Le ministère de la Culture marocain, en collaboration avec l’Office des foires de Casablanca, est l’organisateur de cet événement désormais annuel et qui s'est tenu du 11 au 20 février 2005. L’intention affichée est de développer les échanges et la coopération entre professionnels marocains et étrangers (éditeurs, imprimeurs, libraires, diffuseurs, bibliothécaires…) et de faire du Salon un espace de rencontres et de dialogue.
Pari réussi ! Conférences et tables rondes se sont succédé pendant toute la durée du salon, autour de « la recherche et des jeunes chercheurs », de « la littérature maghrébine d’expression française », de « l’édition au Maroc : bilan et perspectives », de « la réforme de l’enseignement », de « la poésie aujourd’hui au Maroc », etc. Les éditeurs maghrébins ont profité de l’occasion pour se rencontrer lors de l’Assemblée constitutive de l’Union des éditeurs maghrébins qui s’est tenue le 14 février. Parallèlement, la ville de Casablanca organisait un important programme culturel : expositions d’arts plastiques, pièces de théâtre, lectures, etc.
Les organisateurs du salon ont également désiré mettre le livre de jeunesse à l’honneur. Un bel espace, comprenant quatre salles joliment décorées, a ainsi accueilli de multiples animations : ateliers d’écriture et d’illustration, de bande dessinée, d’art plastique, présence de conteurs, en tout une cinquantaine d’animations à destination des lecteurs marocains de demain. Nathalie Novi et René Mettler, deux auteurs/illustrateurs français invités par la Foire, ont animé plusieurs d’entre elles.
La France est revenue en force
Après des années d’une « petite » présence à Casablanca autour de la promotion des livres scientifiques (STM), le BIEF, fortement sollicité par le ministère de la Culture marocain et par l’ambassade de France au Maroc, a souhaité cette année « revenir en force » avec la « Sélection 2005 », plus complète et rassemblant des ouvrages de littérature, de sciences humaines, d’art, de vie pratique, des ouvrages scientifiques, des bandes dessinées et des livres de jeunesse, soit environ 1 500 titres. L’objectif ? Offrir une vitrine aussi exhaustive que possible de la production française ; évaluer les intérêts des lecteurs marocains et mieux cerner les difficultés qu’ils rencontrent pour se procurer nos ouvrages. Sur l’espace français de 135 m², trois libraires assuraient la vente des ouvrages : DSM pour les sciences humaines et les documents, les livres d’enseignement, les dictionnaires, l’art et le pratique ; Kalila Wa Dimna pour la littérature (fiction), les bandes dessinées et la jeunesse et Marylène Benvel pour la médecine. L’ensemble des partenaires de ce stand – ambassade de France, ministère de la Culture marocain, BIEF, libraires – a souligné la valeur ajoutée de cette sélection, qui a permis au public de découvrir ou redécouvrir l’édition française dans sa diversité.
Le directeur de la librairie DSM, Othman Akdim, a vendu plus de la moitié de la sélection qui lui était dévolue et a enchaîné sur une « tournée » dans les Instituts français de Rabat, Casablanca et Fès avec lesquels il travaille régulièrement. Marylène Benvel, libraire qui se consacre aux ouvrages de médecine, a vendu l’intégralité de sa sélection tout en estimant que la foire dure trop longtemps « pour nous qui sommes très spécialisés ».
Le livre de jeunesse : thématique d’une exposition d’ouvrages et de rencontres professionnelles
Le BIEF avait répondu à la demande des organisateurs et de l’ambassade de France en proposant une grande vitrine de l’édition jeunesse française et deux rencontres professionnelles. Françoise Mateu (Le Seuil Jeunesse) et Alain Serres (Rue du Monde), ainsi que plusieurs éditeurs espagnols étaient invités par le salon à y participer, autour des thèmes : « éditer pour la jeunesse » et « le livre de jeunesse à l’école ». Largement suivies par les professionnels marocains, ces deux rencontres ont mis en avant d’une part, les difficultés qu’ils rencontrent : différence entre prix de fabrication et prix de vente, cherté des ouvrages, y compris ceux produits localement, absence de « culture du livre » au Maroc, livre importé souvent inadapté, absence de formation dans le domaine du livre et de l’animation ; mais aussi les efforts entrepris ces dernières années : développement de rayons jeunesse dans les librairies, augmentation de la production jeunesse (d’une petite quinzaine de titres publiés avant 1990, on est passé à environ 80 en 2002), initiatives en faveur de la promotion de la lecture, et, fait récent, en université, développement de la recherche sur le livre de jeunesse*.
Après avoir cité quelques chiffres clés de l’édition française, Alain Serres, dont les interventions ont été très appréciées, a rappelé qu’en France le chemin parcouru a aussi été très long et que l’édition jeunesse n’a pris son essor que grâce au réseau associatif, au réseau lecture publique, au dynamisme des auteurs, à la création de salons, de filières spécialisées dans l’enseignement supérieur...
Un discours qui n’a pas laissé les Marocains indifférents…
* Voir à ce sujet l’article de Abdellah Madarhri Alaoui, chercheur à l’université Mohamed V, Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, paru dans Takam Tikou, le Bulletin de la Joie par les livres, n° 9, 2002.