La Maison Descartes à Amsterdam a été créée en 1933 à l’initiative de Gustave Cohen, ancien professeur de littérature française à l’Université d’Amsterdam. Devenue la maison-mère de l’Institut français des Pays-Bas, elle a pour vocation d’être le centre de rencontre privilégié entre les universités néerlandaises et françaises, à travers colloques, échanges de chercheurs et d’étudiants, programmes de recherches communs. Dans ce cadre, elle met l’accent sur la littérature avec sa bibliothèque et l’organisation régulière de rencontres-débats avec des écrivains et intellectuels de toutes origines, ainsi que de colloques internationaux. Elle centralise, en outre, les demandes de bourses de séjour en France pour les traducteurs néerlandais accordées par le ministère français de la Culture, et s’efforce de promouvoir les 60 à 80 livres français de littérature générale traduits chaque année aux Pays-Bas. De plus, elle propose des cycles de films français récents.
Le Centre Français du Livre
L’ensemble des activités de la Maison Descartes dans le domaine du livre sont fédérées dans une nouvelle structure : le Centre Français du Livre (CFL). Le but de ce projet, pour lequel la Maison Descartes, avec l’aide du ministère français des Affaires étrangères, a dégagé des moyens financiers supplémentaires importants, est de développer la coopération entre nos deux pays dans un secteur clef de la vie culturelle qui recouvre bien des aspects : traductions, édition, conférences, colloques, expositions documentaires, bibliothèques… Tous ces modes d’action sont désormais rassemblés autour de thèmes ou d’auteurs précis. Depuis 1990, ce sont environ 150 écrivains et intellectuels des deux pays qui ont été reçus à la Maison Descrates. Un accord de coopération a été conclu avec la célèbre librairie Athenaeum.
Mais l’échange culturel entre la France et les Pays-Bas passe également par des débats de société sur des sujets communs à nos deux pays, allant de l’avenir de la protection sociale à l’accueil des réfugiés, de l’environnement à la construction européenne, de l’aménagement urbain à la bioéthique.
Un centre de cours de spécialité en pleine expansion et un centre multimédia
Plus de 1 200 étudiants suivent chaque année les cours de la Maison Descartes, dont l’enseignement est de plus en plus tourné vers le français de spécialité (commercial, juridique, touristique) pour répondre aux besoins variés, notamment dans le monde de l’entreprise.
Les ressources multimédia (accès Internet, vidéos, CD-Rom) désormais disponibles dans notre bibliothèque / médiathèque (25 000 documents) constituent le centre de ressources documentaires de référence sur la France aux Pays-Bas.
Des résidences d’artistes et de chercheurs
La Maison Descartes accueille en résidence des artistes, écrivains et chercheurs, dont le travail porte sur les Pays-Bas. Ces séjours, de quelques semaines à plusieurs mois, permettent, au-delà des manifestations ponctuelles, d’animer en profondeur les relations culturelles entre les deux pays.
Installée depuis 1971 au cœur d’Amsterdam, dans l’ancien hospice wallon, construit par le célèbre architecte A. Dorstman, la Maison Descartes occupe, avec le Consulat général de France, l’un des plus vastes monuments du Siècle d’or.
Maison Descartes
Vijzelgracht n02A - 1017 HRAmsterdam
http://www.maisondescartes.com/
Il existe aussi un Centre culturel français à Groningue
Rencontres de la Maison Descartes : le livre traduit
Comment mieux préparer l’avenir qu’en l’articulant sur le passé ? C’est ce qu’ont décidé de faire les responsables de la maison Descartes en organisant du 28 au 30 novembre 2002 en collaboration avec le NLPVF, des rencontres autour des échanges culturels entre la France, les Pays-Bas et la Flandre, et plus précisément en matière de traductions en littérature et non-fiction, thème déjà au centre d’un colloque qui s’était tenu en 1987, organisé par Jean Galard, alors directeur de la maison Descartes.
À l’époque, le constat était pessimiste : globalement peu de traductions, et nettement moins encore du néerlandais vers le français. De l’eau a coulé dans les canaux et aujourd’hui, le tableau est moins sombre. Les cessions d’ouvrages français vers le néerlandais ont doublé depuis 10 ans et si, dans l’autre sens, on déplore encore le peu de pénétration des auteurs néerlandophones, certains d’entre eux parmi les plus connus peuvent atteindre dans l’Hexagone des chiffres de vente de 10 000, voire de 20 000 exemplaires. C’est sur cette note encourageante que se sont déroulées ces journées, en préambule à l’invitation d’honneur au Salon du livre de Paris 2003.
