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"Savoir que de Madagascar à Djibouti, de Paris à Varsovie, d’Abidjan à Dakar en passant par Yaoundé, nous exerçons le même métier"... Agnès Adjaho
Entretien avec Agnès Adjaho, nouvelle présidente de l'AILF

Responsable de la librairie Notre-Dame à Cotonou, Agnès Adjaho vient de succéder à Philippe Goffe comme présidente de l’AILF (Association Internationale des Libraires Francophones)

Pourriez-vous expliquer ce qui a motivé votre engagement au sein de l’AILF comme adhérente puis comme présidente ?
Agnès Adjaho : Avant de devenir librairie, j’avais déjà eu un certain nombre d’engagements associatifs au plan international qui m’ont conduite dans des pays de divers continents. L’idée de la tenue en 2001 d’un colloque fondateur d’une association internationale des libraires francophones a suscité dès le départ en moi un vif intérêt. L’intuition de positionner dans l’espace francophone les hommes et les femmes qui exercent le métier de libraire en tant que médiateurs de la circulation du livre, donc de la pensée francophone plurielle, m’a séduite. Exercer un même métier dans des pays très divers, du Nord au Sud, avec des réalités diverses, partager un savoir-faire qui nous rende solidairement compétents quelle que soit la taille de nos librairies et chercher à y être de véritables acteurs dans la vie culturelle, l’AILF favorise tout cela à la fois.

Quels sont les objectifs principaux de l’AILF ?
A. A. : L’AILF, dans l’idée des pionniers qui l’ont portée sur les fonts baptismaux, doit permettre d’abord à tous les libraires qui y adhèrent, de savoir qu’ils existent collectivement, que de Madagascar à Djibouti, de Paris à Varsovie, d’Abidjan à Dakar en passant par Yaoundé, nous exerçons le même métier. C’est donc de réunir, faire se rencontrer les libraires pour partager leurs expériences, chercher ensemble des solutions pour être plus performant et surmonter les obstacles. L’AILF cherche les moyens d’aider ses adhérents à exercer leur métier avec professionnalisme, cela signifie pourvoir à ce besoin par des formations, par l’acquisition d’outils bibliographiques qui sont pour le libraire ce que la truelle et l’équerre sont pour le maçon. Elle développe aussi la solidarité entre ses membres par un appui préférentiel aux libraires, ceux du Sud tout particulièrement, qui vivent loin des centres de distribution du livre et qui exercent leur métier dans des contextes socio-économiques souvent très difficiles.

Quels sont les acteurs indispensables à la réussite de ces objectifs ?
A. A. : Ce sont d’abord les libraires eux-mêmes, à quelque réalité qu’ils appartiennent. Viennent les éditeurs qui sont les interlocuteurs au quotidien des libraires et qui peuvent jouer un rôle le cas échéant dans la recherche de solutions économiques pour rendre le livre accessible dans certaines situations difficiles. Viennent ensuite nos partenaires institutionnels qui ne sont pas que des « bailleurs de fond » mais des institutions et personnes qui font route avec nous dans l’avancée de nos projets et du rayonnement de l’AILF. Je pense en particulier au BIEF avec qui nous organisons des programmes de formation, mais également aux ministères de la Culture et des Affaires étrangères, aux Postes à l’étranger, à Dilicom.

Pour sa seconde édition, la Caravane du livre en Afrique de l’Ouest se déroulera dans huit pays, quatre de plus que l’an dernier. Comment expliquer cet engouement ?
A. A. : La première édition a montré l’impact qu’une telle opération peut avoir, au plan commercial et culturel, avec une forte mobilisation du public. La Caravane du livre, ce sont les libraires d’Afrique et leur association internationale qui affirment leur engagement pour la diffusion du livre et la promotion de la lecture dans des pays où le taux de scolarisation et le pouvoir d’achat sont faibles et où l’acte d’achat est très peu posé pour la lecture plaisir tant sont grands les besoins fondamentaux. C’est pourquoi, cet événement favorise la promotion de la littérature africaine pour adultes et enfants, pour faire connaître cette littérature à son propre public et pour y susciter le goût de la lecture. Si la Caravane du livre est un temps fort qui peut favoriser l’acte d’achat par les prix bas pratiqués, l’AILF le doit à la participation d’un certain nombre d’éditeurs du Nord et du Sud et à l’appui d’institutions et des pouvoirs publics français, que nous remercions et que nous souhaitons voir poursuivre cette aventure avec nous.

Au-delà des formations des libraires organisées par le BIEF, quelle démarche souhaitez vous privilégier ?
A. A. : Avant tout, être à l’écoute des besoins exprimés par les libraires. Les administrateurs de l’AILF, qui sont aussi des responsables de leurs zones géographiques respectives, s’emploient à cette tâche. Nous restons très attentifs à la nécessité de l’impact structurant à terme des formations. Pour cela, nous développons selon les cas, d’une part la formule de visites exploratoires individualisées débouchant sur des séminaires d’évaluation des besoins, d’autre part, un accompagnement post formation in situ. Dans tous les cas, notre souci est que les libraires s’approprient réellement le savoir-faire et les outils qui leurs sont proposés.

Votre élection semble marquer un tournant dans la conception et réalisation d’actions internationales, pouvez-vous expliquer ce changement symbolique de prise de décision ?
A. A. : Je voudrais avoir été élue d’abord parce que je suis une libraire capable de représenter et de travailler pour les orientations de notre association et ensuite parce je viens d’un pays du Sud, mais pas l’inverse. Je pense que les choses se sont passées dans cet esprit et dans l’esprit de Philippe Goffe, mon prédécesseur belge dont j’ai admiré l’engagement exemplaire pour la cause des libraires, surtout ceux des pays du Sud et en particulier ceux fragilisés ces derniers temps par des situations de conflits ou de crash économique.

Quels sont les projets de l’AILF ?
A. A. : La formation dans toutes ses composantes, faciliter l’acquisition d’outils de travail aux libraires, mettre en place pour eux une antenne sur un site web qui répondent à leurs questionnements, favoriser la communication entre libraires par le bulletin d’information et de communication En direct du réseau, chercher les voies et les moyens pour aider graduellement les libraires à s’informatiser, cultiver enfin entre libraires cette conscience collective d’appartenance à un même espace linguistique sur lequel nous exerçons un métier qui fait de nous des acteurs incontournables dans la consolidation de cet espace à l’ heure où la tendance est grande de globaliser la culture.

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- Propos recueillis par Anne Lise Schmitt

 -  août 2005
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