Promouvoir l’édition française à l’étranger




        
Recherche avancée
 
Article

Plus d'images...

"Leur intérêt en termes d'achats de droits porte sur tout ce qui touche à l'antiquité classique, grecque en particulier, aux civilisations du bassin méditerranéen (...), à la philosophie, à l'esthétique et aux études cinématographiques", Marie-José d'Hoop
L'achat et la vente de droits entre la France et la Grèce

Après le boom des années 90 où le nombre de titres publiés par les éditeurs grecs a plus que doublé (de 3 000 en 1990 à 6 456 titres en 1999), celui-ci s’est stabilisé autour de 7 000 titres.

Les ouvrages traduits représentent le pourcentage important de plus de 35% de cette production, mais cette part est en diminution : de 46,9% en 1998, on est passé à 38,5% en 2003. La langue d’origine de la majeure partie de ces traductions est l’anglais (56%) suivi de loin par le français (13,6%), puis l’allemand (6,2%) et l’espagnol (4,3%)*.

La baisse des cessions et un déplacement de la fiction vers les sciences humaines
D’après les statistiques Centrale de l’Edition/SNE, en 2003, ce sont 220 titres en langue française qui ont été cédés pour la traduction en langue grecque, dont 70 en littérature, 54 en livres de jeunesse, 50 en sciences humaines, 15 en actualités, documents, biographies, 14 en scolaire et universitaire, 7 en BD, 7 en STM (dont droit), 2 en religion, 1 en art/photo. Plus d’une quarantaine d’éditeurs français travaillent avec la Grèce, dont le Seuil, Gallimard, Denoël, Actes Sud, Milan, Bordas, La Découverte, L’École des loisirs, Fayard, Dargaud, Retz (de 5 à 20 contrats en 2003). L’importance de la liste montre le dynamisme éditorial de ce pays de seulement 11 millions d’habitants et son ouverture. Ces cessions enregistrent néanmoins un net recul : 344 titres cédés en 2000 et, dans les années suivantes, autour de 270 titres. Une évolution constatée avec amertume par Niki Dougé, agent basé en France qui travaille sur ce marché depuis vingt ans et établit une bonne part de ces contrats de cessions. D’après elle, la désaffection des éditeurs grecs pour les auteurs de fiction récents qu’ils jugent trop obnubilés par les thèmes récurrents de la famille, de la maladie…, est l’une des composantes de ce recul. Ils prennent de la distance par rapport à ce qu’on leur propose, après des ventes dans ce domaine parfois décevantes. « Ça ne correspond pas au goût des lecteurs grecs, qui leur préfèrent des auteurs plus grand public comme Amélie Nothomb, Gilbert Sinoué, Kenizé Mourad (De la part de la princesse morte se vend avec succès depuis 16 ans), ou encore Marc Dugain et sa biographie d’Edgar Hoover (La malédiction d’Edgar). Les traductions de littérature policière se portent mieux aussi, Izzo, Daeninckx et Manchette en tête ».

Les éditeurs grecs préfèrent s’engager sur des essais en sciences humaines (philo et histoire surtout) qui assurent des ventes sur la durée (Bourdieu, Derrida, Bernard-Henri Lévy entre autres). Niki Dougé, qui est aussi traductrice de Camus, auteur très aimé des lecteurs grecs et étudié à l’université, signale la concurrence déloyale encore exercée en Grèce par le piratage notamment des auteurs classiques. Dans ce contexte un peu morose, les éditeurs français présents à Thessalonique ont été très satisfaits de leurs contacts. « Ce fut pour moi la découverte de l’édition grecque : j’ai eu des rendez-vous avec une vingtaine d’éditeurs très différents par la taille, mais tous aussi accueillants et curieux de l’édition française », déclare Isabelle Côté d’Éditeurs sans frontières (regroupement d’éditeurs de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur), dont les droits de plusieurs des titres qu’elles présentaient pourraient donner lieu à une cession (plutôt en jeunesse – Le Sablier, le Ricochet, Rouge Safran –, des titres spécialisés, sur les plantes par exemple, ou des auteurs chinois publiés chez Philippe Picquier). La prospection pour les beaux-livres et les livres de photos de son catalogue s’est révélée plus difficile, ce domaine est d’ailleurs peu présent dans les échanges. Mijo Thomas (éditions Macula), qui venait aussi pour la première fois se montre plus réservée. Elle relève l’absence de libraires, de bibliothécaires et d’enseignants liés au monde de l’art et de la production éditoriale grecque sur l’art moderne, en regard de l’art patrimonial largement représenté. Elle a toutefois l’impression avec ses titres exposés sur le stand et ses rencontres pendant la foire que sa maison a acquis « une plus grande visibilité à l’international ». Marie-José d’Hoop, présidente de l’association Présence du Livre Français, qui regroupe Bayard, Le Cerf, DDB, Klincksieck et les Belles Lettres, dont elle est aussi la responsable des droits étrangers, a retrouvé à Thessalonique ses partenaires habituels – Olkos, Hestia, Indiktos, Kedros, Kastaniotis, Metaichmo, Oceanida, Elektra, Patakis : « Leur intérêt en termes d’achats de droits porte sur tout ce qui touche à l’antiquité classique, grecque en particulier, aux civilisations du bassin méditerranéen, à la religion orthodoxe, y compris dans ses relations avec la religion catholique, à Byzance, à la philosophie, à l’esthétique, et aux études cinématographiques », a-t-elle précisé. « J’ai trouvé que nos amis éditeurs grecs réussissent à merveille la synthèse d’un futur et d’un modernisme qui les attire et d’un passé prestigieux très présent qui les inspire toujours ».

