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"Faire preuve de ténacité, de souplesse et d’inventivité, pour que soit fructueux le travail de cette troisième génération du Bureau des Copyrights Français", Corinne Quentin
Le Bureau des Copyrights Français de Tokyo, troisième génération

En avril dernier Corinne Quentin a pris la direction du Bureau des Copyrights Français succédant ainsi à Yukihiko Okada qui fêtait cinquante années de travail au sein de cette agence littéraire à la tête de laquelle il était depuis trente ans. La nouvelle directrice, qui travaille elle-même depuis une douzaine d’années au BCF, se dit « honorée et heureuse de prendre cette responsabilité, avec le soutien d’une équipe de collaborateurs soudée et enthousiaste, consciente de l’importance qu’il y a à préserver la qualité du travail effectué par M. Okada, mais aussi de celle d’être attentive aux changements que connaît le monde de l’édition sur le plan international et dans le domaine particulier des échanges entre la France et le Japon, pour pouvoir s’y adapter et tenter de concourir du mieux possible à leur enrichissement réciproque ». Il est vrai que c’est dans un contexte économique plutôt morose dans l’Archipel qu’il faudra agir, ajoute-t-elle, et donc « faire preuve de ténacité, de souplesse et d’inventivité, pour que soit fructueux le travail de cette “troisième génération” du Bureau des Copyrights Français ».

 

Nouvelles actions déjà mises en œuvre :

  • Le renforcement des échanges en amont sur les projets d’éditeurs français ou japonais (pour favoriser la participation d’auteurs français à des publications – le plus souvent collectives – d’ouvrages japonais et inversement),
  • Le développement des prospections dans le secteur de la jeunesse et des livres illustrés,
  • La collaboration à la diffusion d’une présentation régulière, en japonais, des nouveautés de l’édition française sur le site Internet de l’ambassade de France au Japon,
  • Le renforcement des contacts avec la presse japonaise, générale et spécialisée, pour favoriser la visibilité des publications françaises,
  • La mise en forme d’une base de données intitulée “Cinquante ans d’édition française au Japon” permettant d’analyser en profondeur les résultats de l’édition française au Japon depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui (en partenariat avec l’Institut franco-japonais de Tokyo),
  • La collaboration avec le Secrétariat à la Culture japonais pour la répartition au bénéfice d’éditeurs français des aides à la traduction et à la publication d’ouvrages japonais.

 

Le témoin d’un demi-siècle d’échanges franco-japonais

Le BCF -société anonyme de droit japonais- a en effet été créée en 1952 par Léon Prou, alors correspondant de l’Agence France Presse à Tokyo en association avec Toshio Kenjo, lettré francophone et francophile. Plusieurs agences littéraires sont nées à cette même époque, lorsque les contrats de cession de droits de traduction et de publication ont pu être signés directement entre maisons d’édition japonaises et étrangères, sans plus passer par l’intermédiaire du Quartier Général américain, chaque agence étant spécialisée dans un domaine linguistique particulier : langue allemande, langue anglaise, langue française principalement. Le BCF, rejoint par Yukihiko Okada en 1953, est cependant la seule agence qui ait perduré et conservé une spécialisation dans le domaine français, les autres sociétés ayant disparu et de nouvelles agences ayant vu le jour ultérieurement. Rapidement après sa création, le BCF a étendu ses activités au théâtre, par la représentation au Japon de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD), et aux arts plastiques en représentant les sociétés françaises de gestion collective d’artistes, SPADEM et ADAGP puis des sociétés d’une quinzaine de pays. En 1992, Yukihiko Okada a créé la Société pour la Protection des Droits Artistiques (SPDA), société d’artistes japonaise et séparé ainsi les activités liées aux arts plastiques des autres secteurs restés depuis sous la responsabilité du BCF. Ayant quitté la direction du BCF en avril dernier tout en restant au conseil d’administration de la société, Yukihiko Okada continue à diriger la SPDA. Pour les livres français, loin est le temps où le Japon traduisait avec “avidité” Valéry, Sartre, Camus… Si “l’âge d’or” de l’édition française au Japon, des années 20 jusque vers le début des années 80 n’est plus que le beau souvenir pour Yukihiko Okada d’une époque où il pouvait transmettre quotidiennement plusieurs propositions de contrats aux éditeurs français, le BCF continue cependant à gérer de 120 à 150 nouveaux contrats de traduction d’ouvrages français chaque année, résultat d’un travail de promotion personnalisé auprès des éditeurs japonais et de relations, toujours renforcées, avec les acteurs essentiels que sont les traducteurs.

 

Sont également traités annuellement environ 35 à 40 contrats de cessions de droits secondaires incluant les représentations au théâtre du répertoire français. Il est hélas vrai que la situation de l’édition française au Japon depuis une quinzaine d’année, et encore plus peut-être depuis cinq ans, n’est pas excellente mais les faibles ventes des livres français traduits en japonais doivent être considérées en fonction de l’état général du marché du livre dans l’Archipel. Tous les éditeurs japonais s’inquiètent : les livres, quels qu’ils soient, et les romans plus que tout autre genre, se vendent mal. Quant aux succès, il est devenu très difficile de les prévoir : les lecteurs semblent avoir pour les éditeurs des comportements de moins en moins “lisibles” ! Le chiffre d’affaires global de l’édition japonaise est en régression régulière (–1% environ chaque année mais 2002 a affiché pour la première fois depuis près de 10 ans, une progression pour le livre de +0,4%). Face aux problèmes du marché du livre qui s’inscrivent dans le cadre d’une crise économique générale, on voit se multiplier les initiatives des maisons d’édition pour tenter de trouver de nouveaux débouchés : dans la multiplication des éditions “bon marché” (“shinsho”) par exemple, les nouveaux médias n’ayant pas apporté (ou pas encore) les résultats espérés… Le rythme de production des livres, japonais ou traduits, s’accélère : les réimpressions se font rares, les livres disparaissent rapidement des étagères des libraires, perdant ainsi leur visibilité auprès des lecteurs et réduisant cette belle part de hasard dans les découvertes faites en flânant dans une librairie. Pour les livres français, loin est donc le temps où le Japon traduisait avec “avidité” Valéry, Sartre, Camus et des dizaines d’autres auteurs.

 

A la fin des années 70, l’engouement s’estompe et se termine alors une sorte d’âge d’or qui s’était développé depuis les années 20 et avait repris avec force dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. De nouveaux pôles de traduction se font jour mais le contact n’est pas totalement perdu. Avec l’université en particulier : les traductions des philosophes, sociologues ou économistes français contemporains sont nombreuses et ont une certaine influence sur la recherche japonaise, même si les ventes sont limitées (quelques milliers d’exemplaires). Les ouvrages de développement personnel et de vulgarisation scientifique sont plus souvent traduits, les ouvrages illustrés pour adultes ou « jeunes adultes » constituent également un domaine en développement qui vise au Japon un lectorat de jeunes filles et jeunes femmes curieuses et sensibles à une culture de l’image sophistiquée. Dans tous ces domaines, heureusement, beaucoup d’éditeurs japonais restent intéressés par les idées des auteurs et éditeurs français, même si leurs lecteurs attachent de moins en moins d’importance à la provenance du livre et, sans francophilie particulière, semblent seulement rechercher des ouvrages qui les distraient, les instruisent ou les aident dans leur vie quotidienne.

Corinne Quentin  -  avr. 2003
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