Inauguré pour la première fois par le Roi Mohamed VI, la 12e édition du Salon international de l’édition et du livre de Casablanca confirme le succès -public et professionnel- croissant d’un salon devenu annuel depuis l’an dernier. Le nombre de stands et de pays exposants- 58 pays et 559 stands réunis sur une surface de 20 000 m²- y étaient en augmentation significative.
Ce succès vient récompenser l’important effort de professionnalisation et de dialogue avec les professionnels du livre mené par le ministère de la Culture marocain, organisateur du salon.
En cette année de célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Maroc, la 12e édition du SIEL se voulait l’occasion de faire le point sur cinquante ans de pensée maghrébine. Avec le thème « le Maghreb, 50 ans après » l’ambition affichée par le ministre de la Culture, M. Mohamed Achaâri, était de « faire le point sur la pensée, la création mais également les grandes questions politiques et sociales qui se posent au Maghreb » et de montrer « l’importance de la culture dans la construction du Maghreb arabe uni ».
Après l’Espagne en 2005, l’invité d’honneur cette année était d’ailleurs le Maghreb, dont l’ensemble des éditeurs était réuni dans un espace unique permettant ainsi une valorisation efficace de la production éditoriale de cette région. Ainsi l’Algérie et la Tunisie étaient-elles représentées par plus d’une vingtaine d’éditeurs chacune, tandis qu’une dizaine d’éditeurs libyens et cinq éditeurs mauritaniens avaient fait le déplacement. L’offre de ces éditeurs maghrébins a rencontré un très vif succès, à tel point que les stocks se sont révélés insuffisants pour couvrir la demande du dernier week-end.
Les éditeurs européens se sont également mobilisés grâce à l’implication très active des délégations étrangères (Allemagne, Espagne, Wallonie-Bruxelles, Italie, Suisse, France) tandis que pour la première fois, on notait la présence d’éditeurs africains avec plus de mille titres présentés.
Une journée professionnelle
Le lundi 13 février a fait l’objet d’une programmation soignée et d’une couverture presse très dense. Lors de la réunion sur « l’état des lieux du livre au Maghreb », étude menée par les ministères de la Culture des pays du Maghreb avec le soutien de l’Unesco, chacun des pays a présenté les chiffres principaux de sa production éditoriale, présentation suivie d’un débat nourri entre professionnels maghrébins de l’édition et du livre.
Les organisateurs du Maghreb des livres ont profité de cette journée pour présenter et préparer avec les professionnels du livre marocains la 12e édition de ce Salon qui s’est tenue les 25 et 26 février 2006 dans les locaux de la Mairie de Paris.
La journée professionnelle a également été l’occasion de rappeler les difficultés que les professionnels du livre rencontrent au Maroc et de présenter la nouvelle Association pour la promotion de l’édition, du livre et de la lecture (APELL). Ce nouveau-né, en gestation depuis des mois, est orchestré par des professionnels aux intentions nobles. Faisant un diagnostic sans appel de la situation (baisse des ventes, des importations, des tirages, cherté des ouvrages, etc.), l’APELL note que les bibliothèques marocaines, souvent abandonnées par l’Etat, ne comptent qu’un million d’ouvrages. Quant aux librairies, de plus en plus concurrencées par les kiosques, le Maroc n’en compte qu’une pour 200 000 habitants (l’Unesco préconise une norme de 25 000). Réunis à l’Institut français de Marrakech pour discuter du livre, les fondateurs de l’APELL ont reconnu avoir du pain sur la planche !
Enfin, les responsables du Bureau du livre de l’ambassade de France ont été invités ce même jour à présenter le dispositif de soutien à l’édition et à la traduction mis en place au Maroc, réunion largement suivie par les éditeurs marocains.
Un espace de lecture a été aménagé, permettant aux visiteurs de consulter sur place mille titres dédiés au Maghreb, ainsi que la base de données « Maghreb index » qui vient d’être éditée par la Fondation Abdul Aziz al Saoud.
Une programmation culturelle riche
La programmation culturelle, orchestrée par un comité scientifique de haut niveau, a réuni 200 auteurs et professionnels marocains et étrangers. Quelques grandes plumes (Tahar Ben Jelloun et Rachid Boudjedra entre autres) étaient présentes et leurs conférences ont fait salle comble.
