Olkos : un carré d’échanges entre la Grèce et la France
Les ouvrages de photographies exposés sur le stand de la petite maison d’édition d’art Olkos, créée il y a trente ans, laissent à penser que ce qu’Irene Louvrou, sa directrice, aime dans l’acte d’éditer, c’est qu’il permet d’éclairer le présent à partir du passé. Ainsi est née L’histoire de la ville d’Athènes, then and now, publié à l’occasion de la tenue des Jeux Olympiques en 2004 dans lequel chaque double page confronte un même lieu de la ville photographié à la fin du XIXe (archives du musée Benaki) et à la fin du XXe siècle. Vendu à 8 000 exemplaires, c’est le premier d’une série qui se poursuivra avec la ville de Patras, capitale culturelle de l’Europe dans un an. Elle a publié 7 volumes sur les voyageurs pendant l’occupation ottomane, qui lui ont valu le prix de l’Académie d’Athènes et aime s’attarder aussi sur l’histoire des objets comme les tabatières ou les heurtoirs de porte. Ses chemins croisent souvent ceux de la France et Irene Louvrou n’hésite pas alors à publier des livres bilingues grecs-français, comme Athènes à l’ombre de l’Acropole qui réunit 40 photos de Jean-François Bonhomme et un texte inédit de Jacques Derrida (avec l’aide de l’Institut français) ainsi que des autochromes sur Thessalonique ou le mont Athos en coédition avec le musée Albert Kahn. Ces livres d’art forment deux tiers de sa production, elle publie environ six essais par an, dont des traductions de Foucault, Deleuze, Sartre, Duby, Vernant, Vidal-Naquet (à paraître l’Atlantide, petite histoire d’un mythe platonicien). « La pensée contemporaine française rencontre un succès certain en Grèce », dit celle qui a créé pour eux la collection Petite Ourse. Ces livres très beaux sont imprimés à Athènes, Irene Louvrou regrette de n’avoir pu jusque-là trouver un distributeur pour la France.
Anteos Chrystomides, directeur éditorial de la littérature étrangère chez Kastaniotis
« Le nombre de Grecs ayant une solide culture française est en diminution »...
Avec 50% de livres traduits, le catalogue de cette prestigieuse maison est un partenaire privilégié sur le marché des droits en Grèce. Mais son directeur éditorial de littérature étrangère et responsable des coéditions, annonce d’emblée qu’il y a un recul dans ce domaine, puisque le catalogue ne comprend plus que seulement 50 titres traduits par an contre 90 il y a quelques années. Concernant la France, l’essentiel des contrats se conclut avec l’intermédiaire d’un sub-agent, « c’est le seul pays où c’est le cas, probablement à cause des relations distendues avec les éditeurs français ». L’éditeur de Schneider, Kundera, Pennac, Schmitt, regrette un certain éparpillement des auteurs français et se dit désappointé par les nouvelles « tendances » de la fiction française. La maison s’est mise à publier des essais depuis un an, « de bons essais de vulgarisation », une spécificité recherchée de la production française. Ce déplacement de la littérature vers les sciences humaines correspond aussi à l’évolution du marché grec en général.
Autre constat : la partie étrangère des catalogues tend à se réduire au profit des auteurs grecs en fiction comme en non-fiction dont la vitalité se ressentait pendant la foire.
Anna Pataki, directrice des droits aux éditions Patakis
« Maintenant on voudrait acheter et vendre en même temps »...
Depuis trente ans, cette importante maison familiale (comme il y en a un certain nombre en Grèce) se distingue par le poids de son département scolaire et jeunesse. Elle publie aussi des sciences humaines, de la littérature du monde entier, des dictionnaires. Les 3 500 titres à son catalogue, avec 350 titres par an, en ont fait le leader incontesté du secteur. « Traditionnellement, déclare Anna Pataki, quand on démarrait un domaine étranger, on y inscrivait beaucoup d’auteurs français ». Les traductions sont moins systématiques, on procède plus par coups de cœur, comme elle en a eu un par exemple pour Suite française d’Irène Némirovsky. Elle a d’ailleurs aussi choisi un livre du même auteur, L’enfant prodige, à traduire pour son catalogue jeunesse, l’un des plus importants de l’édition grecque. Elle travaille dans ce domaine avec Gallimard, Nathan, Milan, Casterman, Actes Sud, Albin Michel Jeunesse, L’ École des loisirs, mais elle insiste sur un ouvrage publié par les éditions Patakis qui met en valeur le patrimoine grec dans ce domaine : Histoire des contes de la mer Égée. Il est évident pour elle que la Foire de Thessalonique doit aussi être l’occasion de promouvoir la production et les auteurs grecs. Elle a déjà cédé les droits de La Loque et de La Fabrique des crayons aux éditions Alterédit, de La Joconde aux éditions de l’Aube et souhaite développer ces cessions : « Maintenant on voudrait acheter et vendre en même temps ».