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Portrait et entretien de professionnels
"Il y a trop d'idées reçues sur ce qui est russe, trop russe, pas assez russe"
Portrait d'Irina Prokhorova, directrice de NLO à Moscou

Irina Prokhorova est un personnage central dans le paysage éditorial russe et une femme de conviction, qui procède « étape par étape », selon ses propres termes.

Être au centre, c’est aussi la fonction d’une revue qui fait « rayonner » un certain nombre d’idées tout en en restant le carrefour. Au début était donc une revue, La Nouvelle Revue littéraire, qu’Irina Prokhorova a créée et dirigée depuis 1992 (« at the peak of Russia’s democratic revolution »), qui paraît 6 fois par an. « C’est la principale revue du monde slave », qui compte aussi des contributions d’auteurs internationaux. Elle traite tout à la fois de histoire des littératures, de la théorie de la littérature et de la critique littéraire. Elle est disponible sur abonnement, sur le site www.nlo.magazine.ru et en librairie.

Avant la privatisation d’une partie des maisons d’édition, c’était un lieu pour publier en marge de l’édition officielle. C’est de là qu’a pu émerger ensuite sa maison d’édition NLO, l’une des plus connues en Russie et hors de ses frontières, qui publie actuellement 70 titres par an. En fiction, le catalogue accueille la nouvelle génération des auteurs russes (publiés dans la collection « Soft Wave »), mais aussi polonais et hongrois, ce qu’Irina Prokhorova appelle la « New European Writing », c’est-à-dire la production littéraire issue de l’ouverture des pays de l’ancien bloc soviétique, qu’elle regroupe dans une collection et qui rencontre un écho chez les lecteurs russes de par la proximité des problématiques qu’elle dégage.

Concernant les éditeurs « occidentaux », elle leur reproche d’avoir des idées reçues sur ce qui est russe, trop russe, pas assez russe. Sa priorité, on le sent, est de faire admettre sa propre conviction que les auteurs russes peuvent rivaliser dans leur modernité avec les littératures étrangères. Dans le domaine des essais, une des tendances éditoriales de NLO est de publier des textes qui ont trait à ce qu’on pourrait appeler « la culture historique du quotidien », textes sur la famille, les modes de vie (l’alimentation, la mode), les objets (une histoire du labyrinthe, des avions). Elle a ainsi fait traduire du français Les modes à Rome et Communiquer en Grèce ancienne (éditions des Belles Lettres). Une place importante aussi est accordée la publication de Mémoires (de paysans, d’hommes politiques…) pouvant contribuer à la connaissance de la Russie historique.

La publication d’une revue interdisciplinaire NZ Magazine sur les sciences humaines et sociales, avec là aussi des contributions étrangères, permet de développer et croiser les points de vue de chercheurs sur l’économique, le politique et le culturel et les regards réciproques que se portent la Russie et les pays de l’Ouest.

Également au catalogue, une collection sur le cinéma (monographies de metteurs en scènes) et une collection de textes pour enfants qui démarre, plutôt des contes modernes écrits par des auteurs russes contemporains.

À ces nombreuses activités, Irina Prokhorova ajoute celle de tenter de fédérer des éditeurs indépendants au sein d’une association, devant permettre notamment une meilleure distribution de leur production, dont on sait qu’elle est le maillon faible de la chaîne du livre en Russie.

Il lui semble par ailleurs que le manque de critiques littéraires nuit à la vie des livres. Elle a donc organisé un espace d’animations et de débats sur le stand russe à la dernière Foire de Francfort (la Russie en était l’invitée d’honneur l’année précédente) et, lors du Salon du livre de Paris, les éditions NLO proposent une série de rencontres sur des thèmes variés, dont la pensée française en Russie contemporaine et la transformation des sciences humaines en Russie.

Elle recevra les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, lors du Salon.

 -  avr. 2005
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