Quatre ans après le colloque de Beyrouth, qui a conduit à la création de l’AILF, ayant rassemblé, sous l’égide de l’Agence de la francophonie, une trentaine de libraires de la planète francophone, cette rencontre – de taille plus modeste – a réuni des libraires du Liban, d’Égypte, de Syrie, de Jordanie et de Chypre du 18 au 20 novembre, autour de deux principaux thèmes : l’informatisation des librairies et la formation du personnel.
A tout d’abord été évoquée l’évolution de la librairie dans la région depuis quatre ans. Le trait commun reste sa grande fragilité face à un marché du livre en langue française qui se maintient tout juste. Il est vrai qu’au Liban, on reste étonné par la profusion de l’offre d’ouvrages en français dans des librairies qui veulent soutenir la comparaison avec leurs homologues en France. C’est le cas de la toute nouvelle librairie El Bourj, créée à l’initiative de la famille Tueini, propriétaire du journal An Nahar, important quotidien libanais en arabe (et dont le PDG a été récemment tué dans un attentat). Michel Choueiri, qui la dirige depuis son ouverture il y a un an, a reçu carte blanche pour en faire une librairie de qualité donnant toute sa place à la littérature et aux sciences humaines. Pourtant la naissance de cette nouvelle enseigne, en plein centre ville ne doit pas faire illusion. Car entre cherté du livre et faiblesse du pouvoir d’achat, entre recul de la langue française et priorité donnée aux cursus universitaires en anglais, les libraires libanais comparent de plus en plus leur activité à un véritable sacerdoce.
En Égypte et en Syrie également, les librairies s’adaptent aux évolutions en dents de scie de la place du français. Leur activité repose essentiellement sur les livres prescrits à l’école ou à l’université, et les libraires syriens ont accueilli comme une bouffée d’oxygène la décision de faire du français la seconde langue étrangère obligatoire. Avec l’espoir aussi de voir revenir à plus long terme un public un peu plus francophone dans leur librairie. Si la Jordanie n’accorde pas le même statut au français, Martial Raoult qui a ouvert en début d’année la Librairie de Paris tente de séduire une clientèle francophile et internationale. Le lieu est aussi un café, où se conjuguent quelques notes d’un répertoire tricolore : Jacques Brel, Jacques Prévert, une bolée de cidre… ! Et la formule semble faire recette.
À Chypre enfin, la librairie La boîte à lire est devenue dans un pays multilingue et depuis peu membre de l’Union européenne, l’unique enseigne en langue française, héritière d’une tradition où le savoir et la culture passaient inévitablement par la connaissance des auteurs français.
En dehors de cet attachement à la France et à sa langue, il a ensuite été question des enjeux d’avenir pour ces libraires. L’informatisation (portant sur l’information bibliographique, le suivi électronique des commandes, la gestion des stocks) constitue une étape importante de leur développement mais qui doit se faire en rapport avec celui de l’entreprise, comme l’a rappelé Agnès Debiage, directrice des librairies Eldorado au Caire et l'Autre rive à Alexandrie.
Au Liban, comme ailleurs, de nombreux prestataires informatiques proposent des solutions plus ou moins bien adaptées. L’une d’elles, qui semble faire école, a été développée par la librairie Antoine. Son concepteur, Sélim Naufal a très judicieusement illustré ce que devaient être les étapes d’une réflexion sur l’informatisation de la librairie.
En ce qui concerne la formation, un autre atelier de travail a permis d’exprimer les besoins d’un véritable plan dans ce domaine qui devrait être mis en œuvre pour les quatre années à venir. Si l’une des difficultés majeures semble être sans surprise de proposer un programme qui tienne compte de la disparité des profils de librairie et de la diversité des besoins, le plus surprenant a été d’entendre les responsables de librairies dire que la première des formations à mettre en place concernait… les patrons eux-mêmes. Résultat inattendu mais qui reprend pourtant l’une des conclusions des libraires membres de l’AILF et l’un des diagnostics que fait régulièrement le BIEF.