Pour Sabine Wespieser, directrice de la maison du même nom, c’était une première participation à une "petite" foire du livre. Mais ce n’était pas le premier contact avec la Grèce. Elle s’y est rendue chaque année depuis 15 ans par passion pour ce pays (elle a été professeur de lettres classiques) et pour la collection qu’elle avait créée chez Actes sud avec Catherine Vélissaris. Pour elle, si la convivialité a toujours caractérisé les éditeurs grecs, ils se sont aujourd’hui professionnalisés. Pour preuve, sur son bureau une pile impressionnante d’ouvrages d’auteurs grecs envoyés après son passage à Thessalonique. Et c’est tant mieux, cela signifie une « véritable internationalisation du livre grec ». Deux livres l’intéressent pour son catalogue où la littérature étrangère domine. Y figure déjà une traduction du grec publiée il y a deux ans, Les sept vies des chats d’Athènes, avec succès : 3 000 exemplaires vendus et 3 000 réimprimés. Le prochain titre du même auteur (Takis Théodoropoulos) Le roman de Xénophon (Oceanides) paraîtra en novembre. « Les petits pays dont la littérature semble peu exportable font parfois "à l’américaine". Ce que je recherche chez un auteur grec, c’est qu’il soit grec. » De la même façon, Sabine Wespieser souhaite que la foire de Thessalonique garde sa spécificité avec notamment l’importante représentation de pays balkaniques.

La « courbe sinusoïdale » des achats
En 2003, selon la même source, apparaissent seulement 4 titres achetés pour une traduction du grec en français, dont 3 en littérature et un document (Seuil et XO/Oh !). Ces faibles chiffres qui s’expliquent par les moindres réponses des acheteurs aux statistiques peuvent être « corrigés » en les rapprochant de la liste des ouvrages traduits du grec moderne en français, parus entre 2003 et 2004, fournie par la Bibliographie nationale française-livres : 33 titres dont une majorité de romans, seulement deux en sciences humaines. Et l’on y voit que si les maisons comme Gallimard, Le Seuil, Albin Michel, L’Harmattan y figurent, une part importante de ces titres ont été traduits du grec par de petites maisons comme Alterédit, le Passeur, l’Espace d’un instant, les éditions Praxandre, les éditions des Écrivains (pour une série sur le droit commercial). Dans le sens des titres acquis du grec vers le français précisément, Florence Noiville, journaliste au Monde, qui participait à un débat sur le rôle des agents (qui a fait salle pleine), a qualifié les rapports entre la France et la Grèce de « courbe sinusoïdale », une vague de traductions d’auteurs grecs non poursuivie l’année suivante. Niki Dougé s’est réjouie au cours du même débat de l’acquisition par Actes Sud de plusieurs titres grecs. Il n’en reste évidemment pas moins un fort déséquilibre dans ces échanges. Pourtant « la scène littéraire grecque est assez variée », comme l’a constaté Jean Mattern, responsable des acquisitions chez Gallimard, qui a trouvé cette première édition plutôt réussie. « Tous les éditeur grecs ou presque étaient disponibles pour des entretiens en toute tranquillité (très utile quand on a une connaissance imparfaite du marché grec), et il était également possible de voir quelques confrères anglais, allemand, italien, polonais, serbe, algérien... Personnellement, je n’ai pas eu beaucoup de rendez-vous avec des éditeurs des autres pays balkaniques (annoncés comme un point fort de la Foire), mais quelques rencontres fortuites ou improvisées ont fait que mes contacts ne se limitaient pas aux seuls éditeurs grecs, et j’ai beaucoup de livres a priori intéressants en lecture. Ce que j’ai trouvé une fois de plus remarquable : presque tous les éditeurs grecs sont indépendants ! »