Se définissant comme un « forum pour les penseurs maghrébins », la programmation a fait une très large part aux questions d’actualité telles que les flux migratoires, les droits de l’homme, le droit à la mémoire, le Maghreb et l’espace euro-méditerranéen ou encore l’islamisme. Plusieurs hommages ont par ailleurs été rendus à de grands intellectuels maghrébins comme Jamal Eddine Bencheikh (Algérie), Mahmoud Messaadi (Tunisie) et Abdellah Ibrahim (Maroc).
Par ailleurs, il semble que, grâce à la politique volontaire menée par le ministère de la Culture depuis plusieurs années, les phénomènes de soldes et de distribution massive de littérature prosélyte tentée par l’extrémisme aient considérablement diminué.
Ces efforts ont été récompensés par une affluence en très forte hausse : on peut d’ores et déjà affirmer que le chiffre de l’an dernier (500 000 visiteurs dont 80 000 jeunes) sera largement dépassé.
Le BIEF et la présence française à Casablanca
Pour la seconde année consécutive, le BIEF, en partenariat avec l’ambassade de France au Maroc, proposait la « Sélection 2006 », augmentée d’une sélection de poches et d’ouvrages sur le Maghreb, soit près de 2 000 ouvrages d’environ 80 éditeurs français. Sur ce stand, un espace de 20 m² avait également été réservé à Marylène Benvel, libraire spécialisée dans les ouvrages de médecine.
L’emplacement du stand, sur l’allée centrale du salon, face à l’entrée principale, a été offert par le ministère de la Culture. Sa décoration, saluée par l’ensemble des visiteurs, a été très remarquée et a attiré un public nombreux notamment au cours des deux week-ends du salon où le stand n’a pas désempli. La librairie DSM, partenaire du BIEF à l’occasion du 12e SIEL, vendait les livres avec une remise spéciale de 10% par rapport au prix France. Son directeur Othman Akdim est très satisfait des ventes qu’il estime à près de 50% de la sélection totale présentée. A l’issue du Salon, la librairie organise une exposition itinérante qui devrait permettre aux ouvrages invendus de trouver preneur...
La coopération entre le BIEF, le ministère de la Culture marocain et l’ambassade de France a également permis d’assurer une présence renforcée d’éditeurs et d’auteurs français sur le Salon. Ont été notamment invités pour des rencontres et des signatures :
- Des chercheurs : Pierre Vermeren pour une conférence autour de son dernier ouvrage, bientôt publié chez Eddif : Maghreb, la démocratie impossible ? et Malika Zeghal pour une conférence autour de son livre Les islamistes marocains : le défi à la monarchie, publié aux Editions Le Fennec. Cette dernière conférence a attiré un public nombreux et lors d’une signature organisée sur le stand du BIEF, plus d’une trentaine d’exemplaires ont été vendus, ce qui constitue un « record » pour un ouvrage en sciences humaines.
- Des éditeurs : Pierre Vermeren et Malika Zeghal étaient accompagnés de leur éditeur, La Découverte, représenté par Delphine Ribouchon dont la présence devrait permettre de dynamiser les contrats de cession de droits entre La Découverte et les éditeurs marocains. Roger Tavernier, éditeur aux Editions Emina Soleil était également invité par le ministère de la Culture. Cette jeune maison d’édition propose des partenariats entre la France et les pays du Maghreb et Haïti.
- Des auteurs : Marc Lévy et Philippe Claudel faisaient partie des invités d’honneur et ont reçu un accueil public enthousiaste.
- Des auteurs pour la jeunesse, René Mettler et Marcel Zaragoza, ont contribué à l’animation de l’espace jeunesse du salon, également très animé.
Le stand a reçu la visite lors de l’inauguration du chef de l’état le Roi Mohamed VI et du ministre de la Culture, tous deux accueillis par le Consul de France à Casablanca, le conseiller de coopération et d’action culturelle, le conseiller de coopération et d’action culturelle adjoint et le représentant du bureau du livre de SCAC. Le wali et le maire de Casablanca ont également honoré le stand de leur présence durant le Salon.
- Isabelle Nyffenegger, Chef du Bureau du livre, ambassade de France au Maroc
- Anne Riottot