Ecrivains, traducteurs, éditeurs, journalistes, responsables des institutions publiques et privées, professeurs (plus d’une centaine de participants) ont mêlé étroitement leurs voix, dans un besoin d’écoute réciproque, d’où était exclu tout a priori, toute tentative de typologie hâtive de littérature dans l’un ou l’autre pays, dans un lieu que son actuel directeur, Christian de Vogdt, définit lui-même comme « un lieu neutre, de libre débat », ce qu’il fut. Plus qu’avec des certitudes, les participants en sont repartis avec une foule d’éléments, n’excluant ni les paradoxes, ni la contradiction, permettant d’enrichir la compréhension des relations entre ces pays européens voisins, mais où existe une importante barrière de langue et des tropismes différents.
L’influence de la France en perte de vitesse aux Pays-Bas
C’est ce thème qu’a développé l’écrivain et critique littéraire Michaël Zeeman. Selon lui, après une période où, au-delà des traductions de ses auteurs, la France jouait un rôle de « fenêtre sur le monde » pour la découverte des autres littératures étrangères, « elle n’existe plus pour l’élite culturelle néerlandaise, les Pays-Bas se sont fermés à la culture française, ou plus généralement à la culture romane », se tournant plutôt vers la partie germanique de l’Europe. En même temps, les Pays-Bas sont devenus « une colonie culturelle du monde anglo-saxon ».
Au-delà de cette perte d’influence, Michaël Zeeman a évoqué la différence entre la littérature néerlandaise récente, où le réalisme est toujours au premier plan, alors que la majorité de ce qui se publie en France sont « des récits d’expérience personnelle en forme d’auto-thérapie ». D’après lui, Houellebecq et Toussaint sont traduits aux Pays-Bas, mais ils n’y auraient pas été édités. La désaffection des Néerlandais pour la production littéraire française serait donc le fruit à la fois d’un rejet de la « latinité » et de la nature des ouvrages.
Les chiffres montrent pourtant une augmentation du nombre d’ouvrages traduits du français vers le néerlandais. Il est à noter toutefois que cette augmentation s’est faite au profit d’autres genres que la littérature, comme le livre pratique et pour la jeunesse, les échanges dans le domaine de la fiction pour adultes restant à peu près stables.
Du néerlandais vers le français : des creux et des pics
Du côté des traductions des ouvrages néerlandais vers le français, on observe un redressement dans les années 90. Avant, seulement environ 6 titres traduits par an, alors que depuis 2001, pas moins de 70 ouvrages traduits ou en cours de traduction. Pendant la même période, une soixantaine de titres français ont été traduits aux Pays-Bas, marquant une inversion de tendance, qu’il faut prudemment rapprocher de l’ « effet Salon du livre ».
Dans le cadre de leur mémoire, deux étudiantes ont établi une liste bibliographique qui recense toutes les traductions du néerlandais en français dans les domaines de la prose, de la poésie et du théâtre au cours du dernier demi-siècle : 360 titres en totalité*. Sur toute la durée, on observe « des creux et des pics », des années qu’on pourrait qualifier de désertiques (aucun ouvrage traduit) à des années fastes, dues parfois à des initiatives individuelles, comme par exemple le travail important de traduction des poètes belges flamands par les éditions l’Âge d’homme. Pour Rudi Wester, directrice de la NLPVF, ce rôle fondamental joué par des éditeurs enthousiastes explique l’aspect « accidentel » plutôt que « structurel » de cette courbe de l’évolution : une collection disparaît parfois avec son créateur.
En ce qui concerne les raisons des choix éditoriaux, Jean Mattern (Gallimard) a souhaité insister sur « le sens du narratif » des auteurs néerlandophones. Anne Freyer (Le Seuil) a précisé, elle, que la décision de traduire telle ou telle œuvre peut être influencée par une traduction en allemand, qui permet de se faire un avis au moment de la réception du texte traduit.
Pour détailler le contenu de ces échanges – leur développement possible, mais aussi les obstacles auxquels ils se heurtent – quatre ateliers se sont déroulés : à propos de la fiction, de la non-fiction, de la critique littéraire, de la traduction.
Existe-t-il une place pour la littérature néerlandaise en France ?
Le plus souvent, la France apparaît comme un « rayon fermé » aux auteurs néerlandais, pour reprendre une expression d’Hella Haasse, dont pourtant 15 titres ont été traduits dans notre langue, et dont le titre de l’intervention était : « Comment j’ai été découverte en France, 40 ans après mes débuts littéraires ».
Elle a rappelé que, lors de son passage à Bouillon de culture au moment de la parution des Liaisons dangereuses, Bernard Pivot lui avait demandé – non sans provocation sûrement – s’il existait une littérature néerlandaise. Des intervenants ont rappelé que dans le palmarès 2001 du journal Lire, dont on connaît l’écho auprès des lecteurs, Le Jour des morts de Cees Notebom se trouvait à la troisième place. Et que certains ouvrages traduits du néerlandais ont obtenu des prix littéraires en France, comme Rouge décanté qui a obtenu le prix Femina Etranger en 1995.
Alors, n’exagère-t-on pas trop les différences culturelles entre les deux pays ?
