Marzia Corraini, responsable éditoriale des éditions Corraini
« La France est un pays où les éditeurs peuvent rechercher la qualité dans une image, car les lecteurs sont eux-mêmes plus exigeants ».
À la Foire de Francfort, certains éditeurs d’art sont regroupés, tous pays confondus, dans la Halle 4 : ce sont en général de petits éditeurs non rattachés à des groupes et faisant des créations originales. C’est là que se trouvait le stand des éditions Corraini, « d’art contemporain », comme elles se définissent elles-mêmes. La maison Corraini, située à Mantoue, qui possède également une galerie d’art depuis 1973, propose une production très resserrée autour de livres d’art contemporain (petits catalogues, parfois à tirage limité) et de livres objets créés par des artistes. Bruno Munari est ainsi à l’origine d’une partie de ces créations dans le domaine de la jeunesse (Toc toc, Qui ne dort pas la nuit ? Le rêve des animaux qui veulent en être d’autres…), des livres à toucher, à manipuler pour lesquels Corraini a trouvé un partenaire français attentif et fidèle depuis seize ans en la personne de Jacques Binsztok, coéditeur quand il dirigeait Le Seuil jeunesse et toujours coéditeur depuis qu’il a créé les éditions Panama (avec les titres Tonne, C’était l’hiver, A comme Rhinocéros). Une sorte de sensibilité commune pour qui livre rime avec audace. Si les livres racontent des histoires, ce sont des histoires en images, ici pas de séparation entre l’auteur et l’illustrateur, c’est comme dans la tête des enfants, et on a l’impression que ces livres seraient issus de leur propre imagination. Autres partenaires français : les éditions Les Trois Ourses et les éditions du Seuil, à qui Corraini a acheté les droits d’un livre de Paul Cox.
Les éditions Corraini sont diffusées en France par Joker art diffusion et directement par certains libraires.
Claudio Pescio, responsable éditorial chez Giunti
« Le catalogue d’exposition est un canal pour sortir en librairie des essais qui ne seraient jamais publiés autrement ».
Ce qui prédomine, dans ce catalogue de plusieurs milliers de titres d’un des tout premiers éditeurs en Italie, ce sont les ouvrages de vulgarisation – entendue ici dans le sens de ce qui peut se diffuser largement auprès d’un lectorat difficile à capter tout en maintenant une bonne qualité – dans tous les domaines : histoire, histoire de l’art, sciences humaines (il existe une très intéressante et très complète histoire illustrée de la philosophie, concept original). Une part importante revient aux divers manuels pratiques, de loisirs et d’art de vivre, ce qui va de la pharmacologie populaire à comment bâtir un garage. Quant aux livres d’art, ils ne représentent que 5% de la production. On peut y repérer quelques rares livres haut de gamme, en regard du nombre important de monographies d’artistes grand public. La France, globalement, reste le premier partenaire des éditeurs italiens pour les livres illustrés. Les éditions Gründ sont un coéditeur privilégié pour Giunti, avec la publication d’ouvrages comme Chocolatissimo et Havanissimo (dans la collection L’amateur), Qu’est-ce que l’art ? L’homme et l’art en grand format carré broché et 12 titres d’une collection sur les vies d’artistes, dont l’originalité est de les faire évoluer dans l’environnement de leur époque et de mêler photographies et reproductions d’œuvres. À noter que l’impression se fait généralement en Italie. D’autres coéditions sont également réalisées avec les éditions du Regard.
Claudio Pescio, dont la maison était présente à Artelibro à Bologne, y a trouvé un public exigeant d’amateurs éclairés, le même que celui des catalogues d’exposition, qui sont d’ailleurs l’un des points forts de la production de Giunti Editore : une centaine de titres a déjà été publiée en rapport avec les expositions de Florence. « Ce secteur est en expansion, il représente en fait une occasion pour les chercheurs de publier leurs écrits car ils ne pourraient l’être sous aucune autre forme. »
Ayant participé à la rencontre professionnelle entre éditeurs français et italiens, il a été surpris d’entendre décrire les difficultés du marché du livre d’art en France mais a en même temps été étonné par l’approche très pointue de certains éditeurs et par la faiblesse du tirage de certains titres que, selon lui, les Italiens ne publieraient pas, car considérés comme invendables. Parmi cette « production pour une élite, je pense à l’histoire de tel ou tel objet… ». Les éditeurs italiens achètent d’ailleurs peu aux éditeurs français. Les ouvrages « ne correspondent pas à la typologie des livres qui nous intéressent pour notre marché. La France sert pour la matière, c’est-à-dire quand elle a la propriété de certaines œuvres comme dans le cas de Modigliani par exemple ». Plus recherché dans la production française, le domaine du cinéma car « les Italiens n’en publient presque pas ». En revanche, les problèmes de coûts liés à l’accès et au droit à l’image sont communs aux deux pays. Et cela est particulièrement vrai pour l’art du XXe siècle comme sujet d’ouvrages qui doivent être vendus au minimum à 8 000 exemplaires pour commencer à réaliser quelques bénéfices. Le livre d’art n’est pas bon marché mais c’est une niche qui devient intéressante avec l’expansion du tourisme culturel depuis dix ans (voir l'article sur l'édition d'art en Italie).
Pour la distribution, Giunti a des concessions dans les librairies de musées, il possède aussi 150 librairies sur tout le territoire, jusque dans les petites villes et les centres commerciaux.
5 continents Éditions
La politique éditoriale de cette maison établie à Milan et dirigée par le Belge francophone Eric Ghysels est la publication en plusieurs langues (anglais, français, italien) d’ouvrages sur l’art ancien et contemporain, l’archéologie, les arts d’Asie et d’Afrique, la photographie, réalisés pour la plupart en coédition avec les musées, et notamment les musées français. Ont ainsi été publiés en coédition avec le musée du Louvre 1001 Peintures au Louvre, Les Trésors antiques, une dizaine d’ouvrages dans la collection “Cabinet des dessins”, Le Brésil à la cour de Louis XIV, gravures de Frans Post, une exposition récente du musée à Paris ou en coédition avec le musée d’Orsay un ouvrage sur les collections photographiques qu’il abrite.
Les éditions 5 Continents travaillent aussi avec les musées de la Suisse francophone, comme l’Institut suisse pour l’étude de l’Art. L’ensemble de ces ouvrages est imprimé et vendu en Italie.