pays respectif.
Sur le modèle des rencontres précédentes organisées par le BIEF aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie, il s’agissait de permettre aux éditeurs français de tisser des liens avec les acteurs d’un marché proche géographiquement mais parfois méconnu.

La dispersion géographique de l’édition allemande ainsi que, parfois, certains préjugés sur une difficulté à travailler ensemble rendaient difficile l’organisation de ce type de rencontre. Grâce au travail commun  depuis l’année dernière entre le département international de la Foire du livre de Francfort et le BIEF, des maisons d’édition représentatives du secteur des deux pays ont eu l’occasion de partager leurs expériences.           

Des contrastes surprenants
La journée du vendredi 20 mai a commencé par un bref aperçu du marché du livre d’art dans chaque pays, suivi par une présentation des maisons d’édition et des relations franco-allemandes dans ce domaine. À ce sujet, on a pu constater des contrastes surprenants. D’une part, un groupe d’éditeurs qui se connaissent bien, ayant déjà travaillé ensemble à de nombreuses reprises, et qui souhaitent approfondir ces relations en proposant de nouveaux projets à leurs partenaires. D’autre part, des éditeurs allemands et français n’ayant jamais travaillé ensemble et qui se sont déplacés avec l’espoir de démentir des idées reçues sur l’impossibilité d’un travail franco-allemand dans le domaine du livre d’art et des beaux livres. 

Certains éditeurs d’outre-Rhin se sont risqués à dire à quel point le marché hexagonal leur semblait hermétique. Un marché qu’ils considéraient « autosuffisant » et qui n’avait donc pas besoin de s’ouvrir à l’international. Les échanges ont permis de constater que le marché allemand est tout aussi tendu qu’en France. Il semble en effet qu’il est de plus en plus difficile de faire et de vendre des livres d’art, si l’on n’est pas soutenu par un musée, une institution, une exposition… ou une importante structure éditoriale. D’autres ont préféré souligner la familiarité des liens avec l’édition française. Ils ont rappelé l’existence de nombreux projets de coéditions (notamment entre la RMN et Prestel ou encore entre Hatje Kantz et le Centre Pompidou) et des contacts fréquents, bien au-delà du rendez-vous de Francfort.

Dans ce sens, des éditeurs français ont souligné les liens privilégiés avec l’Allemagne pendant ces dernières années (42 coéditions vendues aux éditeurs allemands en 2004, d’après les statistiques SNE/Centrale de l'édition). Il a été aussi rappelé que, dans le domaine des coéditions, il est sans doute plus facile de mener un projet en anglais avec un éditeur allemand plutôt que directement avec un éditeur d’art anglo-saxon, dont les exigences et les méthodes de travail semblent plus éloignées. D’autre part, pour beaucoup, céder les droits d’un ouvrage à un éditeur en Allemagne, c’est l’assurance d’accéder à un marché important où l’on se fait une certaine idée du livre d’art.

Le samedi 21 mai a été consacré à des rendez-vous individuels dans un cadre serein, très éloigné de celui d’une foire professionnelle, comme Francfort ou Londres. Certains participants ont ensuite visité des librairies d’art munichoises et assisté à un débat avec des représentants des librairies d’art Walther König et CEDON. Seul regret : l’impossibilité de faire déplacer en nombre les libraires allemands à l’Institut français. Pour compenser cette difficulté, un rendez-vous informel à l’occasion du prochain Francfort est déjà prévu.

En écho à l’opération, le BIEF propose une enquête pour mieux connaître le marché du livre d’art en Allemagne. Celle-ci présente les grandes tendances et recense une soixantaine de maisons d’édition spécialisées en art ainsi qu’une vingtaine de librairies diffusant du livre français, en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Ce document est disponible au BIEF (k.politis@bief.org / 01 44 41 13 05)
 
 
Questions à Martina Wolff de Carrasco, Responsable de la coopération internationale pour professionnels du livre à la Foire du livre de Francfort
« C’est un beau succès, et nous ne voulons pas en rester là. »

BIEF : Comment en êtes-vous arrivés à ce premier partenariat avec le BIEF, du moins dans ce secteur ?

Martina Wolff : Quand le BIEF nous a parlé d’un projet de Rencontres franco-allemandes du livre d’art, j’ai immédiatement été intéressée car cela était dans la droite ligne des autres projets de coopération internationale pour professionnels du livre, dont je suis responsable à la Foire du livre de Francfort.
Nous avons donc accepté la proposition de partenariat, avec un double objectif : créer – ou renforcer – un réseau d’éditeurs et de libraires d’art français et allemand, et montrer que la Foire du livre de Francfort ne s’arrête pas à l’événement que tout le monde connaît, en octobre, mais organise également des séminaires et des rencontres professionnelles tout au long de l’année, comme le BIEF d’ailleurs.

BIEF : D’après vous, qu’ont retiré les éditeurs allemands de ces rencontres avec leurs homologues français ?

M. W. : Les éditeurs allemands ont énormément apprécié le fait de rencontrer leurs collègues français dans une atmosphère détendue, en dehors d’une foire. Ils ont eu l’occasion de nouer de nombreux contacts en un temps très court, de découvrir l’éventail immense des parutions grâce à l'exposition organisée par le BIEF dans les locaux de l’Institut français de Munich, ainsi que d’amorcer de futures collaborations lors du « speed dating » qui a eu lieu le samedi matin.

BIEF : Comment ont-ils perçu le partenariat entre la Foire du livre de Francfort et le BIEF ?