Ce que l’on trouve de commun en tout cas, c’est la mise en question de la langue et de l’identité, à travers l’expression et les thèmes des écrivains post-coloniaux et des écrivains allochtones, originaires du Surinam, des Caraïbes et de l’Ouganda pour les Pays-Bas, du Maghreb, d’Afrique, des Antilles pour la France, ce qui fut au centre dialogue très vivant et très riche entre Adriaan van Dis et Amin Maalouf.
Et si ces écrivains occupent une place particulière dans la production littéraire des deux pays, elle en occupe une particulière aussi dans les traductions respectives de la francophonie et de la néerlandophonie.
Pour favoriser ces échanges parfois distendus, l’invitation d’honneur au Salon du livre de Paris représente bien sûr une formidable occasion de mieux se connaître. Mais ces journées ont aussi voulu mettre en évidence, à juste titre, le rôle fondamental des organismes et des institutions. Du Côté néerlandophone : le Nederlands Literair Produktie-en Vertalingenfonds, le Nederland Fonds voor de Letteren, le Vlaams Fonds voor de Letteren. Du côté français, la Maison Descartes, le Centre français du livre, le Centre National du livre (ministère de la Culture), autant d’intervenants qui permettent aux éditeurs d’inscrire leur politique éditoriale dans la durée. Ces journées en furent une belle illustration.
*« La littérature néerlandophone en France », Mémoire d’Esther Walkenburg et Margo Westerbeek, soutenu à l’université d’Utrecht en juillet 2001
Les Éditions du Passeur ou comment la notion de pédagogie active peut déboucher sur l’édition d’auteurs néerlandais
L’idée de départ de Yves Douet, économiste de formation, a été de créer à Nantes en 1982 avec l’aide de subventions accordées par la Région, le Cecofop, une association pour des formations professionnelles, dont deux sont consacrées aux métiers du livre, et qui a pour principe pédagogique de faire en même temps qu’on apprend à faire. Mais si Yves Douet est un passeur, c’est un passeur de témoin. Car tout dans l’histoire de cette expérience originale s’est fait par étape, et si chacune d’entre elles marque une progression, elle contient aussi toutes les autres.
Au cours des quinze sessions qui se sont déjà déroulées, le Cecofop a modifié ses objectifs tout en gardant son principe – « il fallait que ça se complique un peu pour garder sa dynamique », précise Yves Douet : les participants sont passés de la production d’un objet livre non commercialisé à 7-8 titres par an présents en librairie, qui se partagent entre de nouvelles éditions augmentées d’auteurs français et étrangers classiques et la publication d’œuvres d’auteurs contemporains, français et étrangers toujours, mais inédits cette fois. Aujourd’hui les éditions Le Passeur-Cecofop comptent 90 titres à leur catalogue, diffusés par les Belles Lettres et est l’un des éditeurs de l’écrivain irlandais Seamus Heaney, prix Nobel de littérature 1995.
Un autre cap important a été la décision de mettre en valeur un pays européen différent chaque année, autour duquel sont organisées des rencontres littéraires, dans la continuité d’ailleurs de l’esprit feu le Salon du livre de Nantes.
Nantes avant Amsterdam
C’est ainsi que le Cecofop a organisé les 21, 22 et 23 novembre 2002 des rencontres néerlandaises, où étaient présents les éditeurs Suzanne Holtzer (De Bezige Bij), Lex Spans, directeur commercial de Vasalucci, Joost Nissen, directeur de Podium et Rudi Wester, directrice de la NLPVF et dont le contenu a d’ailleurs donné lieu à un numéro de la revue Passeport, édité par le même Cecofop-le Passeur, consacré à la littérature, au cinéma et à la peinture néerlandaises et flamandes. C’est à partir de ces rencontres et d’un voyage dans les plats pays qu’Yves Douet a proposé au comité de lecture constitué par les étudiants plusieurs textes pouvant donner lieu à une traduction (effectuée elle par des professionnels). Ainsi sont parus en mai Le matelot sans lèvres, histoires tropicales de Cees Nooteboom, recueil de nouvelles de l’auteur néerlandais déjà largement reconnu en France (publié alternativement chez Actes Sud et Calmann-Lévy), Le bon à rien, un récit de Frans Kellendonk publié en français 22 ans après sa sortie en Hollande, l’histoire d’un fils qui part à la recherche de son père méconnu, et Autoportrait avec parents de Nicolas Matsier, où le narrateur retourne sur les lieux de son enfance après la mort de sa mère, publiés tous les trois avec l’aide de la Fondation pour la production et la traduction de la littérature néerlandaise et tous trois réimprimés pour le Salon du livre de Paris après l’incendie du dépôt des Belles Lettres. Trois livres à la couverture rouge sombre, concoctés dans les ateliers du Cecofop, « ah, oui sombre, vous trouvez, c’est vrai je suis attiré par les écritures pessimistes et joyeusement désemparées », conclut Yves Douet.