Aux États-unis cette année, pour la première fois, un éditeur de mangas a dépassé en chiffre d'affaires les leaders traditionnels du comic-book, Marvel et DC Comics. Un séisme, accompagné d'une conquête de Hollywood par les mangas.
Le responsable de cette révolution, la société Tokyopop dirigée par Stuart Levy, ouvre cette année une filiale en Allemagne.
Tous les spécialistes du secteur en sont convaincus : cette lame de fond n'en est qu'à ses débuts. Hollywood anticipe, en effet, une prévisible désaffection du public pour les super-héros américains. Or, les mangas constituent une source particulièrement diversifiée et parfaitement segmentée d'histoires et de personnages. Tokyopop a été l'artisan de quelques-uns des accords-clés de coproduction pour l'adaptation de ses mangas au cinéma.
À Francfort cette année, quelques visiteurs bien informés ont pu assister à une conférence donnée par M. Masakazu Kubo, directeur du Character Business Center de Shogakukan, le premier éditeur de mangas japonais. Le titre de son exposé ? « Les mangas, source privilégiée de l'animation japonaise ».
Selon M. Kubo, le poids des mangas dans l'industrie du livre au Japon est « d'après les derniers chiffres que nous ayons en 2002, estimé à environ 22,6% d'un marché du livre estimé à 2,3 trillions de yens (18 milliards d'euros), soit 0,52 trillion de yens (environ 4 milliards d'euros) ». Si le secteur est en déclin depuis six ans à cause, toujours selon M. Kubo, du transfert d'une partie de la consommation « sur le marché des téléphones mobiles et de l'Internet », ses fondamentaux ne sont pas pour autant en péril : l'export est en pleine effervescence, notamment grâce au développement de la BD en Chine où les mangas japonais se taillent d'entrée 70% des parts de marché.
Les États-unis sont leur premier marché d'export, « entre 7 et 8% », soit le double de celui réalisé en France. « Dans l'Hexagone les mangas ont représenté en 2003 un poids de 18 millions d'euros sur un marché de la BD estimé à 130 millions d'euros facturés, soit 14% de ce secteur ».
Leader mondial du dessin animé
« La production des dessins animés est le vecteur privilégié de l'expansion des mangas, au Japon comme dans le monde ». En effet, la présence de la production nippone à la télé japonaise est passée de 20 programmes hebdomadaires dans les années 70, à 40 au début des années 80, et a atteint 87 dessins animés par semaine aujourd'hui, dont 58 nouveautés, soit 60% de la capacité de production mondiale de ce secteur. Au Japon, le catalogue des mangas disponibles en librairie est d'environ 70 000 titres. Il s'en vend 120 millions d'exemplaires (presse et livres confondus) par semaine. Le marché domestique permet ainsi de tester de nombreux personnages et de ne retenir que les plus populaires pour les porter à l'écran, sans passer par l'étape du pilote. L'Europe, constate M. Kubo, a consommé 6 642 heures de dessins animés japonais en 2002 dont seulement 260 en France, un chiffre dérisoire comparé aux 1 326 heures consommées en Allemagne et aux 998 heures de l'Italie.
M. Kubo considère que, dans l'avenir, avec les progrès des technologies digitales, il sera encore plus aisé d'adapter les mangas à l'écran, même s'il est conscient qu'il reste du chemin à parcourir pour adapter l'ensemble de la production nippone aux normes mondiales de bienséance et de bon goût. Mais avec une proportion de 75% des 1,2 million d'exemplaires des HDD recorders vendus au Japon (des DVD de haute capacité de stockage et de définition pas encore diffusés en Europe), les mangas restent plus que jamais le fer de lance de l'industrie culturelle japonaise.