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Comptes rendus
Fréquentation en hausse à la Foire internationale du livre de Séoul en juin

« Hibernation » est le mot qu’utilisaient les observateurs coréens pour qualifier leur industrie du livre en 2004, les dépenses des ménages consacrées aux produits culturels ayant baissé de 4,16% avec, indicateur fort, une chute de 0,74% pour les dépenses liées à l’éducation.

Cependant, la Foire internationale du livre de Séoul qui a ouvert ses portes le 3 juin au COEX, au sud de la capitale, a connu un succès réel (524 exposants de 23 pays contre 328 en 2004) et peut s’enorgueillir d’une fréquentation significativement en hausse (247 564 visiteurs contre 185 000 en 2004 et en 2003). Créé en 1954, le Salon du livre de Séoul est, depuis 1995, qualifié d’international et, si d’aucuns lui contestent cette dimension, parmi lesquels l’organisation professionnelle concurrente (KPC) de celle qui organise l’événement (KPA, Korean Publishers Association), force est de constater que cette Foire ne cesse de se professionnaliser et se préoccupe d’attirer les étrangers. KPA avait donc invité, en leur offrant un espace d’exposition, Anne-Solange Noble, responsable des droits étrangers de Gallimard et Anne Brans, son homologue chez Carl Hanser Verlag qui intervenaient notamment lors d’une session sur la promotion de l’édition à l’international.

Le stand du BIEF présentait, pour sa part, et vendait une sélection de près de 2 000 ouvrages et accueillait Evelyne Lebourse (Larousse, Dessain & Tolra), Evelyne Mathiaud (Nathan, Syros jeunesse) et Caroline Boixeda (Casterman). KPA s’était efforcée de donner une identité à ce secteur international, isolé de la deuxième édition d’un salon des arts du livre et d’un pavillon entièrement consacré à la jeunesse mais proche des stands coréens. L’international est une préoccupation non récente des éditeurs coréens et en premier lieu parce que, grands acheteurs de droits étrangers, ils se sont souvent émus de l’absence de réciprocité d’intérêt de la part des « vendeurs » de droits. La volte-face actuelle, avec le succès soudain de ses produits culturels, provoque l’étonnement de la Corée quand elle est bien plus habituée à une bonne réputation industrielle. L’intérêt pour son cinéma ou pour les travaux du philosophe Kim Sang-Kwan, l’audience japonaise pour les feuilletons télévisés coréens… sont autant de reconnaissances inattendues. Et la littérature n’est pas oubliée qui, en France, fait l’objet de traductions, chez Actes Sud, l’Harmattan, Zulma ou Gallimard.

Certains éditeurs coréens, dont Borimbook, remarqués voire primés à Bologne pour leurs illustrateurs, avaient d’ailleurs la fierté toute légitime de mettre en avant leurs récentes publications. Il n’en demeure pas moins que l’intérêt pour l’édition étrangère (Da Vinci Code de Dan Brown a été le numéro un des ventes avec 1,56 million d’exemplaires vendus en un peu plus de vingt semaines fin 2004), y compris française, reste majeur. Et si le marché est jugé fragile et stagnant par les observateurs, les échanges de droits (28,5% du total de la production) sont toujours significatifs puisque, selon les dernières statistiques de la Centrale de l’Édition, le coréen est, avec 581 cessions, la deuxième langue de traduction du français, juste derrière l’italien (606 cessions) et devant l’espagnol (572).

Les sciences humaines et la jeunesse figurent parmi les premiers achats des éditeurs coréens qui empruntent de façon marquée au Japon, à Taiwan et à Hong Kong. Le stand de The Open Books, aux cloisons entièrement recouvertes d’un dessin de Sempé, et sur lequel le public s’arrachait posters et affiches de l’auteur, mettait en avant les ouvrages traduits d’Amélie Nothomb ou de Bernard Werber. Butterfly présentait pour sa part La terre vue du ciel de Yann Arthus Bertrand, Galapagos, La magie des plantes de Jacques Brosse. Le visiteur pouvait trouver les traductions récentes de L’Africain de Le Clézio, venu en Corée en mai 2005, chez Munhakdongne, ou Bonjour tristesse de Sagan, chez Gyo Yook Mook Yeun. En jeunesse, on pouvait voir, chez Daehan, l’ensemble des Kididocs Nathan, chez Kyo Hak Sa, La bataille d’Eric Battut (Autrement). Chez Bir, Ne m’appelez plus jamais mon petit lapin de Grégoire Solotareff (Ecole des Loisirs) ou les livres CD des contes de Marlène Jobert. Kunna Publishing présentait, entre autres, Mon chat le plus bête du monde de Gilles Bachelet (Seuil et Crapule). Et la liste serait encore longue des éditeurs de jeunesse traduisant des ouvrages du français. La visite de nombreux agents sur le stand du BIEF, dont les représentants de Bookmaru, Bestun, Sybille, Guy Hong ou Pauline Kim, qui a quitté Imprima pour créer sa structure, prouvent le rôle important qu’ils continuent de jouer dans les relations entre éditeurs mais il faut noter que certains contrats se font sans eux (en particulier en BD) et que certains éditeurs demandent expressément à négocier en direct. Par ailleurs, certains éditeurs français s’étonnent de la publication de séries achetées dans un ordre différent de l’ordre initial, de l’achat d’images pour une exploitation éditoriale parfois assez éloignée là encore de l’ouvrage de départ ou encore de l’édition par des professionnels d’ouvrages très largement inspirés (fonds et forme) d’ouvrages français. Pour 2006, une articulation Salon du livre franco-coréen (organisé à l’initiative de l’ambassade de France sur place en mars) et participation à la Foire internationale du livre de Séoul en juin est à nouveau envisagée, dans la mesure où les deux événements se complètent plus qu’ils ne se concurrencent et que nous travaillons, avec le soutien actif du Poste, à donner de la France une image que nous souhaitons unie et cohérente en matière de politique du livre en Corée.

Emmanuelle Martinat-Dupré  -  août 2005
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