Promouvoir l’édition française à l’étranger




        
Recherche avancée
 
Comptes rendus
Journées françaises des sciences humaines au Japon

« Le Japon est de retour », entend-on dire. Bien que sa situation économique et sociale reste contrastée, le Japon, rompant avec une décennie de dépression, renoue avec la croissance.
Mais la reprise varie considérablement d’un secteur à l’autre et celui de l’édition a largement souffert, à la fois de la crise économique et de la concurrence très forte d’autres médias. Toutefois, les éditeurs japonais ont tenté de compenser la baisse des ventes par une augmentation du nombre de titres publiés, et le Japon reste un pays de lecteurs.

Pour ce qui est des échanges entre le Japon et la France, le niveau des importations d’ouvrages en français (à l’exception des méthodes de FLE) a baissé depuis 5 ans, mais les choses semblent se stabiliser. Et la France reste le 7e exportateur de livres vers le Japon. D’après les statistiques SNE/Centrale de l’Édition, les cessions de droits marquent aussi une baisse de l’influence française (198 contrats signés en 2003 contre 247 en 2001).

De son côté, le Bureau des Copyrights français de Tokyo n’enregistre pas de variation notable du nombre de contrats signés les cinq dernières années, mais plutôt une baisse des tirages et des ventes.

Il était donc important de faire un bilan des relations éditoriales franco-japonaises. Le choix s’est porté sur le secteur des sciences humaines, domaine important et très dynamique au Japon, dans lequel les traducteurs jouent un rôle déterminant.

Organisées avec les Instituts français sur place, ces journées visaient à présenter au public japonais les dernières publications et les tendances de l’édition française en la matière, et à offrir pendant cinq jours un espace de rencontres et de dialogues entre éditeurs, chercheurs, traducteurs et milieux académiques français et japonais.

Des rencontres professionnelles
Organisées avec l’appui du Bureau des Copyrights français, elles ont réuni en novembre 2003 des représentants de sept maisons d’édition françaises (Albin Michel, Armand Colin, Flammarion, Gallimard, Odile Jacob, Payot-Rivages, PUF) et des éditeurs de sciences humaines de Kyoto et Tokyo, heureux de découvrir ou de rencontrer directement des partenaires qu’ils ne connaissaient pour beaucoup que par courrier.

À Kyoto, les problèmes de traduction abordés lors d’une table ronde ont permis de rappeler le système d’aide mis en place par le Bureau du livre de l’ambassade de France (MAE) et par le CNL, dont les éditeurs japonais profitent assez peu.

Les méthodes de FLE ou la plus forte demande
À Tokyo, Mme Hosoya (représentante japonaise multicarte) a évoqué les problèmes propres à l’importation du livre en français. Au hit parade des ouvrages importés, les méthodes de FLE ; en revanche de moins en moins d’ouvrages de référence (qui représentaient jusqu’à une date récente le gros des importations), et encore quelques livres d’art.

Elle estime que les éditeurs français connaissent assez mal le marché du livre au Japon et que, contrairement à d’autres éditeurs européens (allemands et néerlandais notamment), ils ne ciblent pas suffisamment leur information. Elle estime dommage que la plupart des éditeurs français se privent de publier en anglais, ce qui accroîtrait, selon elle, leur marché de façon notoire au Japon.

L’image positive du livre français
Corinne Quentin, directrice du BCF, a rappelé l’internationalisation de l’édition japonaise, lente mais réelle. Alors qu’il n’existait quasiment pas de services de droits étrangers chez les éditeurs, on note une véritable ouverture ces dernières années.

Certes, on ne peut que constater l’omniprésence américaine (75 % des titres traduits sont anglo-saxons), mais la place du livre français reste importante. Jugé profond, « intellectuel », exigeant, bien que parfois trop long et trop compliqué, son image reste positive et forte. Le profil des maisons d’édition publiant du livre français de sciences humaines évolue.

Il y a encore les éditeurs classiques, francophiles, dont l’importance devient d’autant plus relative que le livre français perd de sa spécificité, qui se plaignent de l’intérêt moindre pour la culture et de la pensée française (absence de grands noms et de courants structurants comme dans les années 50-60, manque de perspective mondiale). Il existe aussi de plus en plus de petits éditeurs, plus créatifs et plus jeunes, à la recherche de nouvelles références, qui tentent une diversification par rapport à la domination américaine.

Leur intérêt varie selon les lecteurs visés. Le public universitaire de haut niveau et les intellectuels recherchent les écrits de grands penseurs français. Les étudiants et le plus grand public « intéressé ou averti » préfèrent des essais (plus particulièrement de géopolitique en ce moment), des textes d'introduction à des sujets divers de philosophie, sociologie, politique, sciences, économie (tels « Que sais-je ? » ou « Découvertes Gallimard » pour les collections) ou encore des textes synthétiques susceptibles d'entrer dans des collections semi-poche à prix réduit et à fort tirage. Les attentes du grand public sont plus tournées vers les ouvrages de psychologie portant sur le développement personnel, les problèmes de communication ou sur les sujets de société (par exemple l’évolution des femmes…).

Dans tous les cas, il est apparu important de travailler aussi bien le fonds que les nouveautés et d’envoyer des catalogues de présentation des titres sélectionnés, de préférence en anglais.

Des traducteurs incontournables
Les éditeurs japonais s’entourent de traducteurs qui orientent de façon décisive les choix éditoriaux. Pour le français, il faut savoir que les traducteurs sont rarement des professionnels, contrairement à leurs homologues anglophones. Par ailleurs, un système de cooptation des traducteurs chez les éditeurs japonais rend difficile à un débutant d’être accepté chez un éditeur japonais. Il est donc important de professionnaliser le métier car l’intérêt pour le livre français tient finalement à un petit nombre de personnes.

Corinne Quentin, enfin, encourage les éditeurs français à découvrir aussi les textes japonais, trop méconnus.

400 titres pour l’exposition-vente
Les deux libraires, Gallia Shobo à Kyoto et Omeisha à Tokyo, ont exposé – et (bien) vendu – plus de 400 titres de sciences humaines en provenance de 25 éditeurs membres du BIEF.

Alors que Gallia Shobo travaille, comme nombre de libraires japonais, essentiellement par correspondance grâce à un catalogue remarquable, Omeisha est un libraire plus classique qui possède deux magasins dans Tokyo, dont l’un au sein même de l’Institut français.

Conférences et tables rondes
Organisées par les instituts, plusieurs conférences ont évoqué « la commercialisation du livre en français au Japon » (C. Rivallan, PUF, Seuil… et A. Hosoya), « le problème de la traduction » (chercheurs japonais), « la réception de la pensée française au Japon » (Kazuo Masuda), « les nouvelles tendances de l’édition en sciences humaines et sociales » (Éric Vigne, Gallimard), « la problématique du rapport entre sciences sociales et sciences cognitives » (Gérard Jorland, Éditions Odile Jacob), d’autres aspects plus spécifiques comme « l’état des recherches cartésiennes » (Robert Armogathe), « les femmes et la politique en France » (Janine Mossuz-Lavau).

Des contacts stimulants se sont établis qui devraient générer des projets. Les éditeurs japonais et français, le Bureau des Copyrights et les deux instituts français ont exprimé le désir de prolonger l’expérience.

On parle déjà d’une nouvelle rencontre en 2005.

Sophie Godefroy  -  juil. 2004
Imprimer


Précédent    Suivant
Plus d'infos
Pays