* Source : The Book Market in Greece, publié par EKEBI, mai 2005

Olkos : un carré d’échanges entre la Grèce et la France
Les ouvrages de photographies exposés sur le stand de la petite maison d’édition d’art Olkos, créée il y a trente ans, laissent à penser que ce qu’Irene Louvrou, sa directrice, aime dans l’acte d’éditer, c’est qu’il permet d’éclairer le présent à partir du passé. Ainsi est née L’histoire de la ville d’Athènes, then and now, publié à l’occasion de la tenue des jeux Olympiques en 2004 dans lequel chaque double page confronte un même lieu de la ville photographié à la fin du XIXe (archives du musée Benaki) et à la fin du XXe siècle. Vendu à 8 000 exemplaires, c’est le premier d’une série qui se poursuivra avec la ville de Patras, capitale culturelle de l’Europe dans un an. Elle a publié 7 volumes sur les voyageurs pendant l’occupation ottomane, qui lui ont valu le prix de l’Académie d’Athènes et aime s’attarder aussi sur l’histoire des objets comme les tabatières ou les heurtoirs de porte. Ses chemins croisent souvent ceux de la France et Irene Louvrou n’hésite pas alors à publier des livres bilingues grecs-français, comme Athènes à l’ombre de l’Acropole qui réunit 40 photos de Jean-François Bonhomme et un texte inédit de Jacques Derrida (avec l’aide de l’Institut français) ainsi que des autochromes sur Thessalonique ou le mont Athos en coédition avec le musée Albert Kahn. Ces livres d’art forment deux tiers de sa production, elle publie environ six essais par an, dont des traductions de Foucault, Deleuze, Sartre, Duby, Vernant, Vidal-Naquet (à paraître l’Atlantide, petite histoire d’un mythe platonicien). « La pensée contemporaine française rencontre un succès certain en Grèce », dit celle qui a créé pour eux la collection Petite Ourse. Ces livres très beaux sont imprimés à Athènes, Irene Louvrou regrette de n’avoir pu jusque-là trouver un distributeur pour la France.

Anteos Chrystomides, directeur éditorial de la littérature étrangère chez Kastaniotis
Avec 50 % de livres traduits, le catalogue de cette prestigieuse maison est un partenaire privilégié sur le marché des droits en Grèce. Mais son directeur éditorial de littérature étrangère et responsable des coéditions, annonce d’emblée qu’il y a un recul dans ce domaine, puisque le catalogue ne comprend plus que seulement 50 titres traduits par an contre 90 il y a quelques années. Concernant la France, l’essentiel des contrats se conclut avec l’intermédiaire d’un sub-agent, « c’est le seul pays où c’est le cas, probablement à cause des relations distendues avec les éditeurs français ». L’éditeur de M. Schneider, M. Kundera, D. Pennac, E. E. Schmitt, regrette un certain éparpillement des auteurs français et se dit désappointé par les nouvelles « tendances » de la fiction française. La maison s’est mise à publier des essais depuis un an, « de bons essais de vulgarisation », une spécificité recherchée de la production française. Ce déplacement de la littérature vers les sciences humaines correspond aussi à l’évolution du marché grec en général. Autre constat : la partie étrangère des catalogues tend à se réduire au profit des auteurs grecs en fiction comme en non-fiction dont la vitalité se ressentait pendant la foire. Autre constat : « Le nombre de Grecs ayant une solide culture française est en diminution ».

Anna Pataki, directrice des droits aux éditions Patakis
Depuis trente ans, cette importante maison familiale (comme il y en a un certain nombre en Grèce) se distingue par le poids de son département scolaire et de jeunesse. Elle publie aussi des sciences humaines, de la littérature du monde entier, des dictionnaires. Les 3 500 titres à son catalogue, avec 350 titres par an, en ont fait le leader incontesté du secteur. « Traditionnellement, déclare Anna Pataki, quand on démarrait un domaine étranger, on y inscrivait beaucoup d’auteurs français ». Les traductions sont moins systématiques, on procède plus par coups de cœur, comme elle en a eu un par exemple pour Suite française d’Irène Némirovsky. Elle a d’ailleurs aussi choisi un livre du même auteur, L’enfant prodige, à traduire pour son catalogue jeunesse, l’un des plus importants de l’édition grecque. Elle travaille dans ce domaine avec Gallimard, Nathan, Milan, Casterman, Actes Sud, Albin Michel Jeunesse, L’ École des loisirs, mais elle insiste sur un ouvrage publié par les éditions Patakis qui met en valeur le patrimoine grec dans ce domaine : Histoire des contes de la mer Égée. Il est évident pour elle que la Foire de Thessalonique doit aussi être l’occasion de promouvoir la production et les auteurs grecs. Elle a déjà cédé les droits de La Loque et de La Fabrique des crayons aux éditions Alterédit, de La Joconde aux éditions de l’Aube et souhaite développer ces cessions : « Maintenant on voudrait acheter et vendre en même temps ».

 -  août 2005
Imprimer


Précédent    Suivant
Plus d'infos
Pays