M. W. : Une fois de plus, nous avons pu montrer aux éditeurs que la Foire du livre de Francfort s’engage dans le domaine de l’édition internationale, au-delà de l’organisation de la foire en octobre. La réalisation d’un tel projet en partenariat avec le BIEF a permis des regards croisés sur l’édition d’art et s’est avérée très fructueuse pour tous les acteurs concernés.

BIEF : Y aura-t-il une suite à ces rencontres ?

M. W. : Les retombées sont très positives, notamment dans les médias, avec des articles dans tous les magazines professionnels importants, papier et en ligne. C’est un beau succès, et nous ne voulons pas en rester là : nous organisons une « happy hour » consacrée aux éditeurs et librairies d’art français, allemands et internationaux pendant la prochaine Foire du livre de Francfort, le vendredi 6 octobre 2006 de 17 à 18 heures, dans le Booksellers’ and Trade Visitors’ Centre, Hall 4.0.
 
Les participants français
Caroline de Salaberry, Cahiers du Cinéma – éditions de l’Étoile
Bernard Chauveau, Couleurs contemporaines
Pascale Le Thorel-Daviot, École nationale supérieure des beaux-arts
Marc Bédarida, Éditions de La Villette
Alain Sellier, Panama Musées
François de Villandry, Fragments
Hélène de Laportalière, Gründ
Arnaud Bizalion, Images en manœuvres
Pierre Vallaud & Sophie Prieto, Réunion des musées nationaux
Ahmed Rafif, ACR
Violaine Bouvet-Lanselle, Musée du Louvre
Annie Perez & Benoît Collier, éditions du Centre Pompidou
Mandana Mortazavi, Norma
Christian Voges, Vilo-Édigroup
Joséphine Barbereau, Diane de Selliers
Renaud Temperini, Flammarion
 
Les participants allemands
Éditeurs :
Susanne Simor, Jennifer Royston & Dr. Stefanie Hölscher, C. H. Beck Verlag
Dr. Sven Fund, Birkhäuser Verlag
Frau Richter, Edition G. A. Richter
Markus Hartmann, Hatje Cantz
Dr. Michael Imhof, Michael Imhof Verlag GmbH & Co. KG
Dr. Martina Kayser, Nicolaische Verlagsbuchhandlung
Mine Akiyoshi, Martine Passeleigue, Herr Krieger & Thomas Zuhr, Prestel Verlag
Christian Ruzicska, Seemann Henschel GmbH & Co. KG
Martin Angioni, Mondadori Electa
Libraires :
Willi Braunert, Buchhandlung Werner
Ariane Macé, Universitätsbuchhandlung Heinrich Franke
Denis Paszière, Librairie française
Frau Reinecke, Buchhandlung Walther König im Haus der Kunst
Sylvia Heck, CEDON MuseumShops
 
Quelques témoignages

« Grâce aux journées franco-allemandes du livre d’art, j’ai pu rencontrer des éditeurs allemands avec lesquels je n’étais pas en relation, cela dans un contexte chaleureux et un cadre agréable. Les rendez-vous avec ces éditeurs d’outre-Rhin (plus informels que lors de foires) me permettront certainement de développer des liens plus privilégiés. L’objectif était de faire connaissance, mais certaines rencontres ont débouché sur des demandes pour des titres précis. Je reverrai ces éditeurs à Francfort. »
Christian Voges, directeur des ventes internationales chez Vilo

« Avec notamment la présence de C.H. Beck, Hatje Cantz et Prestel, était réuni dans le superbe Institut français de Munich un beau panel d’éditeurs allemands que complétait opportunément un des directeurs de Birkhäuser, venu tout spécialement de Bâle. Toutefois, la tradition de ces maisons prestigieuses de publier des ouvrages de référence à diffusion lente semble appartenir au passé. Par exemple, l’intérêt pour l’architecture de la première moitié du XXe siècle s’est émoussé y compris concernant des aspects spécifiques à l’histoire de l’Allemagne. Il se dégage clairement une tendance vers des livres sur l’actualité immédiate ou des livres-objets à l’aspect fashion, parfois directement publiés en anglais. »
Marc Bédarida, responsable éditorial, aux éditions de La Villette

« J’ai fait d’excellentes rencontres, Imhof m’a tout de suite contactée au sujet d’un de mes ouvrages et je vais travailler avec Hatje Cantz... L’ambiance était chaleureuse, l’accueil de l’Institut très cordial. Seul bémol, j’aurais souhaité développer davantage les questions aux éditeurs allemands sur leur façon de procéder, un petit regret également sur l’absence de certains éditeurs comme Schirmer Mosel par exemple… »
Violaine Bouvet-Lanselle, chef du service des éditions du musée du Louvre

« Parmi les éditeurs internationaux avec lesquels les éditions de la RMN travaille, les éditeurs allemands tiennent une place privilégiée. Outre l’intérêt qu’ils portent à nos publications (catalogues d’exposition, guides de musée, essais, livres jeunesse), la compétence que certains ont développée dans la publication et la distribution d’ouvrages en anglais, en fait des partenaires de choix. Ces journées franco-allemandes du livre d’art nous ont permis d’approfondir notre connaissance de ce marché et surtout de ses acteurs. En effet, grâce au cadre privilégié et détendu de ces rencontres, nous avons pu resserrer les liens de confiance avec des partenaires que nous ne rencontrons habituellement que sur les foires où les temps de rendez-vous minutés n’autorisent pas un dialogue de qualité. Nous avons également découvert de nouveaux partenaires potentiels, l’un d’entre eux s’étant déjà soldé par un échange commercial important. »
Sophie Prieto, responsable des droits étrangers à la RMN

Heber Ostroviesky  -  sept. 2006
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