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Toutes proportions gardées, vu la taille du marché, les librairies belges francophones sont le miroir de leurs consœurs françaises.
La Belgique, si proche, si lointaine...

L’appartenance à l’espace francophone signifie bien plus que le partage d’une langue et de valeurs communes.
Ce partage induit aussi, on l’oublie souvent, un espace économique révélateur des rapports entre les uns et les autres.

La Belgique, c’est un petit territoire, c’est 10 millions d’habitants dont 4,5 millions de francophones, c’est Bruxelles et la zwanze*, Liège et son esprit principautaire, Namur et son Elysette. Mais c’est aussi 1h25 de TGV depuis Paris, c’est le câble qui diffuse dans tous les foyers les chaînes françaises, c’est Le Monde des livres le vendredi et les étudiants de l’Hexagone qui investissent les hautes écoles bruxelloises. Et c’est aussi, dans les librairies, une grande similitude avec l’offre présente dans les librairies françaises. En dehors du scolaire, et de la BD qui garde une réelle empreinte « belge », 80 à 90% des ouvrages vendus en Belgique francophone sont publiés en France. Toutes proportions gardées, vu la taille du marché, les librairies belges francophones sont le miroir de leurs consœurs françaises : quatre Fnac (dont deux en Flandre), six librairies Privat (Bertelsman), une quarantaine de librairies générales indépendantes dont les plus significatives ont été aidées par l’ADELC, une dizaine d’indépendants spécialisés jeunesse, une trentaine de BDistes, et une chaîne de points de vente Club (style Cultura), liée au site de vente en ligne Proxys.            

Frontières obsolètes donc ? Et pourtant, une dose de Francophonie plus une dose d’Europe ne suffisent pas à faire un marché ouvert. Les débats qui agitent le petit monde du livre en Belgique sont ainsi directement liés à ces barrières qui protègent des intérêts plus qu’elles ne séparent les esprits. Car si un libraire de Dakar ou de Beyrouth peut acheter un Guide bleu en France au prix français, un libraire belge ne le peut pa : c’est la fameuse tabelle, ce surcoût imposé aux livres français et qui date de l’époque révolue des passages en douane et des monnaies fluctuantes. Certes, elle n’existe plus pour tous les livres : nombre d’éditeurs français permettent l’importation directe par les libraires, ou importent eux-mêmes sans appliquer la surtaxe. On peut donc regretter que certaines grandes structures continuent à pratiquer un mark up de 10 à 15% et participent de ce fait d’un développement moindre du livre français en Belgique, tout en obérant la qualité des rapports interprofessionnels.

L’adoption d’une loi sur le prix unique aurait été facilitée s'il n’avait manqué, dans les négociations, la volonté de certains de ces grands opérateurs, eux aussi très influents au sein de l’association des éditeurs belges où ils siègent en force, pour que leur politique en Belgique soit conforme à celle qu’ils défendent en France. Aujourd’hui la question est à nouveau d’actualité et les acteurs politiques nous attendent. Un éditeur influent du monde de la BD vient en effet de faire évoluer sa position, et à l’heure où ces lignes s’écrivent, on n’est pas loin d’un consensus autour d’un projet du style Loi Lang. Ne manque plus, pour s’en rapprocher, qu’un petit rien, une juste vision de la Francophonie : ne dit-on pas qu’aujourd’hui le centre est partout ?

* Blague, sorte de plaisanterie.

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Philippe Goffe  -  mars 2006
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