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"Nous aimerions créer un monde visuel original dans des albums pour les plus petits en utilisant des techniques jusqu’à présent peu utilisées comme les collages, le photomontage, et différentes techniques de peinture et de graphisme", Dóra Csányi
L'édition jeunesse en Hongrie : entretien avec Dóra Csányi

Les éditions Csimota ont été fondées en janvier 2003 par une petite équipe de trois jeunes universitaires, Orsolya Bernát, Dóra Csányi et Katalin Edinger, ayant toutes déjà une expérience dans le domaine du livre.
Après avoir étudié l’anthropologie et la littérature italienne, Orsolya Bernát, 27 ans, a travaillé pour les maisons Cosmopolitan et Design Kiadó. Katalin Edinger, 29 ans, diplômée de lettres hongroises et d’esthétique, est actuellement responsable des relations avec les éditeurs au Könyvtárellátó KHT. Dóra Csányi, 34 ans, diplômée de lettres françaises et hongroises, a été collaboratrice pendant 5 ans de l’Institut français de Budapest.

 

BIEF : Comment définiriez-vous votre projet éditorial ?
Dóra Csányi : Les publications de Csimota s’adressent aux enfants de 1 à 7 ans. On sait que la littérature hongroise pour enfants est riche d’une tradition orale. Si nous souhaitons en être les héritiers, nous voulons aussi donner un rôle important à l’image, et nous aimerions créer un monde visuel original dans des albums pour les plus petits en utilisant des techniques jusqu’à présent peu utilisées comme les collages, le photomontage, et différentes techniques de peinture et de graphisme.
Dès leur plus jeune âge, les enfants font leurs premiers pas vers la lecture en apprenant qu’un livre est aussi excitant que tout autre jouet, ils prennent du plaisir à tourner les pages et découvrir ce qu’elles cachent. Il nous semble donc important qu’il existe des livres « fonctionnant » comme des jouets. Notre souhait est de dépasser le texte et les formes traditionnelles en développant un cadre nouveau et inventif.
Les premières publications de Csimota seront l’occasion de mettre en pratique ces principes et de construire son identité en s’inscrivant toujours dans le contexte culturel hongrois. À cette étape de notre projet, il nous semble donc important de travailler avec des artistes ou écrivains locaux, mais nous avons l’intention de mettre en place à l’avenir des collaborations avec des éditeurs étrangers dans la mesure où celles-ci mènent à des ouvrages adaptés au jeune lectorat hongrois.

 

BIEF : Avec quels pays étrangers souhaiteriez-vous travailler ?
D.C. : J’ai personnellement plus d’affinités avec la France et une meilleure connaissance de sa culture. De plus l’édition jeunesse française est certainement l’une des plus riches et innovantes ; mais la production me semble moins littéraire, moins basée sur les textes, plus sur l’image, l’imagination ou le jeu que l’édition hongroise dans ce secteur. L’édition hongroise pour la jeunesse peut s’appuyer sur l’expérience des éditeurs français pour développer son propre style. Inversement, je souhaite que la littérature hongroise puisse venir enrichir la diversité des publications de ce secteur en France.
Nous souhaiterions également travailler un jour avec des pays anglo-saxons. Coopérer avec des pays voisins de la Hongrie me semblerait aussi très intéressant.

 

BIEF : Quels sont les premiers titres que vous avez publiés ?
D.C. : Notre première publication A londoni mackók (Les oursons de Londres), parue mi-avril 2003, se présente sous la forme inhabituelle d’un recueil de poésies composé de 10 cahiers, qui peuvent être transportés dans une valisette.
Chaque cahier comprend une aventure de Marci, petit garçon de 4 ans, qui s’interroge sur le monde qui l’entoure au quotidien. À l’intérieur un texte et des illustrations en pleine page, à la fin des vers plus lyriques qui transportent ainsi de la vie quotidienne vers le monde des rêves. Son auteur, Krisztina Tóth, qui a fait des études de beaux-arts et de lettres, a passé près de deux ans à Paris, pendant lesquels elle a traduit en hongrois des poètes français contemporains. En 1996, elle fait paraître en Hongrie une anthologie de poésie française contemporaine.
Elle a publié quatre recueils entre 1989 et 2001 et a reçu parmi les plus prestigieuses distinctions littéraires hongroises. Ses poèmes ont été traduits en allemand, anglais, français, tchèque, russe, slovène et finlandais. Son recueil, Le Rêve du Minotaure, a paru en 2001 aux Editions Caractères et l’a fait reconnaître en France comme l’une des révélations majeures de la poésie contemporaine hongroise.
Csimota a rassemblé autour de ses textes sept jeunes artistes, graphistes ou plasticiens utilisant des techniques différentes.
Parmi les projets de la maison, un album permettant aux enfants de 4 à 7 ans d’aborder par le jeu le monde de l’art, réalisé en collaboration avec un jeune metteur en scène et acteur de théâtre, et aussi une sélection de contes, recueillis par des anthropologues, réalisée par un auteur réputé qui en assurerait également la réécriture.

 

BIEF : Comment mettez-vous en œuvre votre politique promotionnelle ?
D.C. : Avec une politique d’auteurs telle que nous la menons, Csimota entend porter la plus grande attention à la promotion de ses publications, à travers les médias spécialisés ou généralistes, la citation dans d’importants sites web (comme le site sur les enfants Csodaceruza) ou sur la chaîne de TV pour enfants Minimax. Il est important aussi de participer à différents événements autour du livre (Fête du livre à Gödöllö en mai, Semaine du Livre de Budapest en juin) ou autour des enfants (Festival du livre pour enfants au Millenaris Park de Budapest, Festival du livre pour enfants de Pécs). En ce qui concerne le Festival international du Livre de Budapest, la création récente de Csimota ne justifiait, ni ne permettait, de présence sur un stand indépendant. Csimota y fut néanmoins représenté sur les stands de certaines libraires importantes de Budapest.
Et l’on peut préciser que notre maison a surmonté les difficultés liées à la distribution puisque A Londoni Mackok est présent dans les librairies spécialisées, dans les principaux réseaux de librairies et bientôt dans certains hypermarchés ainsi que sur les sites de vente en ligne.

Propos recueillis par Sophie Bertrand  -  sept. 2003
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