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Comptes rendus
Foire de livre de Francfort - 19e réunion internationale des directeurs de droits

Plus de visiteurs que jamais ont participé à cette réunion annuelle de la profession internationale, qui se tient traditionnellement à la veille de l’ouverture de la Foire du livre de Francfort. Environ 270 agents et responsables de droits de 34 pays étaient présents pour entendre les six experts d’Espagne, du Mexique, de l’Amérique latine ainsi que des États-Unis partager leur vision des particularités du transfert des droits vers le monde hispanophone, sous la présidence de Diane Spivey, directrice des droits chez Time Warner Books UK.

Avec 60 000 titres publiés par an et environ 400 millions de personnes ayant l’espagnol comme langue maternelle, ce marché intéresse de plus en plus les éditeurs européens. Ou plutôt ces marchés répartis en cinq entités : l’Espagne, les États-Unis, le Mexique, les Caraïbes et l’Amérique centrale, les pays du Pacte andin avec le Venezuela, la Colombie et le Pérou et finalement le MercoSur qui englobe l’Argentine, le Chili et l’Uruguay.

La langue espagnole se répand vite dans le monde, le marché du livre hispanophone ne suit que lentement
Selon Valerie Miles, directrice des achats du groupe espagnol Planeta, malgré l’essor rapide de l’espagnol comme langue mondiale, c’est l’Espagne qui reste leader sur le marché mondial du livre hispanophone, en termes de chiffre d’affaires, d’infrastructure et de nombre de lecteurs. L’Amérique latine, malgré l’énorme quantité de lecteurs potentiels, souffre toujours d’importantes faiblesses dans la distribution, de piraterie à grande échelle, des faibles revenus d’une grande partie de la population et d’un taux d’analphabétisme élevé. 

La stratégie commerciale des groupes multinationaux est trop globale pour atteindre le lecteur régional
Avec une stratégie commerciale imposant au livre une « durée de vie » très courte et un manque d’adaptation aux différentes identités régionales, les grands groupes ont beaucoup de mal à vendre suffisamment leurs produits pour satisfaire leur besoin de rentabilité, observe Marcelo Uribe, éditeur de la maison indépendante mexicaine Era.

Dans quelques pays d’Amérique latine, le lectorat se trouve dans des niches urbaines, ou dans des réseaux régionaux dispersés sur un terrain immense et bien trop petits pour intéresser les multinationales. Et les mieux adaptés ici sont encore les quelques éditeurs indépendants sur place.

La piraterie affaiblit plus encore le système de distribution
C’est ainsi que José Calafel Salgado, directeur international du groupe espagnol Santillana, désigne l’un des problèmes majeurs bloquant le développement de l’industrie du livre en Amérique hispanophone. Certaines estimations vont jusqu’à avancer que la moitié des livres disponibles en Colombie et au Pérou sont des livres piratés. « Pour savoir si un livre est devenu un best-seller, il faut vérifier s’il commence à être piraté. » Cette situation regrettable affaiblit encore davantage un système de distribution qui éprouve déjà de grandes difficultés à atteindre son lectorat potentiel.

Droits mondiaux ou droits territoriaux ?
En ce qui concerne la gestion des ventes de droits mondiaux face à un marché aussi fragmenté, Beatriz Coll, agente chez Raquel de la Concha Agencia Literaria en Espagne, recommande  d’adapter sa politique au cas par cas. Vendre des droits mondiaux à une seule maison ou plutôt les diviser selon différents territoires ? Pour répondre à cette question, il faut connaître le mieux possible les marchés locaux et les éditeurs respectifs dans chacun des pays. Sans nécessairement vouloir imposer son métier, elle conseille de profiter de l’expertise d’un agent. Diviser les droits par territoires, une démarche parfois mal vue par certains éditeurs, peut toutefois augmenter les chances pour un titre d’être lancé dans un maximum de pays.

« Spain is different », tel était le slogan de l’Espagne après  la période franquiste et sa censure, pour promouvoir un pays (et un paysage éditorial) en plein épanouissement. Ce slogan tient toujours, dans l’Espagne d’aujourd’hui et d’autant plus en Amérique latine. Le monde du livre hispanophone garde ses particularités et, avec un clin d’œil autodérisoire, Valerie Miles ajoute : « combien d’affaires pourrait-on faire, si seulement nos chers éditeurs pour une fois répondaient aux courriels… »

Andreas Jandl  -  janv. 2006
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