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Le livre français en Algérie, impressions des éditeurs, de retour d'un voyage d'études organisé par le BIEF

Le marché du livre français en Algérie, dans les domaines des sciences, techniques, médecine et du droit, a-t-il vocation à se limiter aux seules institutions comme c’est le cas aujourd’hui ? Des perspectives de développement sont-elles envisageables ? Quels sont dans ce cas les moyens à mettre en œuvre ? Telles étaient quelques-unes des interrogations au départ du voyage d’études en Algérie proposé par le BIEF fin avril 2003 aux éditeurs des groupes sciences, techniques, médecine, et droit*.

 

Le constat se précisant, au fil des rencontres organisées pour cette mission  par le BIEF et les Services culturels de notre Ambassade de France sur place, des pistes ont pu être ébauchées, simples et concrètes pour quelques-unes, encore incertaines pour d’autres. Deux des éditeurs participants, Pierre Coustols, directeur commercial des Éditions juridiques associées (LGDJ Montchrestien, Gualino), Dominique Frison-Roche (directeur des éditions Frison Roche, président de la section STM du BIEF) évoquent pour nous ce marché du livre spécialisé en Algérie.

 

Pierre Coustols :
L’essentiel des ouvrages français en sciences, techniques, médecine et en droit est acquis par les institutions. Il en résulte une offre quasi absente de la librairie. À cela plusieurs raisons connues, déjà évoquées : un prix du livre élevé, inabordable pour un étudiant, à peine accessible pour un praticien et un réseau de diffusion-distribution peu opérationnel.
Dans le cas particulier du livre de droit, la langue d’enseignement, l’arabe jusqu’à la licence**, constitue le frein essentiel. Le droit algérien s’inspire du droit français, la langue d’enseignement situe donc le besoin des étudiants sur un autre terrain aujourd’hui très peu couvert : celui de l’adaptation d’ouvrages français en langue arabe. S’il est vrai qu’à partir de la licence le travail sur les sources et sur les concepts nécessite la maîtrise du français (et le recours à nos ouvrages), la soutenance d’une thèse comme la plaidoirie d’un avocat se fait aujourd’hui en arabe. En STM, gestion ou comptabilité, par contre, le français prédomine chez les étudiants et les praticiens.

 
Que le marché du livre français se limite aux institutions ne signifie pas pour autant que nos fonds y soient toujours largement représentés. Les bibliothèques des établissements d’enseignement supérieur offrent un choix d’ouvrages récents souvent très limité. Davantage que le manque de budget, les bibliothécaires invoquent pour l’expliquer, d’une part, le manque d’informations sur la production actuelle des éditeurs et, d’autre part, une difficulté réelle à obtenir les ouvrages souhaités. Pour mieux maîtriser leurs acquisitions, les bibliothécaires souhaiteraient recevoir directement les catalogues de nos maisons, connaître les importateurs-diffuseurs avec lesquels chacun de nous travaille, bref être mieux informés sur notre production et nos canaux de diffusion.

Des expositions de nos ouvrages peuvent contribuer elles aussi à faire connaître nos fonds. Le Centre culturel français d’Alger nous a proposé de présenter prochainement dans ses locaux une sélection de nos nouveautés puis de les faire circuler dans les différents centres culturels d’Algérie. Une initiative qui sera très utile.

 
Nos interlocuteurs, universitaires, formateurs, praticiens, responsables de bibliothèques, éditeurs ou libraires ont manifesté beaucoup plus qu’une simple curiosité pour la production de nos maisons. C’est que tout concourt à faire de la formation un enjeu majeur de l’Algérie d’aujourd’hui : le passage à l’économie de marché suscite un besoin urgent de compétences nouvelles et l’essor démographique particulièrement important inscrit la demande de formation sur le long terme. Le Service de Coopération et d’Action culturelle de l’ambassade s’emploie à renforcer les échanges entre les deux pays pour combler le retard engendré au début des années 90 et répondre aux nouveaux besoins : pour ne donner que quelques exemples, une École Supérieure des Affaires est en gestation en relation avec des écoles françaises et des liens étroits sont désormais établis entre le Conseil d’Etat, l’Institut National de la Magistrature et leurs homologues français. Mais que serait la formation, qu’elle soit initiale ou continue, sans ses corollaires : le livre universitaire et le livre destiné aux praticiens adaptés à des besoins réels ?

 
Les perspectives semblent donc réelles. Il s’agit sans doute d’explorer des voies nouvelles propres à chaque secteur. Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion sur l’organisation et l’adaptation de notre offre éditoriale et commerciale si l’on veut mieux la diffuser. Le chantier n’est pas mince. La prise en compte des spécificités nationales, en termes de contenu et de langue, suppose de  nouer des partenariats pour assurer une édition et une diffusion efficace. Les rencontres organisées à l’occasion du huitième SILA en réunissant les principaux acteurs algériens et français de nos domaines constitueront une étape importante.

 

 

Dominique Frison-Roche insiste lui aussi sur le déficit structurel de la diffusion en Algérie et évoque pour nous les témoignages reçus à l’hôpital militaire et à l’hôpital Périne faisant état de la non-fourniture d’ouvrages commandés malgré un appel d’offres officiellement enregistré (+/- 400 titres perdus !). Il nous confie également que, de l’aveu de certains libraires, les résultats des ventes de programmes d’ouvrages à prix bonifiés type Campus, initiative de VUP sur des ouvrages spécialisés ou Partenaire, initiative de LGDJ Montchrestien, ne sont pas encore pertinents et que « la vente à compte ferme est un empêchement majeur à une bonne diffusion de notre littérature scientifique en Algérie ». « Ce marché, dit-il, vit actuellement  une difficile période de transition, entre un système étatique qui semble inadapté et a connu un grand “blanc” de plusieurs années et un système privé  sans moyen et qui peine à rentrer dans un marché traditionnellement protégé ». Mais Dominique Frison-Roche, qui évoque également les  problèmes de production locale, de co-éditions ou de tirages à la suite « pouvant ouvrir une voie sur cet immense marché » nous confie également ses espoirs et la confiance qu’il place en certains partenaires locaux, dont l’OPU, pour restaurer une diffusion structurée de l’édition spécialisée française.

Rendez-vous est pris pour lui aussi, avec les différents acteurs de ce marché, au prochain SILA.

 

* Les éditions Frison Roche, le Groupe Revue Fiduciaire et les éditions juridiques associées participaient à cette mission.
** Avec quelques exceptions notables pour les universités de Béjaîa et Blida.

 -  sept. 2003
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